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Via de la Plata étape 23 : doutes sous la pluie.

Publié le 21 avril 2014 par Sylvainbazin


Record de depart matinal battu ce matin, pour mon avant dernier jour sur le chemin! Et la encore ce n'est pas entierement de mon fait: mon etape est la plus courte de ma traversee, puisqu'elle ne depasse pas 36 kilometres, qui me permettront d'atteindre Bandeira, une petit bourg dans lequel j'ai donc prevu de faire une derniere fois etape avant d'atteindre le but de mon voyage. Mais mes compagnons de chambree ne l'entendent pas de cette oreille: après s'etre curieusement mis au lit avant 21 heures, ce qui n'avait pas manquer de m inquieter, mais comme j'etais finalement bien fatigue je n'ai guere traine non plus (et puis c'est vrai que la vie nocturne a Dozon m avait semble assez limitee), ils ont commence a bouger a 6 heures du matin!
Le plus etonnant c'est que le plus matinal d'entre eux fut l'espagnol, qui prevoyait certes de faire la même etape que moi aujourd'hui mais enfin je ne pense pas que 36 kilometres par temps frais vaillent ce depart de nuit. Je ne l'ai même pas vu pour le petit dejeuner; il était déjà parti. Les autres, quand même pas: Kurt a de toutes facons l'air d'un naturel plus que paisible, et Josie et Jean-Marie, qui me disent tout de même se lever encore plus tôt d'habitude (je me demande bien pourquoi, mais bon, chacun fait son chemin sauf que la ca en fait souvent grandement profiter les autres) pour arriver tôt et se reposer (selon moi, le matin est justement fait pour ca!)ou encore visiter (la, je suis d'accord quand on arrive dans une ville importante ou un bel endroit, dans un bled, mieux vaut je pense profiter du chemin et de la belle nature le plus longtemps que notre corps nous le permet, en marchant par exemple!), ont prevu une etape courte, ils prennent un taxi pour se rendre a la prochaine petite ville et commencer de la. C'est tres gentiment qu'ils m'offrent de partager le petit dejeuner car aucun bar n'est ouvert a cette heure dans le village. J'ai déjà mon enorme pain de Cea en stock, complete par un quart de banane, deux carres de chocolat et un the, ca ira pour démarrer la journee!
Le jour est quand même leve quand je m elance, dans une campagne toujours belle et apaisante, mais également plongee dans une brume pluvieuse. Pas de la grosse pluie, mais le ciel, au dessus des collines, semble un lavis d'encre de Chine.
Je manque un peu de conviction ce matin. Les avants-derniers jours, ca n'est pas trop mon truc. Parfois, c'est plus dur que prevu. On est pas encore arrive, mais la fin est proche. Tout pres du but, fatigue sans doute mais le soir on ne sera pas arrive pour autant. Alors, malgre un paysage qui me plait, je suis un peu comme le ciel ce matin, hesitant entre le beau et le mauvais temps. Mi figue-mi raisin.
Je suis partage entre la joie de sentir l'arrivee proche, d'avoir mener a bien ce beau voyage, ce defi, ce projet aussi, et le fait justement de savoir que la belle joie d'etre sur le chemin va bientôt s'en aller.
Certes, mon corps, mon genou gauche par exemple, est content d'en terminer. Cette Via de la Plata propose un parcours bien plus exigeant que le camino Frances par exemple et les changements climatiques m ont je pense un peu affecte. Mais bon, rien d'insurmontable, je pense que je pourrais continuer encore un peu si je le devais vraiment. Mais le repos sera dans ce sens le bienvenu.
Car sinon, je continuerai bien. J'aime cette itinerance a la fois sportive et poetique et je suis triste qu'elle s'arrete. Mais je tiens a rester dans le voyage et a ne pas sombrer, comme d'autres, dans l'errance sans but et sans fin. J'en suis encore loin. Cela dit, oui, je ne suis dans un sens pas presse de retrouver mes "affaires courantes". Je vais devoir me pencher quelques soucis administratifs, tenter de relancer mes "affaires" si je peux appeler ainsi mon activite, parfois passionnante mais soumise a une incertitude inquietante aussi, de journaliste specialise. Dans ce monde la, on doit toujours se battre pour se construire une notoriete fragile, tout pouvant s'arreter d'un coup sans prevenir, surtout pour moi, pigiste sans carte et sans contrat autre que moral.
