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"Ruiz doit mourir" d'Etienne Barilier

Publié le 28 avril 2014 par Francisrichard

La querelle entre les Anciens et les Modernes avait opposé à la fin du XVIIe siècle deux chefs de file, Nicolas Boileau et Charles Perrault, tous deux membres de l'Académie française.

Le premier soutenait que les auteurs de l'Antiquité étaient indépassables et qu'il convenait de les imiter, le second soutenait qu'ils étaient tout à fait dépassables et qu'il était même recommandé d'innover.

Une querelle, du même genre que celle qui avait secoué le monde académique littéraire deux siècles plus tôt, devait, à la fin du XIXe, au début du XXe, ébranler les certitudes des Anciens en matière picturale et voir triompher les Modernes.

Dans son dernier roman, Ruiz doit mourir, Etienne Barilier met en scène deux peintres aux conceptions opposées, John William Godward  et un certain Pablo Ruiz, qui n'est autre que Pablo Picasso.

Le premier est un Ancien qui éprouve un pur amour pour la Grèce antique, le second est un Moderne, qui innove et est capable de tout, même du beau, aux dires du premier.

Le premier pense que l'art doit être spirituel, qu'il doit magnifier le corps et que la vérité doit être voilée, tandis que le second peint la vérité sans voiles, détruit les corps dans sa peinture et "prétend tirer de la laideur une beauté nouvelle, ou pire, dépasser l'opposition de la laideur et de la beauté, les anéantir l'une et l'autre."

John William Godward est né en 1861 et Pablo Ruiz en 1881, 20 ans les séparent. En fait, bien davantage les sépare donc. De plus, l'un a dû lutter pour devenir artiste, tandis que l'autre a eu somme toute la partie facile; l'un est timide et respectueux face aux femmes, tandis que l'autre est conquérant et sans retenue face à elles, ce dès le plus jeune âge.

En 1917, Godward et Ruiz se trouvent tous deux à Rome. Godward aimerait rencontrer Ruiz, son ennemi, pour lui dire son fait sans trembler, parce qu'il le considère comme un destructeur de l'art - il ne peint pas l'amour, il peint la mort. Et il raconte cette quête dans son journal, qu'il commence le 21 février et termine le 13 avril de cette année-là.

Cette quête est l'occasion pour Etienne Barilier de parler savamment de peinture, de restituer le monde des Ballets russes qui se produisent alors à Rome, loin du front, de raconter Ruiz, peintre de décor de ballets et amoureux transi d'une danseuse, d'évoquer les figures de Diaghilev et du jeune Cocteau, de peintres loués alors et bien oubliés depuis.

A la fin, ce roman, aux bases historiques solidement établies et aux lacunes historiques comblées avec vraisemblance, réserve deux surprises. Qui n'en sont pas tout à fait, à la réflexion.

Les comportements personnels de Godward et de Ruiz laissaient présager la première de ces surprises. La seconde est davantage inattendue, sans l'être pourtant tout à fait. En effet, la querelle entre Anciens et Modernes n'est certes pas une querelle infondée, mais n'est-elle pas excessive, c'est-à-dire insignifiante à certains égards?

En matière d'art, il ne faut désespérer de rien...

Francis Richard

Ruiz doit mourir, Etienne Barilier, 320 pages, Buchet Chastel


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