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Le scandaleux traitement médiatique des élections municipales.

Publié le 25 mars 2014 par Leunamme

Si vous vous êtes contentés de suivre la soirée électorale du premier tour des élections municipales à la télévision ou à la radio, alors vous êtes certainement persuadé que certes l'abstention était forte, que toute la gauche s'est pris une claque, que la droite a triomphé et surtout, surtout que le FN a fait une percée spectaculaire. D'ailleurs, sur certaines antennes, certains journalistes ont tellement grossi le trait en parlant du parti de Mme Le Pen, qu'on pouvait presque croire qu'elle était aux portes de l'Elysée. Évidemment, tout ceci n'est qu'apparences, puisque désormais les médias dominants ont renoncé à leur mission première, c'est à dire informer, aller chercher l'information, il ne leur reste désormais plus que cela, les apparences, et le commentaire de celles-ci. Bref, l'écume !

Pourtant, il suffisait de se pencher un peu, de regarder l'ensemble des résultats d'un peu plus prés pour s'apercevoir que les choses sont en fait un peu plus complexes que cela, voire très différentes. Ce n'est pas très compliqué à faire, mais pour cela il faut du temps, ce qui dans un monde où il faut réagie dans l'instant, est plutot une denrée rare.

Commençons donc par l'abstention. On nous dit qu'elle était forte. Ca au moins, c'est indéniable puisqu'elle atteint un score jamais vu sous la cinquième République pour ce type de scrutin. Sauf qu'il convient de rappeler que l'élection se fait dans un contexte de déprime générale, de défiance inégalée envers l'ensemble de la classe politique, avec un Président de la République qui est le plus impopulaire que nous ayons jamais eu et surtout dans un climat d'affaires politico-mafieuses qui se succèdent en rafales. Bref, tout était donc réunit pour que l'abstention soit massive, à tel point que tous les instituts de sondages s'accordaient pour annoncer qu'elle dépasserait les 40 %, certains allant même jusqu'à prédire qu'elle friserait les 50 %. On le sait, ce ne fut pas le cas, malgré le contexte, les Français se sont déplacés majoritairement, prouvant ainsi qu'ils restent un peuple éminemment politisés.

L'abstention, donc, puisqu'abstention importante il y a eu, aurait donc prioritairement touché la gauche. C'est indéniable puisque c'est dans les villes dirigées jusque-là par elle qu'elle est la plus forte. Ceci, ajouté au rejet du gouvernement expliquerait donc l'effondrement des candidats de gauche.Mais là encore, il s'agit d'une demie vérité puisque si le PS a enregistré un très fort recul un peu partout, ce n'est pas le cas de toute la gauche. L'amalgame est utile, il permet de masquer une verité indéniable elle, il y a une partie de la gauche qui elle résiste plutôt bien, voire progresse, c'est le Front de gauche. Si l'on prend les chiffres publiés par le journal Le Monde dans son fameux cahier de lendemain d'élections, sur les 346 villes où le Front de gauche avait une tête de liste (soit une liste union de la gauche dirigée par le PCF, soit une liste Front de gauche, soit une liste Parti de Gauche), le score moyen est de 11,5 %, soit une légère progression par rapport à la présidentielle, et surtout un gain substantiel par rapport aux municipales précédentes.

Le Front de gauche progresse donc, mais ça, on se gardera bien de vous le dire. Par contre on ne manquera pas de vous assèner une autre contre-vérité : la droite aurait gagné le premier tour de ces municipales. Tiens donc ! Ce serait faire fi que l'élection municipale, comme la plupart des élections de cepays, se joue à deux tours. Or, rien ne dit que la droite remportera autant de municipalités qu'elle l'espère. A cela une raison essentielle : la multiplication des triangulaires dues à la présence du FN. Le score du parti des locataires de la villa Montretout ajouté à l'abstention montre bien qu'il n'y a en rien appétit des Français pour la droite. La victoire de cette dernière n'est donc que victoire à la Pyrrhus, une victoire par défaut due à l'effondrement socialiste.

Le Front National enfin, et c'est la grande affaire qui occupe tous nosmédias depuis 2 jours. Il progresse parait-il ! Certes, il a remporté une ville dès le premier tour, certes il en remportera d'autres dimanche prochain, mais ce n'est pas la première fois. Il est vrai qu'il réalise des scores impressionnants dans de nombreuses villes, mais la vérité, si l'on prend les 357 villes où le FN avait un candidat et dont le Monde publie les résultats, le score moyen est de 14,6 %, soit 3 points de moins qu'à la présidentielle. Mieux, si on enlève les résultats des villes du Nord Pas de Calais, de la région PACA et du Languedoc Roussillon, cette moyenne tombe à 10 %. AUtrement dit, le FN progresse là où il est déjà fort, ce qui en soit est une mauvaise nouvelle, mais ne s'implante pas ailleurs pour l'instant. Bref, une progression relative et loin d'être inexorable.

Le second tour aura lieu dimanche prochain, et pour en comprendre la signification, le mieux sera de ne pas allumer sa télé ou sa radio. Nous vivons à l'ère de la désinformation et de la manipulation, et cela fait le lit de toutes les peurs et de tous les populismes. La France va mal, bien mal, mais pas autant qu'on vous l'a dit dimanche dernier.


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