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Culturopolis, le retour

Publié le 28 avril 2014 par Delanopolis
A tous les prisonniers volontaires ou involontaires du Périphérique, le Delanopolis offre de nouveau ses parcours culturels fléchés, histoire de les distraire. Culturopolis, le retour

1 - Commencez par rendre visite à Auguste, empereur normal, au Grand Palais

Notre cher Octave se méfiait à juste titre du tempérament républicain des Romains, prompts au coup de couteau et au tyrannicide. Il ne se fit donc jamais proclamer roi, même après avoir réglé le compte de ses plus tenaces adversaires, les vilains qui avaient occis César et, plus dangereux encore, le seigneur Marc Antoine comme disait Elisabeth Taylor-Cléopâtre dans un fameux film.

Le CV d'Octave, bientôt devenu Auguste, gravé dans un marbre de deux mètres de haut, est impressionnant : des victoires, des triomphes mais jamais la grosse tête, il prenait bien soin de préciser qu'il avait régulièrement refusé des déifications hâtives et autres glorifications. Il était économe des deniers publics et finançait pas mal de conquêtes sur sa propre cassette.

Preuve de son ascension régulière : ses bustes de marbre le font de plus en plus beau, ses traits anguleux s'arrondissent, ses oreilles se recollent à son crâne, sa bouche se dépince. C'est du Photoshop à l'antique.

Il finit sa vie par de tendres paroles à sa femme qui démontrent qu'homme le plus puissant et le plus riche de son époque, il n'avait pas perdu le sens des liens fondamentaux.

Cette exposition, remplie de sculptures magnifiques et de pertinentes explications historiques est donc absolument superbe et instructive.

Ave Auguste, ceux qui vivent encore te saluent !


2 - Séance de gym pour prince de Galles au Petit Palais

Juste en face, se déroule l'exposition sur Paris 1900, une époque lointaine où notre ville aimait sans réserve l'argent, le luxe, les plaisirs, la circulation, l'industrie, etc. Ces temps énergiques qui révulseraient la gauche bien-pensante d'aujourd'hui sont rappelés de manière exhaustive, avec un accent particulier pour la vie artistique, les spectacles et les ébats coquins qu'abritaient les maisons closes.

On ne comprend pas comment les pudibondes chiennes de garde et autres Vallaud-Belkacem ont pu tolérer l'exposition du siège fabriqué sur mesure au faubourg Saint Antoine pour le prince de Galles, futur Edouard VII. Ce meuble étonnant, au vague aspect d'instrument de torture, lui rendait la bagatelle censément plus confortable bien qu'il fut debout et sa partenaire allongée. Le lit, c'est autrement plus démocratique et reposant Monseigneur !



3 - Champs Elysées, Concorde, rue Saint-Honoré, Palais-Royal : pouf, vous êtes au Louvre !

Vous y attendent les richesses de l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune sise en Suisse, tout près de la frontière française. Elle a miraculeusement conservé intact son trésor, ses figures-reliquaires, châsses et baisers de paix, le tout en émail, pierres et métaux précieux. A l'entrée vous accueille une extraordinaire statue du 12ème siècle de Saint Maurice, noir de peau comme le Nubien qu'il était et néanmoins patron du Saint Empire romain germanique et du duché de Savoie. Les nazis ne devaient pas être au courant ... Dès que les travaux de rénovation de leur musée seront achevés, les abbés récupèreront ces merveilles pour longtemps. Allez y vite !

4 - Retour aux Champs pour quelques séances de cinéma.

Pêle-mêle : "La crème de la crème", un film sur un trio d'abrutis qui se lancent dans le proxénétisme à HEC sans trop s'en rendre compte, un peu brouillon mais plein du charme de la jeunesse, des temps heureux où les gens sont amis ; à suivre : "47 Ronins", excellente adaptation d'une histoire classique et presque sacrée du Japon médiéval, exaltant la fidélité, l'honneur et, une fois encore, l'amitié, tout ce qu'une étiquette stricte dans les relations sociales offre comme garde-fous aux tensions interpersonnelles ; mais aussi : "Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?", comédie sociale et communautaire dans la veine réconciliatrice qu'affectionnent les Sofica, TF1, Canal plus et le cinéma subventionné, mais sympathique quand même.

5 - Direction Quai Branly

Où vous attendent trois expositions sur les indiens des hautes plaines, les rites d'initiation dans les bois sacrés africains et Nancy Cunard, pasionaria de la cause nègre et hispano-républicaine. Les Indiens nord-américains sont socialement et ethniquement pittoresques et attachants mais leur art était on ne peut plus rudimentaire mis à part quelques pipes sculptées et surtout des peaux de bison décorées de figures stylisées et de motifs géométriques. Les masques portés par les jeunes initiés dans les forêts guinéennes sont dans la veine abstraite et brutaliste qui charme tant les amateurs d'art primitif, sans réserver toutefois de surprise particulière. Nancy Cunard rédigea quelques poèmes peu convaincants mais, bien mieux, utilisa la fortune familiale à défendre la culture noire en finançant une sorte d'encyclopédie "Negro Anthology" de huit-cent-cinquante-cinq pages. Un travail utile et colossal, merci à elle. Ajoutons à ces shows, la petite exposition des sculptures d'art populaire contemporain ramassées ici et là par Hervé Di Rosa et agrémentées de sa propre production. C'est frais, drôle, optimiste et revigorant.

6 - Vous reprendrez bien un petit coup d'Orsay ?

Cette semaine, pour ne pas vous surcharger, nous nous limiterons à vous recommander de saluer Gustave Doré, enfant prodige du crayon, ténébreux symboliste et citoyen sincèrement ému par les misères du peuple. Son succès comme illustrateur fut planétaire et phénoménal, on en parle encore. Sa peinture fut moins bien comprise, trop évanescente dans la forme et démonstrative au fond. Elle était pourtant tout à fait novatrice, allait plus loin et avec davantage de maîtrise que ce que faisait un Lévy-Dhurmer par exemple. Doré, qui plaçait sans doute le tableau au sommet des beaux-arts en conçut quelque amertume mais cela ne l'empêcha pas de continuer, insoucieux des modes et de livrer quelques magnifiques paysages de montagne d'une étincelante virtuosité chromatique.


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