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Jusqu’où peut-on critiquer les religions dans un pays laïque ?

Publié le 16 mars 2014 par Ncadene

Retrouvez ma réaction ci-dessous dans l’article de 20 minutes. Dans les seules limites à la liberté d’expression (l’ordre public en général), nous pourrions également évoquer les articles 31 et 32 de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État :

« Article 31 : Sont punis de la peine d’amende prévue pour les contraventions de la 5ème classe et d’un emprisonnement de six jours à deux mois ou de l’une de ces deux peines seulement ceux qui, soit par voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d’exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l’auront déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association cultuelle, à contribuer ou à s’abstenir de contribuer aux frais d’un culte.

Article 32 : Seront punis des mêmes peines ceux qui auront empêché, retardé ou interrompu les exercices d’un culte par des troubles ou désordres causés dans le local servant à ces exercices. »

Article de 20 Minutes :

Femen, Charlie Hebdo… Jusqu’où peut-on critiquer les religions dans un pays laïc ?

SOCIETE – Quand elles ne se retrouvent pas devant le tribunal, les actions des Femen, autoproclamées «en guerre contre la religion», provoquent parfois la colère ou la consternation…

L’affaire des caricatures de Mahomet, initialement publiées en 2005 dans un journal danois puis reprises par Charlie Hebdo, avait brutalement mis en lumièrel’exaspération – souvent instrumentalisée – de nombreux musulmans face à la critique et ce qu’ils considèrent comme un blasphème.

Depuis quelques mois, ce sont les actions des Femen, autoproclamées «en guerre contre la religion», qui hérissent de plus en plus, en particulier les catholiques intégristes comme Civitas, mais plus seulement. Lorsque l’une de leurs membres a mimé un «avortement de Jésus» à l’église de la Madeleine pour protester contre la loi anti-IVG en Espagne, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a ainsi dénoncé une «provocation inutile». Critiquer les religions dans un pays laïc serait-il devenu trop sensible? Jusqu’où peut-on aller?

Le délit de blasphème n’existe plus

Sur le plan juridique, la réponse à cette question délicate et passionnelle semble simple. «La liberté d’expression ne saurait être limitée par la liberté de croyance, rappelait Hubert Lesaffre, docteur en droit public, dans Libération en septembre 2012. La seule limite en ce domaine est le respect de l’ordre public, qui prohibe l’incitation à la haine, la discrimination, ou encore l’incitation à la violence à l’égard non pas d’une religion, mais des personnes qui la pratiquent. La nuance peut paraître subtile mais elle est fondamentale, c’est le citoyen que protège la république, pas sa croyance».

Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité auprès du Premier ministre renchérit : «Notre Etat laïc n’entre pas dans des considérations théologiques. La loi n’a pas pour fonction de faire respecter les dogmes religieux. On a le droit de les contester, cela fait partie de la liberté d’expression». Cardepuis 1791, le «délit de blasphème» n’existe plus, hormis en Alsace-Moselle en vertu d’un héritage de l’annexion entre 1871 et 1918 par l’Empire allemand.

Poursuivi par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) pour avoir reproduit les caricatures de Mahomet, Charlie Hebdo a ainsi été définitivement relaxé en 2008 par la cour d’appel de Paris. «Ces caricatures, qui visent clairement une fraction et non l’ensemble de la communauté musulmane, ne constituent pas l’injure, attaque personnelle et directe dirigée contre un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse et ne dépassent pas les limites de la liberté d’expression», a estimé la cour. «Il ne faut pas confondre atteinte à un droit et susceptibilité, souligne Valéry Montourcy, avocat au barreau de Paris. Si c’était le cas, ce serait la mort de la pensée et on tomberait dans un Etat religieux».

La crise exacerbe les tensions

La crise économique et sociale a toutefois exacerbé ces susceptibilités. «On est dans un moment particulier où les sensibilités sont plus fortes, observe Florence Rochefort, chercheuse au CNRS et co-directrice de Normes religieuses et genre(Ed. Armand Colin). Je constate qu’on ne peut pas ne pas prendre en compte ce contexte. Pourtant c’est dans le dialogue et la confrontation que les gens évoluent. Je crois aux vertus du débat démocratique, mais il faut veiller à la possibilité d’un tel débat. Le mode d’action des Femen, qui génère de l’opposition, a une portée limitée : comme elles caricaturent l’adversaire, plus personne ne s’y reconnaît».

«En période de crise, il y a toujours un repli sur des valeurs repères, analyse Nicolas Cadène. On observe une montée des excès et du radicalisme, qu’il soit politique, social ou religieux. De là naissent des crispations. Il y a une vraie méconnaissance de ce qu’est la laïcité et ce qu’elle suppose. A nous de rappeler les règles du vivre-ensemble et de la liberté de croire, dans les seules limites fixées par la loi».

Faustine Vincent

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En 2013, le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a indiqué que, pour la troisième année consécutive, les actes et menaces à caractère raciste, antisémite et antimusulman ont connu une «forte augmentation» (+23%) en 2012. Le racisme antimusulman et l’antisémitisme ont enregistré les plus fortes hausses, respectivement +30% et +58%.

Lors de ses vœux aux autorités religieuses en janvier, François Hollande a mis en garde contre «l’intolérance» : «L’antisémitisme a pris des formes nouvelles, même si c’est toujours la même abjection qui transparait. Il y a eu des agressions antimusulmanes qui se sont multipliées. Je n’oublie pas les actes antichrétiens. Je les condamne tous avec la même fermeté.»


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