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Étoile flamboyante

Publié le 30 janvier 2014 par Philippe Thomas

Poésie du samedi 64 (nouvelle série),

à Olivier,

Heureux rois mages qui ont su la distinguer entre toutes et la suivre… Je ne sais pas si elle fut pour eux comme une révélation, mais elle leur fut au moins signe qui guida leurs pas. Le signe en question a beau être ténu, scintillant au point de sembler tremblant, ceux qui doivent le voir le voient de toutes façons. Sans doute par ce qu’on ne voit bien qu’avec le cœur, à l’exemple du Petit Prince qui s’y connaissait en matière d’étoiles…

Un beau jour, j’ai ouvert au hasard un livre chez un libraire historique mais juste déménagé et où la poésie est toujours bien présente sur les tables. Page 88 à gauche, le poème s’intitulait La révélation, page 89 à droite, on lisait le début de L’inachevable… Heureux hasard objectif qui me fit comprendre intuitivement (intuiter serait un verbe à faire entrer au dictionnaire !) de quel feu ardait cette étoile-là ! Et je découvris ainsi François Montmaneix, un poète pour lequel tout fait symbole dans le rapport que nous pouvons entretenir avec le monde, avec la nature. « Laisser verdure »  est un titre emprunté à Georges Sand, dont ce serait là les derniers mots prononcés avant qu’elle s’éteigne à Nohant en 1876… Et Yves Bonnefoy titre sa préface « Laisser lumière »… on ne saurait mieux dire.  « Tant de flamme affranchit l'être au monde » écrit excellemment Montmaneix dont ailleurs on capte bien le parfum du bois dont il se chauffe « Mes bûches d’acacia sentent le miel »…

La révélation

L’étoile au soir la plus tremblante

de mourir loin du nombre d’or

te souviens-tu de sa lueur

éclairant l’adieu au temps présent

à l’issue de moissons inachevées ?

Dans le choral des voix de la forêt

comme dans la peinture à fresque

qui tout là-haut orne les siècles

d’une Italie qui n’aurait pas de fin

j’ai bâti de mes mains la demeure

que j’offrirai au plus simple des rêves

dont les miroirs m’auront livré passage

La neige à coup de vastes pelletées

déblayera les images anciennes

qui laisseront sous le ciel un espace

pesant son poids de transparence

et tout sera comme avant d’être fait

L'inachevable

Aidé par une flambée de bois mort

je demande aux ombres sur le mur

s'il se pourrait qu'il y eût sous le ciel

un feu où je n'aurais point de part

un feu que je n'aurais pas vu monter

depuis ces cris d'enfants dans les buissons

qui ondulent sur les collines

jusqu'aux modulations de l'âme

coloriées par des robes dans les rues

Tant de flamme affranchit l'être au monde

qu'à mon réveil j'irai porter

ce fer au feu de pierre en pierre

pour permettre à mes foules d'étincelles

d'apaiser un peu de leur finitude

là où chante le grand foyer

sans faille ni fumée

ce fils du premier feu

allumé par la main de l'homme

venu dire à la face des temps

les choses inouïes

qui scelleraient le terme d'une histoire

commencée bien avant l'origine

par la preuve du seul brasier

qui ne s'achève pas dans la cendre

François Montmaneix, né à Lyon en 1938, Laissez verdure, préface d’Yves Bonnefoy, Le Castor Astral 2012.


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