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The Grand Budapest Hotel

Publié le 17 mars 2014 par Dukefleed
The Grand Budapest HotelPoupées Russes narratives
Un vieux romancier (Zero Moutapha) nous livre les secrets de son bestseller qui est en fait très inspirée de sa propre vie. On se retrouve en plongée successives dans différentes tranches de vie de son passé à diverses époques dans le curieux pays de Zubrowka dans l’entre deux guerre. Ce fameux romancier était un garçon d’étage au très select « Grand Budapest Hôtel ». Son tuteur, Gustave H., est l’homme aux clés d’or très zélé du célèbre palace qui le prend sous son aile en vue d’en faire son successeur. Ce dernier n’hésite pas à honorer les mamys du palace pour les conserver comme clientes ; ce personnage de concierge hi class gérontophile est central et d’un régal absolu. Lâche et chevaleresque, abrupt mais romantique. Il incarne aussi le maintien de l’art de vivre à l’ancienne : une vraie balise pour La Belle Epoque menacée par le fascisme naissant. Rien que le nom de son parfum nous amuse : « L’air de panache » (en français dans le texte). Zero Moutapha, le liftier, le définit par cette délicieuse phrase : « il entretenait l’illusion avec une grâce merveilleuse ». Mais voilà qu’une de ses octogénaires qu’il culbute régulièrement, richissime, le couche sur son testament et lui lègue une grande partie de sa fortune… Que l’aventure commence ; au milieu du bruit de botte dans un pays où la « Section Zig Zag » prend le pouvoir. Traité les SS par le burlesque rappelle beaucoup « Le dictateur » de Chaplin et « La vie est belle » de Benigni. Wes Anderson pour ce 8èmelong métrage marque encore plus de son empreinte très particulière le cinéma mondial ; il est même reparti du Festival de Berlin avec le Prix du Jury. Son film est construit comme un gigantesque jeu de l’oie avec des prisons, des chausse trappes, des évasions, des pièges,… le tout agrémenté d’une galerie de personnages haut en couleur que l’on prend plaisir à voir apparaitre et disparaitre tout au long de l’histoire, mais toujours avec beaucoup de lisibilité et de fluidité. Derrière cette galerie de personnalités improbables se loge un casting de très haut vol : une octogénaire énamourée (Tilda Swinton) ; un maître d’hôtel français insondable (Mathieu Amalric) ; un tueur à gage effrayant (Willem Dafoe) ; le fameux concierge octophile (Ralph Fiennes) ; une servante ingénue (Léa Seydoux) ; mais aussi Bill Murray, Jeff Glodblum ;… Chez Wes Anderson, un monde complexe s’ouvre à nous, entièrement conçu par un féru de détails pléthoriques ; et cette palette de personnage en est qu’une partie. En fond, Wes Anderson se régale avec des décors magiques croulant sous une multitude de détails et d’inventions vintage ; on est à la limite de la surcharge visuelle. On se croirait presque dans la maison d’Hansel et Gretel, le palace ressemble à un gros gâteau que l’on a envie de dévorer. L’imagination débordante d’Anderson de ses précédents films prend ici un tour grandiose voire granguignolesque ; une profusion rarement vue au cinéma. Les personnages… c’est fait… Le décor… aussi… alors parlons du rythme. Caméra en mouvement dans des travellings hyper léchés, son cadrage si particulier truffé de personnages, du mouvement dans le cadre, sa profondeur de champ, l’utilisation d’un format d’image en adéquation avec l’époque (alternance 4/3, 16/9,…) : la direction artistique du film est exceptionnelle. Un univers créé de toute pièce. Cette mise en scène avec une richesse visuelle hors pair offre un rythme de train fou ; l’œil ne parvient que difficilement à capter toute la richesse de cette œuvre. Certains comparent ce film à Tintin ou Blake et Mortimer voir Spirou (pour Zero le liftier) ; certaines scènes comme l’évasion sont certes très cartoonesques et l’esthétique repose sur la ligne claire. C’est aussi du Jeunet et Caro converti aux acidulés, tant il invente un monde baroque prétexte à des aventures rocambolesques et endiablées, et à des rebondissements absurdes et jubilatoires. De toute cette énergie émane une drôlerie sacrément communicative. Au-delà du plaisir visuel et scénaristique, la bande sonore menée par le grand Alexandre Desplat toujours très proche des images est virtuose. Cette fable où règne le crépuscule d’un monde perdu est burlesque et drôle à souhait. On pourrait juste reprocher à Anderson d’en faire trop et de charger un peu trop la mule visuelle. Mais le dépaysement est tellement total et garanti que seuls les grincheux noteront le trop plein de bonnes intentions.Marianne : « Un festival d'acteurs, un merveilleux capharnaüm narratif puissamment maîtrisé, un carrousel d'images emballantes et emballées, un pur plaisir de cinéma, haletant et raffiné »A voir impérativement au cinéma… et plutôt en VF pour les non bilingues car le film est bavard et le temps passé à lire les ST est perdu pour apprécier tout le soin apporter à l’image.
Sorti en 2014

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