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Une stratégie électorale axées sur la peur, le mensonge et le "salissage"

Publié le 24 mars 2014 par Jclauded
Drôle de campagne électorale que celle que nous vivons au Québec cette année. Le Parti Québécois (PQ) au pouvoir, minoritaire, a déclenché une élection générale sans avoir perdu un vote important à l’Assemblée Nationale. Élu de peine pour un mandat de quatre ans, il y a près de dix-huit mois, il se retrouvait en difficulté dans les sondages il y a un an. Il a eu alors la brillante idée de créer un débat sur l’identité québécoise en proposant une charte des « valeurs québécoises ». Ce fut un coup de maître. Le PQ grimpa subitement dans les sondages au point que la PM Pauline Marois y a vu l’opportunité de déclencher une élection rapide afin de profiter de l’opinion populaire favorable du moment, nonobstant le fait qu’elle ait fait voter à l’Assemblée Nationale une loi fixant la tenue d’élections générales à tous les quatre ans, pour éviter des cas similaires du passé. La date de la prochaine élection était déjà fixée, mais la PM a décidé de ne pas en tenir compte préférant renier sa propre loi dans l’intérêt électoral de son parti.
Le débat sur la charte a démontré clairement que les Québécois sont fortement divisés sur la question, mais une majorité demeure favorable. Un récent sondage a indiqué pourquoi. Un grand nombre de francophones craignent les musulmans, les sikhs, les juifs et d’autres nationalités. Ils ont peur de la différence, de la société plurielle.. Et cela, même si les populations de ces groupes ethniques ont toujours agi correctement et n’ont jamais suscité de problème majeur. Pourtant de nombreux ex-PM, ex-ministres, ex-députés, recteurs d’universités, maires dont celui de Montréal, chercheurs, sociologues, etc.. plus les chefs des trois autres partis politiques du Québec, se sont prononcés publiquement pour s’objecter à la charte ou à une de ses parties. Face à ces complaintes, le gouvernement n’a changé que le nom de la charte, plusieurs fois. Aujourd’hui, le nom utilisé par la PM dans la campagne électorale est « la charte de laïcité ».
Les sondages internes du PQ soulignent la division profonde de la société québécoise. Ils indiquent, tout comme les sondages récents des journaux, que ceux qui l’appuient sont en grande partie des gens qui ont peur de l’autre, peur des étrangers, peur de leur habillement, tels un foulard, un turban, une kippa… Une peur irraisonnée et irraisonnable. Les autres partis politiques à l’Assemblée Nationale, ressentant ce malaise et pensant à l’intérêt général, ont voulu que le débat-diviseur cesse. Ils ont proposé des ajustements et des compromis à la loi 60 sur la charte afin qu’elle puisse être ratifiée unanimement. La PM a refusé et a déclenché l’élection sur la foi que la peur ferait son œuvre chez la population francophone. Elle a misé que cette peur continuerait à travailler pour elle afin qu’elle puisse se maintenir à la tête des sondages et gagner un gouvernement majoritaire. Au lieu d’agir en dirigeant responsable qui doit s’assurer d’éviter que des crises graves s’installent entre des groupes de la société, elle ne l’a pas fait par intérêt personnel politique.
Le parti Québécois est un parti démocratique dédié principalement à la séparation du Québec du Canada, comme l’indique clairement l’article 1 de sa constitution. Au dernier congrès du parti, la PM Marois a déclaré « nous l’aurons notre pays ». Depuis son élection au pouvoir, la PM et les ministres ont répété souventes fois des déclarations similaires. Son candidat-vedette, l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau (PKP), a fait le gros saut en déclarant qu’il était là pour faire un pays et que c’était sa motivation la plus profonde, le poing levé. Cela allait dans le même sens que ce qu’on entend et lit depuis que les péquistes sont au pouvoir. En obtenant une majorité à l’Assemblée Nationale, ils sont convaincus qu’ils pourront faire le pays parce que, disent-ils, « la conjoncture est favorable ». Pour eux, c’est clair, c’est net, c’est précis.
J’ai toujours eu de l’admiration pour des gens convaincus, même si je ne partageais pas leurs points de vue. Les meilleurs débats en découlèrent. Le malheur pour la PM Marois est qu’elle a voulu cacher son jeu. Depuis que les Québécois l’ont découvert, le PQ coule dans les sondages au point que les libéraux ont actuellement une avance de plus de 6 points (je ne tiens pas compte du récent sondage de Forum Research qui place le parti libéral encore plus haut car je ne crois pas dans la crédibilité de son travail au Québec).
La PM Marois reconnait ses problèmes et a changé de discours. Elle dit maintenant avec insistance qu’ « il n’y aura pas de référendum mais… ce n’est pas certain » et ajoute « ce qui compte c’est l’économie et la charte ». En plus, voyant que même ces derniers arguments accrochent difficilement, elle s’abaisse à dénigrer la personne du chef libéral et son parti. Il est clair que son discours ne tient compte que de la température politique. Elle dit n’importe quoi, face aux sondages défavorables, pour retrouver sa crédibilité. Sa stratégie électorale est en désordre. Une preuve additionnelle, au même moment ses ministres continuent à parler de référendum. Par exemple, le ministre J.F. Lisée vient tout juste de déclarer devant les étudiants de l’Université de Montréal que le référendum se fera le plus rapidement possible.
Ailleurs, l’ex-Ministre péquiste Rodrigue Tremblay, professeur émérite de l’Université de Montréal, reconnu pour sa perspicacité politique et qui connait les intentions réelles de la PM, la supplie :
Madame Marois, s.v.p. réveillez-vous ! Fermez la porte au plus sacrant à un référendum lors de votre prochain mandat et clouez le bec à vos adversaires. Mais, vous n’avez pas une éternité pour le faire. Seulement un jour ou deux. De grâce, n’attendez pas de le faire à quelques jours de votre prochain débat public, jeudi le 27 mars ; il sera sans doute trop tard. Coupez l’herbe sous le pied de vos adversaires, dès maintenant.
Voici ce que je vous suggère de dire clairement : « … je prends aujourd’hui l’engagement ferme qu’il n’y aura pas de référendum de cette nature au cours d’un second mandat du gouvernement que je dirigerai ».

