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De la tyrannie des moyens pour parvenir a ses fins.

Publié le 22 avril 2008 par Francois155

« Ayons les moyens de notre politique. »

Charles de Gaulle.

« Le succès de la stratégie dépend d’abord et avant tout, d’une juste évaluation de la fin et des moyens ».

Liddell Hart.

Il n’est pas inédit dans l’Histoire qu’une carence en moyens (pour parler clair, en possibilité de financer une armée en campagne) en vienne à limiter les fins du dirigeant politique, si habile fut-il : Louis XIV, du temps des armées professionnelles et des guerres dynastiques, s’il passa sa vie à guerroyer n’eut également de cesse de courir après les moyens permettant de financer ces grandioses ambitions politiques.

Mais une surabondance de moyens au service d’une fin irréaliste ou mal définie, et qui emprunterait de surcroit des voies fallacieuses, causera également l’échec du décideur mal inspiré, comme nous l’enseigne l’expérience amère des américains au Vietnam.

Notre époque, transitoire entre une guerre massive longuement préparée mais qui n’a pas eu lieu, des guerres impromptues, usantes et déroutantes, qui nous sont imposées et que nous semblons mener à contrecœur, et la possible résurgence de nouveaux défis conventionnels à moyen terme, et qui emprunteront sans doute de surcroit des voies nouvelles, est inédite à plus d’un titre :

- D’une part, nous utilisons des moyens qui n’ont pas été conçu pour les fins aujourd’hui désirées. En clair, nous nous battons avec les armes de la Guerre Froide, hautement sophistiquées et couteuses, contre un ennemi subversif pour qui le matériel est moins important que l’idéel, la perception de l’acte plus décisive que l’acte en lui-même. Dans ce contexte de recherche de la domination des esprits, l’impact de nos armes si destructrices est souvent utilisé contre nous et, loin de nous apporter la victoire, nous éloigne au contraire du but recherché, à savoir l’adhésion des populations chez qui nous combattons, l’influence et l’ascendant sur leur psychologie.

- D’autre part, il existe des facteurs, objectifs comme subjectifs, restreignant l’apparition de moyens plus adéquats et/ou l’adaptation de ceux qui entrent en service après une très longue période de maturation industrielle à la nouvelle donne. Ceci tient, justement, à la longueur du processus de conception-financement-réalisation et au fait que ce dernier, récemment parvenu à terme, a asséché les finances qui lui étaient allouées de longue date. Le manque d’une réserve de ressources, mais aussi d’une volonté de nouveaux sacrifices, rendent dés lors difficiles et la recherche, ou l’achat, de moyens nouveaux, et l’adaptation des moyens existants aux standards qu’exigent les guerres « nouvelles », en fait très anciennes mais que nous adorons oublier tant elles sont agaçantes à mener et à penser, et dont on sait à quel point elles sont longues et couteuses.

Dés lors que nous nous posons des limites, certaines de bon sens, d’autres qui le sont moins, à notre quête de moyens adéquats, nous nous retrouvons dans la position délicate de ne pas pouvoir appliquer cette mécanique vertueuse décrite par Lucien Poirier comme étant la stratégie des moyens, une génétique de l’adaptation qui commanderait de vastes efforts pour concevoir, réaliser et organiser nos forces en fonction des menaces, actuelles et futures, qui se dressent déjà et se lèveront probablement bientôt devant nous.

Il faut dire qu’elles sont de deux natures qui paraissent si inconciliables que nos esprits, et nos budgets, rencontrent les pires difficultés à les assumer concomitamment : l’effort immédiat des « guerres irrégulières », pénibles, lointaines, dévoreuses de temps, d’effectifs et de matériels, mais qui exigent plus de présences effectives et de patience soutenue que de lointaines et expéditives frappes décapitantes, d’une part ; d’autre part, la nécessité de savoir disposer des ressources extrêmement sophistiquées nous laissant la liberté de dissuader et de brider les ambitions de puissances émergentes hautement compétitives (ce que les stratèges américains nomment les « peer competitors ») qui, elles, investissent massivement dans des armements de dernière génération.

Sans doute est-ce là notre suprême défi que de savoir à la fois contenir, et peut-être vaincre au loin des adversaires irréguliers tout en gardant à nos forces un niveau suffisamment élevé d’avancement technologique pour ne point nous exposer aux appétits d’acteurs émergents rendus ambitieux par l’étalage de nos possibles et coupables faiblesses.

Deux écueils nous guettent sans doute alors qu’il nous faudra surmonter : l’erreur de croire que ce double défi, certes impressionnant, ne peut être mené conjointement ; la paresse de penser que nous pouvons choisir d’en ignorer un au dépend de l’autre voire, pire, que nous pouvons nous contenter du service minimum dans chacun.

Il faut craindre que les fautes commises, en ces matières, se paieront le moment venu bien plus cher, en argent, en prestiges et en vies, que les économies consenties à courte vue par entêtement, aveuglement ou ignorance. Quant à briser la tétanie qui peut nous saisir devant l’ampleur de la tâche, sans doute est-il bon de rappeler, et de méditer, les fortes paroles de Ferdinand Foch : « Sachez pourquoi et avec quoi vous agissez, vous saurez alors comment il faut agir ».


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