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Dans la suite des municipales, les européennes ?

Publié le 05 avril 2014 par Blanchemanche

Dans la suite des municipales, les européennes ?
05 AVRIL 2014 |  PAR ALEXANDRE RAGUET.
Nous sortons tout juste des élections municipales que, déjà, nous sommes plongés dans les européennes. Les deux scrutins étant très proches, il est peu aisé d'en faire des enjeux différents. C'était d'ailleurs la stratégie du Front de Gauche avant la tempête, bien avant que le navire ne craque. Il fallait faire des deux rendez-vous électoraux de l'année 2014 une démonstration de force, une vague « Front de gauche ». Il n'était pas envisagé, et envisageable, d'avoir deux stratégies différentes en 2 mois de temps. Pourtant, c'est bien cela qui se passe.Pour les municipales, le PCF a pris la lourde responsabilité de partir, dans un grand nombre de villes avec le PS dès le premier tour. Cela n'a pas empêché la vague bleue, voire la vague brune, de se vautrer sur le pays. Pire même, le PCF donne une image de la gauche radicale opportuniste et divisée. La gauche « socialiste » sort cassée, divisée, rejetée de ce scrutin. Les écologistes quittent le gouvernement, suite au choix provocateur de Hollande de nommer le raciste Valls à Matignon.Le gouvernement sort affaiblit. La gauche radicale complètement décomposée. La droite comme médiocre et peu crédible alternative. C'est bien le Front National qui apparaît comme le vainqueur.Le bilan local, dans ma ville, à Poitiers, est un peu différent. Nous avons passé un accord entre EELV, le NPA, le PG et Ensemble (http://fraysse2014.fr/). Cet accord obtient 15% des voix et 4 élus d'opposition de gauche. Le PCF s'est compromit avec le PS pour obtenir 4 élus (au lieu de 5 la dernière fois et alors que les écologistes n'y étaient pas cette fois...). Le Front National, présent pour la première fois obtient 2 élus (12% au 1er tour puis 9,5% au 2ème tour). La droite termine deuxième derrière le PS-PCF.Nous voyons bien ici qu'il s'agit d'une spécificité locale. Le PS, bien que perdant environ 18 points au 1er tour (par rapport à 2008) garde la mairie. La gauche radicale, alliée aux écologistes, progresse largement. De plus de 7% en 2008 (LCR+LO) à environ 17% (EELV-NPA-FDG+LO). Une preuve, s'il en fallait, que l'unité, en indépendance du PS, est un moyen de lutter contre le Front National, et, dans le même temps, de représenter une alternative crédible à la colère et à l'envie de gauche exprimée autour de la déception qu'engendre la politique du gouvernement.Unir, oui, mais comment et pour quoi ?Notre alliance locale a été le fruit d'une expérience commune, à la base, dans les collectifs diverses et variés, comme l'antinucléaire, la défense des sans-papiers, la lutte contre l'extrême-droite, contre la dette illégitime, contre la vente de l'ancien théâtre de Poitiers. Y compris au sein du Conseil Municipal, où les élus écologistes et l'élue anticapitaliste se sont souvent retrouvés, comme par exemple, contre les PPP. Ces expériences, mêlées à la situation désastreuse pour les classes populaires, nous ont poussé à nous présenter ensemble aux municipales. Mais cela après des années d'expériences de terrain partagées, de valeurs communes défendues ensemble, mais aussi de désaccords politiques, parfois majeurs, compris et débattus entre nous, publiquement, afin de ne pas mentir sur ce que nous représentons. Nous représentons, simplement, celles et ceux qui veulent une autre politique à gauche, contre l'austérité, contre le racisme d’État, contre le nucléaire... Mais dans le même temps, pendant que certains, comme moi, pensent que pour faire cela il est nécessaire de rompre avec l’État, de rompre avec le légalisme bourgeois, de défendre une révolution éco-socialiste ; d'autres pensent qu'il est possible de réformer le système de l'intérieur, voire même de faire de l’État en place un État social, écologiste, sans rompre préalablement avec lui, sans le détruire, sans, aussi, en finir avec le capitalisme qui pourrait être « moralisé », pourquoi pas socialiste même...Mais cela nous empêchait-il de présenter un projet commun ensemble, local, face à l'urgence de la situation ? Nous ne le pensons pas. Nous avons eu raison et, dans une certaine mesure, nous avons gagné des points face à la réaction et pour des lendemains qui chanteront peut-être.Mais alors, comment envisager la suite ? Le Parti de Gauche, qui ne parvient pas à se mettre d'accord avec le PCF pour les prochaines européennes, change son fusille d'épaule. Le parti de Jean-Luc Mélenchon considère désormais que c'est EELV qui doit devenir son partenaire privilégié, au niveau national (voir le texte : http://www.reporterre.net/spip.php?article5670). Il y est fait question des expériences en commun, des luttes et des municipales, où plus de 100 villes ont vu des listes EELV-PG. Dont acte. Cette stratégie reste tout de même bancale. Comment l'adversaire d'hier devient en quelques jours le "meilleur allié" ? La stratégie du PG est simple : être majoritaire mais par le biais « légal ». Autrement dit, au parlement. Sinon, pourquoi ne s'adresser qu'à EELV ? Pourquoi pas au NPA, avec qui le PG a réalisé grand nombre de listes unitaires et avec qui les mêmes expériences sont partagées, avec, en plus, des programmes bien plus proches ? Pourquoi ne même pas mentionner Ensemble !, son partenaire du Front de Gauche ? Des questions en suspend qui masquent un manque de boussole politique lié à une stratégie "les yeux plus gros que le ventre" vis-à-vis des forces « institutionnelles » réelles du Parti de Gauche.La perspective qui nous active aujourd'hui c'est celle de la rue. L'étape du 12 avril, mobilisation d'ampleur nationale, unitaire, radicale, n'est pas qu'une étape sociale, il s'agit justement d'une étape politique à construire dans la durée sur le terrain des luttes. Les élections européennes ne pourraient-elles pas être, justement, l'expression de nos luttes ? Ne pourrait-on pas envisager des listes « Maintenant, ça suffit ! » ? Construite à la base, cette mobilisation doit s'étaler dans le temps, grandir, faire de la politique dans les quartiers, dans une dynamique unitaire qui dépasse les partis et qui intègre les syndicats, les associations et les citoyens.Je suis pour des listes unitaires aux européennes. Mais cela doit partir de quelque chose. Aujourd'hui, EELV ne souhaite pas participer à notre mouvement, la porte-parole, Emmanuelle Cosse dit même qu'elle reste « dans la majorité présidentielle ». Du chemin reste à accomplir. Nous devons débattre avec toutes celles et ceux qui le souhaitent. Mais l'expression politique que nous devons affirmer, la nécessaire opposition de gauche que nous défendons depuis des mois, doit se traduire d'abord et avant tout dans les mobilisations. Rendez-vous le 12 avril, puis le 13, le 14, le 15... Construisons un « Mai 68 » victorieux. Pour ce faire soyons capables de rassembler dans un cadre commun des collectifs aux histoires et pratiques différentes, avec un but et des objectifs en commun. C'est le seul chemin possible, bien plus compliqué que les grandes déclarations, mais plus payant sur le long terme. 

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