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Une petite promenade

Publié le 10 mai 2008 par Tanialoue

Le calme est revenu. Je pars alors me promener, à pied, à Hamra cet après-midi. J’avais besoin de me rendre compte par moi-même de la situation. Pour rejoindre Hamra, d’Achrafieh, je décide de passer par Sodeco (autre zone de combat). Premier check-point de l’armée libanaise. Je passe. Deuxième check-point du Hezbollah, celui-ci. Je passe. Je viens alors de laisser le quartier chrétien avec ses belles boutiques, son ambiance occidentale pour me plonger dans une toute autre atmosphère.

Je vais essayer de vous décrire le check-point du Hezbollah. Tout d’abord la rue est barrée, bien évidemment, par des poubelles renversées voire brûlées pour certaines. Un bus, également calciné, est couché en travers de la route. Les drapeaux du Liban ont été remplacés par ceux du Hezbollah et du mouvement Amal. Le sol est jonché de carcasses de chaises brûlées, de débris métalliques provenant à l’évidence de pneus ou encore, de sable orangé. Deux options s’offrent alors à moi : je rejoins Hamra via le centre du quartier sunnite, sachant que sous mes yeux le paysage montre encore les stigmates des combats, ou via le centre ville, également occupé par le Hezbollah. Je sens alors tous les regards tournés vers moi. Je suis seule dans la rue. Seule au milieu de militants Hezbollah et Amal, certains sont armés, mais pas la majorité. Je choisis la deuxième option qui me paraît la plus sage…

Donc je descends vers la Grande Mosquée. Le sol est, en partie, défoncé. Je croise plusieurs partisans de l’opposition qui se demandent bien ce que je peux faire là. Je leur souris, dis bonjour, et discute avec eux… pas beaucoup car malheureusement je ne parle pas assez libanais et ils ne parlent pas trop anglais ni français. Je poursuis ma route. Et j’arrive sur le pont. Là un autre barrage du Hezbollah. Je passe. Puis un autre check-point de l’armée. Je passe. Et me revoilà dans un quartier maîtrisé par l’armée. En effet, contrairement à ce que beaucoup de médias français ont pu écrire ou dire, le Hezbollah a rendu pratiquement tout Beyrouth-ouest à l’armée. Donc une partie d’Hamra n’est plus occupée. Je peux circuler tranquillement, et c’est vraiment le cas de le dire. Je suis toute seule ! La rue d’Hamra qui est pourtant une rue vivante, pleine de magasins, de petits restos, de bars, est maintenant déserte. Je suis seule avec des militaires postés tous les 30-40 mètres. Pas top comme compagnie quand même. Je décide alors de rentrer et de rejoindre une amie à moi.

Quand elle a su mon petit périple, elle me propose d’aller à Verdun. Autre secteur de l’ouest. D’accord. Donc nous voilà parties, en voiture cette fois, pour Verdun. Le chemin est un peu plus compliqué. Car beaucoup de routes sont fermées. Entre les check-point militaires et les check-point Hezbollah, c’est la galère, mais nous y arrivons. Là, rien. Tout est fermé. Nous poursuivons notre chemin et atteignons pratiquement la Corniche El-Mazraa. Un militaire nous demande de ne pas trop nous avancer parce que, apparemment, les combats reprendraient. Demi-tour. Il est 18h30. Nous décidons qu’il est alors temps de rejoindre Achrafieh. Comment ? Via Sodeco. Erreur.

Nous sommes alors arrivées dans la rue qui correspondait à ma première option au début de cet article. La petite voiture blanche qui nous sert de carrosse affronte tant bien que mal les pneus brûlés, les trous dans la chaussée et ses débris, pierres, verres ainsi que les déchets des poubelles. Nous ne sommes alors plus qu’à 50 mètres d’Achrafieh. Mais pour passer, c’est autre chose. Des poubelles entravent la route. Un joli sourire aux gardes. On passe. En face de nous, deuxième problème. Poubelles et barres de fer. Là, pas de jolis sourires qui tiennent. Hors de question de passer. Certains nous préviennent qu’il pourrait y avoir du grabuge. Nous faisons demi-tour. Reprenons la route défoncée pour rejoindre des quartiers tenus par l’armée.

Je rentre chez moi et m’informe sur les évènements de l’après-midi. L’armée a gelé les deux décisions du gouvernement : le directeur de l’aéroport, Wafik Choucair, déchu et proche du Hezbollah, devrait reprendre ses fonctions et l’enquête sur le réseau de télécommunication « clandestin » du parti de Dieu est ajournée. Ali Hassan Khalil, député de l’opposition, a, quant à lui, annoncé, lors d’un discours, que l’opposition maintiendra la désobéissance civile tant que ses revendications politiques ne seront pas satisfaites. Autre information : les combattants commencent à se retirer des rues de Beyrouth, ce que j’ai en effet pu constater de mes yeux…


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