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Adeline et sa copine S…

Par Arielle

sylvie.jpeg Adeline a dû se résigner à cesser son activité de marchand ambulant afin de ne pas perdre la garde de ses enfants. Elle s’est « rangée », selon l’expression courante et travaille maintenant en tant qu’intérimaire dans l’aéronautique. Ce sont les grandes vacances et les petits sont chez Léa en bord de mer. Puisqu’elle est seule pendant cette période, elle décide d’aller vider son stock restant au porte à porte, dans les alentours. Elle fait une excellente recette dans les quartiers pas très bien famés de Gennevilliers et de Saint Denis, en plein « neuf trois », comme on dit. La dernière vente s’est effectuée au dixième étage d’une cité de Saint Denis. Une jeune femme élégante ouvrit sa porte. Adeline eut quelques frayeurs dans l’ascenseur et cela devait se voir car la Miss l’invita à boire un verre chez elle. Pendant qu’elle se remettait de ses émotions, Madame S… regardait le présentoir garni de bijoux et semblait très intéressée. Elle prit pratiquement tout ce qu’il restait et demanda de revenir la semaine suivante pour solder l’affaire car elle en parlerait à ses copines. Adeline était assez satisfaite, non seulement d’avoir bien vendu mais également d’avoir passé un moment agréable à échanger ses points de vue sur la société, à refaire le monde. A priori, le courant passait bien avec S… Elles s’entendaient à la perfection et étaient quasiment du même âge. Dans le feu de l’action, Adeline applaudissait cette journée peu ordinaire puis au fil des heures, le doute prenait le dessus. « Est ce bien utile de revenir dans huit jours ? Comme la plupart des gens, elle ne tiendra pas sa parole, j’en suis certaine ! » Une semaine s’écoule et notre chère commerçante se décide à tenter le coup, puisqu’elle avait acquis, comme à la loterie, le droit de rejouer. D’un pas hésitant, elle entre dans ce fameux ascenseur qui lui sort par les yeux en vertu de sa vétusté et du manque d’entretien évident, de plus couronné de graffitis dont les textes devraient être interdits aux moins de douze ans ! Mais elle ne se sent pas de grimper les dix étages par l’escalier de secours. Toujours très charmante, la jeune femme l’accueille autour d’un verre. Chose promise, chose due : ses amies sont là, le chéquier à la main. Elles insistent pour qu’Adeline reste dîner le soir. C’est avec plaisir qu’elle accepte et c’est ainsi que débute une longue et éprouvante amitié entre S… et Adeline.
 S.... était du signe de la balance pour nous occidentaux et du signe du singe pour les chinois. Elle se plaisait à dire qu'elle était maligne comme un singe. Oui ! Elle était futée et habile mais tellement mal dans sa vie ! Née de père alcoolique et d'une mère avec laquelle elle n'avait que des heurs malgré tout l'amour qui les attachait, S... ne trouvait pas son équilibre. Comme tous les enfants de parents divorcés, elle reproduisit le même schéma. S... était violente et souvent sans raison valable. Elle planta un jour son ex mari, d'un coup de couteau dans le ventre parce qu'il n'avait pas payé la pension alimentaire pour les deux petites. Je l'ai vue aussi taillader le bras d'un de ses nombreux amants à coups de machette, uniquement pour lui montrer son autorité. Je dirais S... comme Sordide !
Elle avait cependant le cœur sur la main. Je dirais S......comme hyper Sensible.
Vous la découvrirez peu à peu au fil de ce texte. Je vous laisserai alors toutes les éventualités de rapprocher le S.... à sa juste valeur. Elle fait du bien comme elle fait du tort et Adeline a  dû s'en écarter pour se préserver sauf que s'éloigner de S... est une partie de jeu difficile. S.... est un boomerang : vous la mettez à la porte, elle revient par la fenêtre ! Je dirais S.... comme Sangsue car elle se régale de tout vous pomper et ne lâche jamais prise.
L'année scolaire tirait à sa fin et Adeline était bien embêtée car elle commençait à avoir de sérieuses difficultés financières, sa paie étant insuffisante. Elle accumulait les factures en retard et devait absolument trouver une solution. Elle en appela à nouveau aux Ailes brisées, association pour les veuves et orphelins d’aviateurs, qui acceptèrent immédiatement de lui faire un don pour débloquer cette situation. Merci, Oh grand merci aux associations qui sont bien plus compréhensives que les assistantes sociales ! La chance semblait commencer à sourire car son entreprise décida enfin de l’embaucher en contrat indéterminé. Cela lui permettait de bénéficier du 1% patronal et d’accéder à un logement correct. Elle fut très vite logée à Colombes, près du parc de l’île marante et, bizarrement, juste à cinquante mètres de l’hôpital Louis Mourier où elle avait accouché de son fils, neuf ans auparavant. De sa fenêtre, elle pouvait apercevoir la maternité. C’était un grand F4, au quatrième étage d’un immeuble tout en long. Depuis le large balcon, elle avait vue sur la seine. L’appartement était spacieux et Adeline eut très vite envie de le rendre joli. Elle attaqua les papiers peints, la moquette, elle refit tout avec l’aide de S… Ce logement tombait à pic car sa petite sœur  l’appela pour lui signaler qu’elle était dans un foyer à Senlis, dans l’Oise. Elle voulait divorcer de son meunier et était venue se refugier en région parisienne. Adeline aussi était en pleins déboires judiciaires, vu que son ex réclamait la garde de la petite.
