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Test : Rudistor Chroma MD2

Publié le 15 avril 2014 par Tupperwav @TupperWav

RudiStor, une marque en devenir

RudiStor est une de ces marques artisanales adossée à un ingénieur de formation, qui souhaitait apporter « quelque chose » au monde de l’audio. L’histoire de la marque démarre donc en 2003 avec la fondation par le « Docteur » RudiStor. Elle se complique au fil des années avec des expériences à droite et à gauche, aux US, en Asie du Sud Est, avec des tentatives de joint venture pour faire connaitre la marque.

Retenons qu’aujourd’hui la fabrication (et l’assemblage) des produits est faite à Trieste, et dans certains laboratoires américains. RudiStor fait également de la production de composants audio pour d’autres grandes marques.

A date la gamme de produit essentiellement centrée autour de l’amplification casque. Deux références de casques viennent élargir l’activité avec les MD1 et MD2, objet du présent test. En terme de réputation, les avis divergent: certains reprochent quelques errements dans la qualité des premiers produits sortis, d’autres reconnaissent des qualités audio indéniables et même meilleures que la moyenne.

Il reste à RudiStor à prendre une dimension moins confidentielle, pour viser un public plus large et gagner en notoriété. Sans cela, il lui sera bien difficile de se hisser au-dessus de la mêlée et de conquérir le salon des audiophiles avertis.

Rudistor Chroma MD2, qualité et confort !

Démarrons ce test avec une étape de première importance, le « chaussage » du casque. Et là… surprise! Enfin un casque très confortable… Quel pied de porc ! Très léger et n’exerçant qu’une pression latérale très mesurée, le MD2 est de ces casques qui savent se faire oublier.

Et parce que tout est bon dans le cochon, le RudiStor Chroma MD2 se règle avec facilité et rapidité en ce qui concerne la hauteur des Earpads. Seul le bandeau « repose-tête » en cuir peut à la longue occasionner une légère gêne pour les écoutes dépassant les deux heures.

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Si léger qu’il pourrait voler…

Ces Earpads ressemblent assez aux « L-Cushions » des Grado (aussi surnommés Bowl-pads): ils permettent d’éloigner les transducteurs de l’oreille et de s’affranchir de l’inconfort d’un driver quasiment collé à l’oreille (toute ressemblance avec les grado 125, 325 ou 500 serait parfaitement intentionelle). Par ailleurs la mousse utilisée est douce est évite l’impression d’avoir affaire à une éponge Spontex.

spontex

La technologie de Spontex est fortement inspirée de certains hérissons communs

Ajoutons à cela un câble léger à revêtement tressé coton noir ne véhiculant que très peu de bruits parasites en cas de mouvement de la tête, il offre en tous cas une excellente sensation physique pour l’auditeur, tout en légèreté et en douceur.

La qualité des revêtements aluminium qui entourent les drivers est de premier ordre: on retrouve un mat élégant, délicatement usiné avec quelques rainures du plus bel effet, avec le sigle « MD2″ gravé.

Finissons enfin par les points qui auraient pu être améliorés facilement.

  • Le système de réglage de hauteur que nous évoquions plus haut est certes pratique et rapide, mais il n’est pas au niveau du reste du look du produit. Un simple disque de plastique noir mat assure le système de pression sur les barres métalliques de soutien. Ceci n’augure ni d’une résistance à l’usure poussée, ni d’une attention aux petits détails qui restent l’apanage des marques plus réputées.
  • Enfin il est indéniable que le MD2 fait plus que ressembler au PS500 de Grado qu’on aurait affublé de L-Cushions, les airs de familles étant sinon troublants, franchement marqués. Samsung et Apple se sont attaqués pour « copie de design » pour moins que ça …

Quelques photos du Rudistor Chroma MD2

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Le MD2 de côté; vous remarquerez la finesse du travail sur les earcups

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De trois quarts, avec les bowl pads bien en évidence …

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Et enfin de profil, avec le système de réglage un peu simpliste compte tenu du reste de la prestation proposée sur le produit

Rudistor Chroma MD2, banc d’écoute

six degrees

Rarement un groupe de metal prog aura marqué l’histoire du genre autant que Dream Theater. « Misunderstood », sur l’album « Six degrees of inner turbulence » est probablement l’un titre les plus méconnus et mésestimés du groupe. C’est en tout cas une piste que je trouve intéressante sur cet album.

