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Mon séjour chez les guerriers-guérisseurs, Eric Bhat (Episode 1, Les présentations)

Publié le 20 mars 2014 par Beena

Eric Bhat nous raconte en deux épisodes son séjour au centre Vallabhatta dans le Kerala : plongez au coeur de l’Ayurveda !

Les guerriers-guérisseurs

Eric Bhat, étudiant français en pleine pratique

L’ami Jérôme et moi sommes arrivés à pied au centre Vallabhatta par un sentier. A force d’avoir demandé notre route tous les dix mètres, nous étions escortés par une cinquantaine de personnes qui se disputaient le droit de nous serrer la main, de porter nos sacs, et chacun nous demandait de quel pays nous étions originaires. Ce fut une première leçon de Malayalam, la langue chantante du Kerala. A l’entrée du sentier, dans la forêt de cocotiers et de bananiers, nos accompagnateurs d’un jour se sont dispersés. A l’évidence nous touchions au but. Enfin, c’était vite dit : où se nichait donc le centre de Kalarippayat ? Nous demandâmes à nouveau notre chemin à une brave dame qui épluchait des légumes sur sa terrasse. Nous voyant perdus, elle dépêcha sa fillette, de cinq ou six ans tout au plus. L’air grave, sûre de son fait, la gamine nous guida sur les chemins en terre, et nous mena jusqu’au centre. Un thérapeute torse nu, assis dehors sur une petite chaise, soignait la cheville d’un homme âgé. Levant la tête, ce thérapeute nous photographia du regard et nous gratifia d’un large sourire de bienvenue. Nous étions arrivés.

J’étais très curieux de rencontrer ces guerriers-guérisseurs, comme les a baptisés Hervé Bruhat  dans  son beau livre consacré au Kalarippayat. Guerriers, ils ne le sont plus guère : leur art martial, très physique, est désormais une pratique  sportive et artistique, dirigée parfois vers des démonstrations publiques, fort spectaculaires. Car les duels aux armes en bois, en fer ou à mains nues sont réglés au millimètre et donnent des frissons au public. Pour situer la densité des échanges, lors d’un duel au bâton court, quatre cents coups sont donnés à la minute : ça va vite, ça va fort, et mieux vaut éviter d’avoir les phalanges écrabouillées !

Centre Valabhatta

Les jeunes élèves (dès 5 ans) pratiquant le Kalarippayat, art marial très populaire au Kerala

Si les maitres de guerre sont devenus enseignants d’art martial, ils sont restés guérisseurs. Dès que les entraînements des athlètes sont terminés, les maitres de Vallabhatta sont attendus dans le patio en plein air par une Cour des miracles, composée de jeunes, de vieux, de familles entières : tantôt un bras en bandoulière, tantôt une cheville en feu, ou pour soulager un rhumatisme, tous attendent patiemment. L’aura des guérisseurs est large. Ce ne sont  pas seulement les villageois endoloris qui viennent se faire traiter. On vient de beaucoup plus loin, à pied ou sur une moto avec toute la famille, pour présenter ses bobos.

Depuis neuf générations, cette famille anime, gère et incarne le centre Vallabhatta de Kalarippayat, à Chavakkad, un village à portée d’arquebuse de la bourgade sainte de Guruvayur, de ses pélerins hindous et de son fameux temple. La mer n’est jamais loin dans le Kerala. Le centre de Kalarippayat de Chevakkad est à dix minutes à peine de la plage. Chez les guerriers-guérisseurs de Vallabhatta, le Kalarippayat est plus qu’une vocation : leur vie est totalement dédiée à cette discipline comme à la spiritualité qui l’entoure. A quatre heures du matin, la famille est déjà prête pour une Puja, prière-méditation durant laquelle la journée qui s’annonce est placée sous la protection des dieux.

Tout le monde vénère le grand-père, le Guruji (prononcez Gouroudji), guide spirituel de la tribu, du haut de ses 83 ans. Il prie beaucoup, de la Puja matinale aux méditations du soir. Entre-temps il bénit chaque pratiquant d’une nouvelle arme, ou réprimande vertement les plus jeunes élèves lorsqu’ils sont turbulents. L’épouse du Guruji veille sur la maisonnée. Pendant les entraînements de l’aube, elle prépare du tchaï (thé aux épices) pour les moniteurs, puis bat son linge dans le jardin sur une grande dalle en pierre. La télévision est présente dans toutes les habitations,  les motos et parfois quelques voitures parviennent jusqu’au village, mais les machines à laver le linge ou la vaisselle n’ont pas encore frayé leur chemin dans la forêt. La vie de cette famille est similaire à ce qu’elle était depuis des siècles. Les femmes sont revêtues d’un sari, les hommes sont en dhoti, un grand linge qui se porte tantôt en jupe longue, tantôt replié en une sorte de bermuda. Le Guruji et sa femme sont végétariens, passionnés d’Ayurveda, et ils ont eu quatre enfants, tous tournés comme il se doit vers le Kalarippayat.

Le premier fils, Krishnadas, porte également le titre de Guruji ; il est en somme le nouveau patron. Agé de 50 ans, il en parait vingt de moins à force de sport, de plein air et d’applications d’huile de sésame sur la peau. Il est marié, il a deux filles, et habite une maison qu’il a bâtie en face de celle de son père, à cinquante mètres à peine du temple de Kalari. Son premier frère, Dinesh, est son adjoint pour animer le centre, enseigner le Kalarippayat et soigner les visiteurs. Dinesh est surnommé Dinerta (Grand Frère) par la plupart des élèves, il construit sa propre maison à côté de celle de son frère Krishnadas, confirmant le caractère « Vallabhatta City » de cette partie du village. Le troisième fils de la famille, Rajeev,  est parti à Dubaï… ouvrir une filiale de Vallabhatta. Nirmala, leur sœur, est restée à Chavakkad, où elle confectionne les langhottis, sorte de pagne en tissu que portent les pratiquants.  C’est elle qui masse ou soigne les malades féminines, car on est très prude en Inde, les hommes soignent les hommes et les femmes soignent les femmes : c’est comme ça depuis des millénaires, pourquoi voulez-vous faire autrement ? Les petits-enfants, déjà grands, pratiquent tous le Kalarippayat, les filles y compris, jusqu’à 14 ans environ. A l’âge adulte, c’est plus rare.

Dinesh

 Dinesh, professeur de Kalarippayat prescrivant des soins 

Eric Bhat

Traitements ayurvédiques et réflexologiques.

[email protected]

Découvrez la suite du récit passionnant d’Eric Bhat dès la semaine prochaine …


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