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SMIC suisse, une des bonnes intentions dont l'enfer est pavé

Publié le 03 avril 2014 par Francisrichard
SMIC suisse, une des bonnes intentions dont l'enfer est pavé

Une des raisons d'être du socialisme, depuis un certain Karl Marx, est de vouloir protéger les travailleurs contre les méchants patrons. Avant que n'advienne une société sans classes...

Qu'est-ce qu'un méchant patron? Un patron qui exploite ses travailleurs en les payant insuffisamment pour s'enrichir à leurs dépens.

Pour qu'un méchant patron ne puisse pas exploiter ses travailleurs, la loi doit lui imposer de leur verser un salaire plancher, un salaire minimum, qu'en France on appelle SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance) depuis 1970.

(En France le nombre de smicards n'est jamais descendu en-dessous de 10% de la population active au cours des 20 dernières années. Il est même monté jusqu'à 16.3% en 2005...)

Une initiative a été lancée le 25 janvier 2011 pour qu'un tel salaire minimum fasse son apparition en Suisse, un SMIC suisse en quelque sorte. Elle a abouti le 6 mars 2012 avec 112'301 signatures valides pour 100'000 signatures requises, bien avant le délai du 25 juillet 2012 imparti pour la récolte des signatures. C'est dire si cette initiative populiste est populaire...Et le 18 mai 2014, le peuple se prononcera sur son adoption.

Comme dit plus haut, le socialisme se veut protecteur. Aussi n'est-il pas étonnant que cette initiative populaire s'intitule: Pour la protection de salaires équitables (salaires minimums) et qu'elle soit soutenue par tout ce que compte la Suisse de socialistes, de coeur ou déclarés.

Aux termes de cette initiative, un salaire minimum légal serait fixé par la Confédération et applicable "à tous les travailleurs en tant que limite inférieure contraignante".

Les socialistes n'aiment pas la diversité, ils lui préfèrent l'unicité, qui correspond bien à leur tempérament égalitariste...Dans leurs rêves, ils seraient volontiers favorables à un salaire compris pour tout le monde entre un minimum et un maximum...qu'ils fixeraient, bien sûr, arbitrairement, ce qu'ils appellent équitablement.

Les socialistes n'aiment pas la liberté, ils lui préfèrent la contrainte, qui correspond bien à leur tempérament constructiviste...Dans leurs rêves, ils seraient volontiers favorables à des relations de travail...qui privilégieraient la convention collective imposée à tous au contrat individuel librement consenti par deux parties.

Ce salaire minimum légal figurerait à l'article 110a de la Constitution fédérale et serait de 22 francs de l'heure, valeur 2011, ce qui correspond à environ 4'000 francs par mois. Pourquoi 22 francs de l'heure? Personne ne le sait. Sans doute parce que 22, cela sonne bien...je ne vois pas d'autre explication rationnelle.

Tout ce que l'on sait, c'est que, selon les initiants environ 330'000 travailleurs auraient à l'heure actuelle un salaire inférieur à ce salaire minimum légal. Ce qui ne correspond pas à 1 travailleur sur 10, comme ils le prétendent, puisque la population active est de 4'500'000 personnes environ...

Quoi qu'il en soit, les initiants avancent deux arguments:

- ce salaire minimum légal serait juste parce qu'il permettrait de vivre décemment

- ce salaire minimum légal protégerait les salaires suisses de la sous-enchère et les gentils patrons de la concurrence à bas prix.

L'intention, comme on le voit, est bonne. Qui, parmi ceux qui gagnent moins de 4'000 francs par mois, refuseraient de les gagner?

Qu'est-ce que vivre décemment? 4'000 francs, c'est peu ou beaucoup, selon les cas...

Quels sont les travailleurs qui profiteraient réellement de ce salaire minimum légal s'il était institué? Ceux qui auraient encore un emploi à ce tarif-là.

Car, quels sont les secteurs où des travailleurs ont à l'heure actuelle un salaire inférieur, parfois de beaucoup, à ce salaire minimum légal? Le commerce de détail, les restaurants, l'hôtellerie, les entreprises de nettoyage, les entreprises de jardinage, l'agriculture etc.

Confrontés à une hausse conséquente des salaires des travailleurs, que feront les patrons de ces secteurs d'activité, qu'ils soient méchants ou gentils? Comme il leur sera impossible de répercuter une telle hausse à leur clientèle qui préfèrera aller voir ailleurs, en France voisine, par exemple, ils constateront que la valeur que leur apportent leurs travailleurs est inférieure à leur coût. En conséquence ils licencieront - c'est ce qu'on verra - et ils ne créeront plus d'emplois - c'est ce qu'on ne verra pas.

Les travailleurs, tout autant que les patrons, gentils ou méchants, seront donc punis. Ils ne pourront plus proposer leurs services au prix qu'ils veulent et deviendront chômeurs, avant de bénéficier peut-être un jour de l'aide sociale.

Quant aux plus jeunes des travailleurs peu ou pas qualifiés, ils n'auront même plus l'occasion d'entrer dans le monde de travail. S'éloignera pour eux la perspective de trouver à terme des emplois plus qualifiés et mieux payés...

Comme quoi une bonne intention peut se révéler infernale...

Francis Richard


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