Un pied au paradis – Ron Rash

Par Theoma

« Nous sommes tous restés là un instant, sans rien partager d'autre que notre nom de famille ».

Un couple qui ne peut pas avoir d'enfant, un héros de guerre désabusé, un shérif proche de la vérité, une mère qui sait, une sorcière dans la montagne.

Pour le précédent Prix ELLE, Clara et moi avions lu Le monde à l'endroit de Ron Rash. Plus épatées par l'écriture que par l'histoire, nous avons décidé de découvrir son premier roman, acclamé par la critique.

J'ai tout aimé. L'atmosphère, les personnages, la nature omniprésente. Le bruissement des feuilles, le clapotis de l'eau, le chant des oiseaux, Ron Rash amplifie les sons et offre au lecteur une visibilité sans pareil. J'ai été transportée dans le comté des Appalaches du Sud. J'ai vu les buses rôder autour du cadavre d'un cheval, j'ai croisé le regard inquisiteur de la vieille Winchester, je suis entrée dans l'intimité de chacun et j'ai assisté, impuissante, à l'inondation de cette vallée par la compagnie d'électricité Carolina Power. A la fin, j'ai reçu une belle claque, celle que tout lecteur attend.

L'écriture, lyrique, intense, puise sa sève dans les origines de la terre. Le style est imagé, poétique, concentré sur l'essentiel. Au fil des pages, l'atmosphère s'opacifie avec sobriété. L'auteur souligne la souffrance des non-choix. Qu'importe la décision, la vie ne sera plus jamais la même. La vibration du paysage, la vérité des personnages, la nostalgie d'une contrée perdue, un premier roman granitique, exigeant, rythmé, virtuose.

Et qu'en a pensé Clara ?

Le Livre de Poche, 320 pages, 2011, traduit de l'anglais par Isabelle Reinharez

Extrait

« Un pasteur affirmerait que c’était la condition humaine depuis que l’homme avait quitté le paradis, et il y avait tant de vieux cantiques expliquant que dans une autre vie nous serions aux côtés de Dieu. Seulement nous vivions dans le présent. Toujours en quête de quelque chose qui comble cette absence. Peut-être qu’un mariage pouvait guérir cette nostalgie, même si le mien n’y était pas parvenu. L’alcool était la solution pour beaucoup d’autres hommes, sans compter Williams. Peut-être que pour certains les enfants la comblaient, ou peut-être, comme pour papa, l’amour d’un lieu qui vous rattachait à vos ancêtres. »