La copine S… comme Sauveur, connaissait un super avocat dans les quartiers chics de Paris, près de l’arc de triomphe. C’était un avocat qui avait défendu de grands bandits et gagné les procès haut la main qui, je pense, avait été largement graissée. Mais qu’importe, pour de petites affaires comme celle-ci, il ne réclamait pas grand-chose. C’était juste pour rendre service. S… et Adeline arrivèrent dans ce cabinet luxueux. Elles étaient tellement enfoncées dans les fauteuils Louis XVI de la salle d’attente qu’il y avait de quoi piquer un bon roupillon ! Maître CS les reçut. L’affaire n’a pas traîné. L’ex d’Adeline, n’ayant rien à lui reprocher, jouait sur le fait qu’elle manquait d’argent pour élever correctement ses enfants, ce qui était stupide car ils avaient tout ce qu’il fallait mais Môsieur devait bien trouver quelque chose pour alimenter sa requête. Il n’a fallu que deux mois pour que le jugement soit rendu en la faveur d’Adeline et, je vous le donne en mille : l’ex a fait appel !
Malgré les aides, Adeline ne s’en sortait pas et la société propriétaire lui signifia un avis d’expulsion. Elle fit part de tous ses désarrois à sa super copine S…  qui, ne perdant pas le nord, lui proposa de venir vivre en colocation chez elle. Evidemment ! La paie d’Adeline était la bienvenue pour l’aider à financer ses sorties nocturnes. Adeline n’avait pas vu le piège tout de suite et fut assez touchée par cette solution, qui, bien que ne correspondant pas du tout à sa conception de la liberté, l’arrangeait bien. Les aides sociales lui ayant dit clairement « Ne vous plaignez pas, vous avez un travail » et puis « Il y a plus urgent que vous, vos voisins vivent à quinze dans un trois pièces » et j’en passe et des meilleures, elle décida de quitter les lieux sans rien dire à personne, les laissant le bec dans l’eau. Elle abandonna donc son appartement de Colombes avant que la police ne débarque. Elle leur avait laissé les clefs sur la porte, imaginant avec un certain sarcasme leur stupeur de trouver l’endroit vidé des meubles. Ça s’appelle faire la niaque aux poulets. Elle afficha un joli rictus en coin, un sourire de satisfaction en quelque sorte.
Embarquement chez S…  : Saint Denis à nouveau, dixième étage…….vue sur HLM !  Brune, élégante et vorace, S…. cachait un état dépressif prononcé mais était trop fière pour le montrer. Adeline ne s’en aperçut pas immédiatement. C’est au fil du temps qu’elle remarqua combien sa présence lui était indispensable. Il faut vivre avec les gens pour les connaître et encore… on en apprend tous les jours ! Lorsqu’elles se sont rencontrées, S… était raisonnable et ne buvait que du porto car, ayant été mariée avec un portugais, elle ne connaissait que ce breuvage. Elle élevait désormais ses deux filles toute seule et se mit à faire bêtises sur bêtises. Elle prit goût aux alcools forts lorsqu’un beau matin d’hiver, alors qu’elle devait accompagner Adeline à son travail car sa voiture était en panne - dans sa plus que vieille Peugeot - elles eurent à braver un froid comme rarement nous en connaissions dans la région parisienne. La Peugeot n’avait pas de chauffage et était abonnée aux courants d’air. La glace se figeait sur le pare brise, à mesure qu’elles avançaient. S…. était à la limite de la crise de nerfs. La meilleure solution qui leur vint à l’esprit fut de faire comme dans les films de cow-boys : un flash de whisky fera l’affaire ! Elles s’arrêtèrent chez l’épicier du coin et en avant pour l’aventure. S… s’est vite réchauffé les artères. Au retour d’Adeline le soir, elle avait acheté ce médicament miracle et tout comme avec les antidépresseurs qu’elle prenait quotidiennement, elle s’accoutuma. Un verre, ça va… deux verres, ça va… trois verres, S… ne comptait plus ! Quand on aime, on ne compte pas. Elle tenait bien la route ! Mieux que sa Peugeot. Forcément, comme nos deux fanfaronnes vivaient sous le même toit, elles se serraient les coudes. C’était la fête tous les soirs au dixième étage.....

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Adeline et sa copine S
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