Je vais aussi retrouver mon "chez moi" toujours a vendre, le canape-lit que je ne deplie même plus dormir et l'amoncellement de chaussures qui constitue le principal element du decor. Tout cela, c'est sans doute le "prix a payer" de ma recherche de liberte. L'incertitude financiere n'est pas si grave, bien que source de souci. La solitude, difficilement imaginable pour beaucoup, est plus difficile a vivre et a accepter. Mais attention, je ne me plains pas. Je signale juste ces faits, comme le revers de la medaille d'une vie malgre tout bien belle et un peu "pas commune", qui me fait rencontrer tant de belles choses et de beaux instants. Mais oui, cette prise de risques, cette volonte d'aller mon chemin est une recherche de liberte, et non d'oisivete: elle demande beaucoup d'energie et d'une certaine facons, certains sacrifice. Et encore cette liberte est toujours relative. J'ai tendance a penser que pour etre libre, dans nos societes, on a le choix entre se placer au dessus des institutions, quitte a les diriger, ou alors s'en detacher le plus possible. J'ai choisi la deuxieme option, avec les limites et les risques que cela comporte. Après, a moi de les assumer. Cependant, vivre de tels instants et avoir la force de realiser ces projets la, comme de courir les chemins qui m inspirent comme je l'entends, c'est une reelle et profonde joie.
Alors une fois chassees ces quelques angoisses du retour, je profite pleinement de ma journee sur le chemin. Je ne cours plus, je ne marche plus, je vadrouille sur mes deux pieds. Après un arret dans un petit cafe sympathique ou le vieux patron me donne quelques gateaux en prime avec mon cafe au lait (bien desire après ce reveil matinal), la pluie s'est decide a tomber vraiment. Mais cela reste une pluie fine, un gros crachin de bord de mer. Pas desagreable pour vadrouiller dans une belle campagne vallonnee.
Je passe de nombreux hameaux, peuples surtout, en ce jour de Pâques et de pluie, de toutous qui aboient genereusement a mon passage. Quand ils sont trop vindicatifs, mais derrière une cloture, je tente de leur expliquer qu'ils ne gagnent rien a agir de la sorte. Que leur reputation de mechancete risque de se repandre et de leur causer des ennuis. Je leur demande aussi, parfois, si ils ne seraient pas des monstres de tendresse malheureusement maladroits a exprimer leur besoin d'amour? Mais je ne recolte en general que d'autres aboiements. Quand il n'y a pas de cloture entre eux et moi, je passe mon chemin sans discours inutiles!
Quant aux chats, nombreux en Galice ce qui constitue une difference importante avec le sud de l'Espagne ou je n'en ai pas vu, ils se carapatent la plupart du temps a mon passage.
Je ne doublerai aujourd hui qu'un pelerin, l'espagnol matinal, qui c'est vrai prend son temps et doit ainsi prevoir une large plage horaire pour ne pas arriver trop tard.
Mais l'etape est neanmoins courte et c'est en debut d'apres-midi que j'arrive a A Bandeira, le patelin ou j'ai prevu de passer ma derniere nuit avant Saint-Jacques. Cela se resume a une rue passante au milieu des bois, l'arrivee est belle et les chenes de plus en plus gros par ici, donc rien de tres excitant mais après avoir trouve une petite chambre d'hotel, je dois dire que j'ai surtout besoin de repos. Dans les derniers kilometres, surtout dans les descentes, j'ai tout de même senti une vraie fatigue, notamment au niveau de certaines articulations.
Alors pour mieux apprécier les 35 petits kilometres qui me resteront demain pour atteindre le but de ce voyage sur la Via Francigena, je me repose et apprecie le calme de ma chambre avant un dernier diner arrose du "gros rouge qui tache" typique des petits restaurants du camino!

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