D’autres, des penseurs et des blogueurs péquistes, comme le célèbre JC Pomerleau, abondent dans le même sens que Tremblay.
Cela indique quoi ? Que ceux parmi eux qui connaissent la politique, jugent que l’allure de la campagne électorale les mène vers la perte du pouvoir du PQ. Leur cri en est un de désespoir puisqu’ils sont prêts à sacrifier la tenue d’un référendum pour demeurer aux affaires. Ils argumentent que dans les circonstances, la meilleure stratégie pour leur parti est de bien administrer le Québec et de convaincre les Québécois sur le long terme que la séparation du Canada leur sera profitable.
Depuis le lancement de l’élection, il me semble clair que la PM Marois ne dit pas la vérité sur la question d’un référendum et profite de la peur chez certains Québécois pour gagner l’élection. De plus, ses propres supporteurs lui prédisent la défaite si elle ne se ressaisit pas. Elle semble prise dans une souricière. Si elle va dans le sens de Tremblay et accepte de faire la déclaration proposée, elle aura l’air de quoi ? Comment les Québécois pourront-ils réélire une personne qui joue ainsi avec sa crédibilité ? Si elle persiste dans sa voie actuelle, son sort semble scellé ! C’est le fruit d’une mauvaise stratégie.
Claude Dupras
Ps. Par contre, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Les députés (tous partis confondus) de près de 50 comtés sont certains d’être élus nonobstant les sondages. Ils sont de bons députés et reconnus comme tels par leurs commettants. De plus, l’avance (si elle est réelle) du parti libéral, selon les sondeurs, est fragile. Tout peut arriver !

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