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Jailhouse rauque

Publié le 08 avril 2014 par Legraoully @legraoully

« Il y a plus insultant que le rire :  c’est l’indifférence. » (Cavanna)

Vous ne le savez probablement pas, mais la semaine dernière, le GENEPI organisait le printemps des prisons, une opération destinée à sensibiliser aux conditions de vie des prisonniers. Les médias en ont peu parlé, sachant pertinemment que les Français n’en ont rien à foutre des taulards et sont même trop heureux que l’État maintienne, avec ses prisons dignes de l’époque du bagne de Brest, l’illusion d’une frontière infranchissable entre les « gens bien » et la « lie de la société » ; tant pis pour ceux qui souffrent le martyre pour des délits mineurs, pour les condamnés par erreur et les simples suspects en détention préventive mis au rang des assassins…

Vous pensez que j’exagère ? Alors laissez-moi vous raconter une anecdote véridique : j’étais à la bibliothèque universitaire de lettres et sciences humaines, où je poursuis actuellement mes études et où le GENEPI organisait plusieurs manifestations, dont une campagne d’affichage. A l’entrée de la bibliothèque étaient placardées des affiches du type de celle que voici :

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Il se trouve que je revenais des toilettes quand ma route croise celle d’un couple d’étudiants, un homme jeune et une jeune femme qui s’étaient justement arrêtés devant cette affiche, la demoiselle ayant été effrayée par l’accroche, percutante il est vrai, de l’affiche. Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que… Sauf qu’elle n’avait été effrayée que par l’annonce « 25% de la pollution souffrent de troubles psychotique » et qu’en découvrant la petite précision « En France en prison », elle apparut… rassérénée ! En d’autres termes, le fait que ce chiffre ne concerne « que » la population carcérale lui rendait cette nouvelle moins insupportable ! Et pourtant, ce pourcentage, ce n’est pas rien : ça représente des centaines voire des milliers de personnes dont la vie est devenue un calvaire, dont la santé mentale ne bénéficie d’aucun suivi, qui n’arriveront jamais à se réinsérer à leur sortie et seront pour la société, au mieux, une charge ou, au pire, un danger ! Aucun tribunal français n’a condamné et ne peut condamner un homme à tout cela, même s’il s’agit du pire des criminels ! Mais cette demoiselle, dans sa noble assurance d’être du « bon côté », s’en foutait, manifestement.

Fou de rage, je n’ai pas manqué de lui faire savoir, avec le peu d’amabilité dont je suis capable quand je me heurte à la bêtise et à l’égoïsme ; son compagnon m’a répondu, l’air indifférent : « tu vas t’détendre, man ! » Je brisai là et retournai à mes études, comprenant que j’avais affaire à ma pire bête noire depuis le collège : le jemenfoutisme, qui est mère d’indifférence. Ils ont bien du mérite, les gars du GENEPI, de continuer leur combat qui est d’autant plus inégal qu’ils doivent faire face à un ennemi autrement plus redoutable que l’État lui-même : la connerie humaine.


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