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Vivre dans un paradis fiscal; plus cher que l’impôt

Publié le 28 avril 2014 par Fabien Major @fabienmajor

Lors d’un récent voyage d’affaires en France, j’ai dû assister à une conférence à Monte-Carlo. Remarquez, il y en a des pires que d’autres. Je n’aime pas du tout le côté Bling Bling de ces états parasites. Jamais je n’ai vu autant de Bentley au pied carré. Vuitton, Hermès, Hugo Boss, Cartier, Prada, Dolce & Gabbana… font partie des termes que tous connaissent et reconnaissent là-bas. Plus qu’une langue commune, ces mots résonnent davantage que votre passeport.

La renommée des villes comme Nassau, Georgetown ou Monaco s’est bâtie sur l’absence de taxes et d’impôt pour les particuliers et les corporations (sauf si les gains sont réalisés en dehors de l’état) . Cela laisse en principe plus de billets verts à dépenser. Mais non. Le fait est que la concentration de richesse dans ces petits paradis de papier mâché ne favorise qu’une inflation artificielle. TOUT y est beaucoup plus cher qu’ailleurs. La nourriture de base, les boissons, les vêtements, bijoux, accessoires électroniques, voitures et même les frais financiers et bancaires sont à prix exorbitants. Les gens qui ont ainsi fui leur responsabilité de citoyen paient maintenant très cher une pseudoliberté financière. Ils se sont condamnés à jouer les voisins gonflables. Ils ont encore des laisses et des chaînes, mais ce sont des Tiffany.

Chevres de Monaco

Sans impôt mais inabordable

Une bouteille d’eau: 6 euros, un burger avec pommes champêtres (ça se dit mieux qu’un hamburger et une frite): 32 euros, un Coca light: 8 euros. À l’hôtel Fairmont Monte-Carlo, on va jusqu’à vous charger des « frais de débouchonnage », si vous apportez des bouteilles de l’extérieur dans votre chambre. 20 euros pour du champagne, 15 euros pour du vin et 5 euros pour de l’eau et des boissons gazeuses. Hahhahahaha, j’ai mon ostifi d’voyage!

Durant un après-midi de libre, j’ai flâné dans le centre commercial Métropole. C’en est totalement ridicule. J’y ai vu un téléviseur à 25 000 euros, un ampli de iPod à 14 900 euros et un collier à 118 000 euros. Bien évidemment, tous ces biens ne valent jamais le prix affiché. Mais cela épate tellement la galerie quand on dévoile combien vous avez déboursé!

boutons manchettes Antora
Un seul article m’a charmé. Dans la vitrine d’une petite joaillerie italienne, j’ai remarqué des boutons de manchettes de marque Antora.  Ceux-ci affichent sur leurs faces externes un mécanisme de montre. Cette particularité m’a tout de suite amusé. Bon, combien ça coûte? Pas de chance, la boutique était fermée. L’employée a dû s’absenter 5 minutes durant sa pause du dîner. Je l’ai donc attendu sur un banc du mail. Pour passer le temps, pourquoi pas un petit capucino à 9 euros!

Comme l’employé ne revenait pas, j’ai sorti mon téléphone et j’ai cherché les boutons de manchettes Antora sur Google. En moins de deux, un fournisseur en ligne du Canada, m’affichait « le précieux ». Cher, mais accessible. On parle de 150$ pour une commande en ligne (en dollars canadiens à part de ça). Je n’ai eu le temps que de me brûler la langue avec ma première gorgée que la patronne au fort accent italien venait rouvrir sa boutique.

-Bonzourrrrr Monsieur, Jé pou vous zaider à quelquou chose?

-Oui effectivement, ces boutons de manchettes Antora sont superbes. Combien les vendez-vous?

-Eh bien oui, ils sont trrrrrrrès jolis. C’est 250 euros pour les pétits et 350 euros pour les grrrrrosses.

-Euh?!!! Merci. Et là je bredouille: « Je vais revenir avec ma fiancée elle connaît ça bien plus que moi… blablabla. Au revoir! »  Et zap je décolle comme une F-1.

Merde, ils sont malades! Je me mets alors à faire un petit calcul mental: 250 euros équivaut à 380$ canadiens. Si je les achète en ligne, les boutons de manchettes me reviennent à 150$. Je paye 50% d’impôt donc je dois gagner 300$ canadiens pour me les offrir. En payant toutes mes taxes, mon impôt provincial et fédéral, j’épargne quand même 80$ par rapport au tarif paradisiaque de Monaco. Et on me confirme que ça vaut pour les voitures, les parfums, les services professionnels, les denrées de toutes sortes. Que c’est bête!

Mais est-ce que les évadés fiscaux font ces calculs? Savent-ils compter? Les tarifs prohibitifs exigés dans ces juridictions de complaisances sont plus efficaces pour vider un porte-monnaie que le plus vicieux des ministres des Finances. Je suis encore plus fier de participer à l’effort collectif quand je constate ce genre de stupidité supplémentaire des centres Offshore. Et “Off Reality” pourrait-on aussi les appeler.

Quelqu’un qui a gagné chacun de ses dollars honnêtement connaît la valeur de son argent, des services sociaux et des infrastructures de la nation qui lui a offert sa chance d’être productif dans sa collectivité . Je serais très surpris qu’on s’établisse dans ses endroits que par plaisir. Il faut avoir quelque chose à cacher pour souhaiter ainsi une diminution flagrante de son pouvoir d’achat.


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