Quoiqu’il en soit « Misunderstood » démarre par une intro intimiste qui permet au MD2 de briller. A l’aise sur « l’acoustique » grâce à une légère brillance bien maîtrisée, Le RudiStor raconte un joli duo guitare (John Petrucci) et voix (James Labrie) au début du titre.

On apprécie alors le joli sustain de la guitare, et la reverb de la voix plutôt bien gérée : l’amplitude est donnée sans pour autant éloigner l’attention de l’auditeur des lignes principales. Puis, la basse fuzzy de Myung vient construire la ligne fondamentale avec facilité. Le MD2 descend où il faut, sans aucune emphase, mais avec une belle profondeur et une légère rondeur.

On note tout de  même une « distanciation » certaine par rapport à la scène sonore. Le MD2 aime prendre une belle largeur de scène, et me fait indéniablement penser à cet égard à un HD800 édulcoré. Amateur de scènes intimistes et d’immersions au plus proche de la musique, soyez prévenus: le MD2 ne devrait pas à cet égard être votre tasse de thé.

Vient ensuite le refrain, plus énergique avec l’entrée des guitares saturées, de la batterie déchaînée de Mike Portnoy et ses classiques avalanches de toms. C’est également là que le MD2 commence à être moins à l’aise. Les timbres et les textures commencent à se « simplifier » à mesure que le message se complexifie. Dommage. Je ne suis pas non plus convaincu à 100% par le timbre de la caisse claire, et des cymbales. De même les nappes de claviers finissent par être difficilement lisibles par rapport à des casques plus haut de gamme.

En définitive sur cette piste, je retiens une belle première partie du MD2, très musicale. Il est en revanche plus à la peine pour retranscrire l’énergie du refrain plus énergique, et ne parvient pas à garder complètement la maîtrise de la complexité du message et de l’enchevêtrement des voix.

gurdjieff

Quelle meilleure rupture que de passer sans transition à une pépite invraisemblable, un duo piano violoncelle de haute voltige en la personne de Anja Lechner & Vassilis Tsabropoulos. Leur album paru en 2003 intitulé « Chants, Hymns and Dances » regorge de merveilles.

Inspirés de tonalités byzantines et de musiques écrites par le compositeur-philosophe Georges Ivanovitch Gurdjieff, cet album est un dépaysement à lui tout seul, un petit voyage plein de douceurs et de poésie. C’est avec le titre « Chant » que j’ai choisi de continuer le banc d’écoute du MD2.

Le classique est décidément plus l’affaire du RudiStor. Le piano est restitué avec délicatesse et recul, mais sans aigreur ni décharnement. C’est même très crédible. Quant au violoncelle, pour peu qu’on aille chercher « au volume » une impression physiologique (on notera ici l’excellente tenue du MD2 à des niveaux élevés, sans aucune distorsion et avec une linéarité exemplaire), on pourra retrouver la « vibrance » toute caractéristique de son corps de timbre. Notons ici qu’à l’inverse d’un grado 325 ou SR1i, il est possible de monter le son à des niveaux importants, sans se faire « ouvrir » les oreilles par les hauts médiums.

Côté placement des instruments, le MD2 n’a aucun problème à proposer un étagement très juste et une grande lisibilité sur les instruments de ce duo. Côté niveau de détail, nous sommes dans une restitution qui sans poser une nouvelle référence en la matière s’inscrit bien dans la lignée de casques de moyenne gamme de la concurrence. Il manque cependant encore un niveau supplémentaire qui viendrait parfaire l’illusion.

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Pour terminer ce banc de test rapide, c’est l’indémodable Michael Jackson et son « Dangerous » qui vient clore les débats. Terriblement groovy et phénoménalement entraînant, ce titre ne pardonne pas vraiment aux casques les plus analytiques qui ne parviendront pas à faire embarquer l’auditeur. Par ailleurs la production assez centrée sur les médiums et haut médium tend à condamner les casques trop ostentatoires dans ces fréquences.

Le MD2 me surprend pourtant, de par l’impact de sa ligne de basse, sa profondeur et sa rapidité. Ca rebondit agréablement, ça va chercher bas avec beaucoup de naturel, et le côté très agressif des haut médiums de ce titre est très bien maitrisée. Musicalement j’apprécie la restitution et je n’ai pas de mal à me laisser embarquer à quelques mouvements de tête et de pieds… toujours bon signe.

La voix de Michael occupe par ailleurs une place de choix dans la restitution du MD2, décidément bien à son aise sur les vocaux en milieu de spectre, légèrement emphasés et enjolivés d’une légère brillance jamais sibilante.

