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POLITIQUE > Dominique Baudis, l’homme aux nombreuses vies

Publié le 11 avril 2014 par Fab @fabrice_gil

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Dominique Baudis, ancien Défenseur des droits et ancien maire de Toulouse ©Fred Dufour - AFP

Journaliste, maire de Toulouse, directeur du CSA et Défenseur des droits, Dominique Baudis, mort hier à l'âge de 66 ans, restera victime de l’affaire Alègre.
"Modestement bourré d'orgueil, il rêvait d'avoir plusieurs vies", disait justement un des proches de cet homme qui fut le "gendre idéal" pour des millions de téléspectateurs du temps où il présentait le journal télévisé. Et son rêve fut réalisé : notable centriste, député, écrivain, il fut aussi président du comité éditorial du Figaro, du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) et de l'Institut du Monde Arabe (IMA). Un parcours de haute volée assombri par la funeste année 2003, où il est éclaboussé par une scandaleuse affaire. Il est mis en cause par des prostituées de la région de Toulouse dans l'affaire du tueur en série Patrice Alègre. Accusé de proxénétisme, viol, meurtre et actes de barbarie, il révèle publiquement l’affaire au journal de TF1 et, le front perlé de sueur -image qui frappe les esprits-, dénonce la calomnie. Il ne sera totalement innocenté par la justice que deux ans plus tard. "C'est la rage et les bouffées de colère qui m'aident à tenir. Si j'avais mis fin à mes jours, on l'aurait traduit comme un aveu de culpabilité. Bien sûr que je n'en sors pas indemne, j'en sors même très meurtri. Ce drame représente certainement un tournant dans ma vie", confia-t-il lors de la sortie de "Face à la calomnie", journal qu'il a tenu durant ses 18 mois d'oppression.
Il reproche à son successeur à la mairie de Toulouse, Philippe Douste-Blazy, de ne pas l'avoir prévenu des accusations et au quotidien La Dépêche du Midi de l'avoir diffamé. Le journal Le Monde, alors dirigé par Edwy Plenel ne fut pas en reste dans les accusations calomnieuses.Il faut dire que la rumeur Baudis est née sur le terreau d'un terrible dossier criminel, une enquête de longue haleine dans laquelle s'était investit notamment un gendarme au caractère hors du commun. Au fil de ses investigations, l'adjudant-chef Roussel avait découvert que le parcours sanglant du tueur en série Patrice Alègre comportait d'étranges zones d'ombre. Les conditions dans lesquelles deux de ses meurtres avaient été classés en suicides dessinaient une perspective bien plus effrayante. 190 personnes auraient été assassiné ou porté disparue dans la région de Toulouse depuis 20 ans, et Patrice Alègre n’était sans doute pas le seul responsable de ces meurtres. Selon le témoignage de Charles-Louis, fils du juge Pierre Roche, magistrat décédé à l’âge de 60 ans dans des conditions suspectes-, "l’existence d’un groupe secret de gens de pouvoir de tout type de milieu, politique, financier, médical et universitaire s’adonnait à des activités conjuguant cérémonie et pratique de sexualité de groupe, scarification, chair transpercée et calcinée. Les personnes torturées, parfois des mineurs, étaient tuées au cours de séances filmées et faisait l’objet d’un trafic de cassette vidéo vendue à des prix fous sous le manteau. Les proies de ces prédateurs de la haute société était recrutées dans les couches les plus basses de la société, des prostituées, des "clodos" (terme employé par un magistrat) et parfois des étrangers en situations irrégulières, des gens qui ont soit rompu des liens avec leur environnement soit n’ont pas d’existence légale, des gens que personne ne va aller chercher, ou à propos desquels toute enquête sera plus ou moins vouée à l’échec (…)" Evidemment ces insupportables révélations ne doivent estomper en aucun cas la trajectoire criminelle du tueur en série Alègre.
Aujourd’hui tous les dossiers sont clos. Autant d’enquêtes éclipsées par la médiatisation de l’affaire, dès lors que des notables toulousains aient été compromis. Davantage séducteur que guerrier, Dominique Baudis introverti, posé, solitaire, prudent dans sa carrière et discret dans sa vie repose désormais sur un parcours professionnel qui ne fut qu'une longue exposition au public. Le journaliste de la Dépêche du Midi, Gilles Souillés confirme : "la justice a porté peu d’intérêt aux victimes, et s’est évertuée à classer l’affaire Alègre le plus vite possible."  Par incompétence ou intérêt ? La question reste posée.FG

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