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Comment Valls incarne Hollande avec la fabrique de l'agenda

Publié le 21 avril 2014 par Juan
Comment Valls incarne Hollande avec la fabrique de l'agenda

Le plus grave danger qui guette la République s'appelle la personnalisation du pouvoir. C'est le plus grave des maux, le raccourcissement le plus absolu de la démocratie et de la pensée politique. L'infantilisation suprême.

On la croit de retour, nous a-t-elle jamais quitté ?

De Sarkozy à Hollande

Le quinquennat précédent, gouverné par un agité immobile prénommé Nicolas, en fut l'extrême caricature, la plus déplaisante des expériences, mais aussi un joli moment d'opposition réussie. Nicolas Sarkozy voulait qu'on l'aime avec ses défauts, on le détesta pour ses qualités. La vie est injuste, mais l'histoire rappelle parfois que les mauvais peuvent être décapités.
François Hollande commença normal, malgré une vie personnelle tourmentée et des médias dopés à "l'anecdotisme purulent". Les premiers mois de son existence élyséenne n'étaient nullement Bling Bling, simplement aussi a-normaux qu'une présidence peut l'être. Hollande avait réussi cette partie-là, mais cela ne suffisait à une médiacratie plus exigente avec les détails que l'essentiel.
Depuis mai 2012, Hollande a tellement dé-personnalisé la fonction qu'il a concentré toutes les impopularités du quinquennat sur sa propre personne. Hollande est devenu l'une des personnalités politiques les moins populaires de cette Vème du nom.
Quelle performance !

Hollande fragile

Vendredi dernier, Hollande s'est séparé en quelques heures d'un conseiller essentiel, Aquilino Morelle à cause d'un conflit d'intérêt d'il y a 7 ans, gonflé par le récit divertissant des goûts prétendument de luxe du conseiller.
Secundo, la rapidité avec laquelle François Hollande a "démissionné" son conseiller révèle sa fragilité et sa force. Sa fragilité, car il sent qu'il ne peut plus résister à grand chose tant le monde qui l'entoure n'a plus aucune indulgence; sa force puisqu'il sacrifie et coupe plus vite qu'aucun autre président de cette Vème République finissante. Qui sont les "proches" épargnés de Hollande ? Nul ne le sait. Personne n'est à l'abri.
De ce point de vue, Manuel Valls est en rupture certaine avec l'actuel président. On lui prête de vrais proches avec lesquels la fidélité est forte et réciproque. C'est d'ailleurs l'unique avantage (et danger) de Manuel Valls: son coeur de fidèles est là pour faire appliquer et appliquer l'efficacité vallsienne tant réputée.

La rupture Valls, ou pas.

Il a aussi encore la main sur l'agenda médiatique. En témoigne son (petit) coup de force de com' de mercredi dernier sur le plan d'économies. Il y avait de quoi réjouir le premier cercle des éditocrates, et la cohorte de journalistes alimentés derrière par cette "fabrique de l'agenda".
Le retour de la "com'", forcément professionnelle, forcément efficace, serait la première et véritable rupture de Manuel Valls.
Cette tactique orchestrée à Matignon n'est pas sans danger.
Primo, elle accélère la prise de conscience d'une plus grande fraction de l'électorat de ce qu'est devenu le Hollandisme révolutionnaire. "Avant", on pouvait croire que notre président s'enferrait dans les difficultés et les malentendus. Que les postures libérales de "Pépère" n'étaient que des postures, etc, etc. Valls au contraire clarifie. Et donc il "aggrave". Il n'y aura plus de doute, ni de "flou", ni de "couacs". Dans les colonnes de Marianne, divers responsables socialistes ne s'y trompent pas:  "L’Elysée nous impose cette ligne sociale-libérale" déclare Liêm Hoang Ngoc, député européen ; "Difficile de se sentir solidaire des choix d'Hollande" renchérit Laurent Baumel. Et Julien Dray réclame des primaires, même si Hollande est candidat à sa réélection.
Secundo, Manuel Valls replace la personnalisation de l'action politique au centre des commentaires et des débats. C'est triste, mais c'est un fait. Le retour du "Moi, je", des caméras embarqués, des "points presse imprévus", des "tournées sur le terrain". L'homme aimait (un peu) le people. La presse sert le plat de cette construction médiatique "à la Sarkozy".
Qui a donc cru que s'en était fini de la personnalisation du pouvoir ?


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