Le côté « analyste » toutefois finit par remonter dans ma conscience, lorsque décidément je trouve les percussions perfectibles. Je crois que je les aime définitivement avec davantage d’emphase sur le bas médium, et plus mats. Lorsque je repose le casque, je suis toutefois plutôt satisfait, même après une écoute avec mon Stax SR-007 dans la foulée qui vient me confirmer les limites du casque en terme de détail.

Au delà du banc.

Très bonnes choses que les écoutes, mais elles ont l’inconvénient d’être « dans l’instant », sans prise de recul. Prenons justement ce temps pour analyser à froid le Chroma MD2.

Ce qui saute aux oreilles, c’est la proximité des timbres et de caractère avec les grado 325, SR1i, ou même le GS1000. Bien sûr il y a également des différences, ne nous méprenons pas.

Dans la manière de « détourer » le message, et de proposer un bas de spectre rapide et mélodieux, le MD2 me fait penser furieusement au cousin Américain. Le niveau de basse étant quantitativement plus élevé que le 325, un peu plus élevé que celui des RS1 et GS1000. Ceux qui connaissent bien le PS500 les trouvent très proches. Je ne me hasarderai pas sur ce terrain, ne connaissant pas suffisamment ce dernier.

En ce qui concerne les médiums, le MD2 est moins agressif et moins brillant que les Grado 325 et SR1i. Il en résulte une moindre fatigue à l’écoute, une justesse tonale supérieure, mais également une perte de « fun ». Les Grado n’ont pas vocation à être des casques fidèles, mais à être des casques musicaux et agréables à l’écoute. J’ai presque tendance à les catégoriser comme « des instruments de musique » à part entière. Ils vous livreront leur « interprétation » de la musique que vous leur donnerez, mais certainement pas de la haute fidélité.

La largeur de scène me semble fortement impactée par les Bowl Pads dont le MD2 est affublé. Des lors, on est ici relativement loin de la présentation de Grado (hormis le PS1000) ou le driver est collé à l’oreille de l’auditeur. Il m’aurait fallu pour vérifier cette influence des pads sur le MD2, pouvoir le chausser de pads plus petits, mais le casque étant en prêt, je ne me suis pas essayé au « mod ». L’impression de la scène dégagée par le MD2 me rappelle le GS1000, mais avec probablement un meilleur étagement des plans que le Grado. Le HD800 sera lui « encore » plus large, mais il a probablement la palme dans ce domaine à l’heure actuelle.

En termes de détail, le MD2 n’est pas un monstre de précision. Les écoutes comparatives avec mon 325 ne sont pas aussi clivantes que je l’aurais pensé, alors que les casques ne sont clairement pas positionnés dans les mêmes gammes de prix. Il me semble également que le SR1i me proposait davantage de détails, malgré son côté ostentatoire dans les haut médium pouvant donner une « illusion de détail ». De même les Beyer T70 et supérieurs, avec leur technologie Tesla, seront plus résolvants que le RudiStor MD2.

En terme de confort enfin, le Chroma MD2 est ce que j’ai essayé de mieux à date.

Dois-je acheter le Rudistor Chroma MD2 ?

La question que vous devrez vous posez avant d’envisager l’achat de ce casque est probablement « Mais qu’est-ce que je recherche pour mon écoute ? » Les quelques chroniques faites sur le MD2 mettent en avant le « plaisir d’écoute » et la « musicalité ». Dans le cas du RudiStor il faut en convenir, le terme n’est pas usurpé.

Si vous oubliez un instant vos autres casques, et que vous chaussez le MD2 sur les morceaux que vous appréciez de votre discothèque, il y a fort à parier que vous passerez un bon moment. Indépendamment de toute notion de « performance technique », le MD2 est plaisant, un peu enjôleur, câlin, et toujours très délicat compte tenu de sa scène distante.

A contrario, si vous aimez chausser vos lunettes les plus sévères de contrôleur de gestion pour analyser et disséquer toutes les voix d’un morceau … il est probable que le MD2 vous semblera moins performant que d’autres casques de son segment de prix … mais qui nous vous offriront peut-être pas cette musicalité.

Dans mon cas, et si j’avais un conseil à donner au docteur RudiStor, c’est qu’à 600€, le produit aurait plus qu’honoré son contrat. Je garde quand même dès lors une réserve compte tenu du prix !

Un grand merci à Pierre de casques-headphones pour le prêt et l’usage des photos.


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