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Les terroristes du vol MH370 : le crash de l'info

Publié le 09 mai 2014 par Toulouseweb

Avant toute chose, il convient de préciser au lecteur que, dans cette chronique, il ne lira pas de scoop, de précisions, de nouvelles hypothčses ni de fumantes théories, mais plutôt un triste constat…

Le 8 mars 2014, le Boeing 777-200ER immatriculé 9M-MRO, vol MH370 de la compagnie Malaysia Airlines, disparaissait.
Comment aurions-nous pu échapper ŕ cette information ? Car dans les heures voire les minutes qui suivaient tous les médias se pressaient : télés, radios et sites Internet en faisaient leurs gros titres. Les rédactions bouillonnaient. En tęte de peloton, les chaînes d’info en continue… Ŕ grands renforts de Ť screen-logos ť alarmants, des présentateurs de JT et leur fameux ton monocorde – probablement enseigné dans les écoles de journalisme moderne – répétaient inlassablement les męmes infos, et, dčs qu’ils en avaient l’occasion, recevaient des experts aéronautiques sur leurs plateaux, déformaient leurs déclarations, les interprétaient ŕ leur maničre, voire, les incitaient ŕ dire ce qu’ils ne voulaient pas dire. Du grand art !

Aujourd’hui, dans le milieu aéronautique, on évoque notamment un tir accidentel de missile ou le suicide meurtrier d’un des membres d’équipage ; deux pistes relativement discutables. Enfin et grâce aux infos qui arrivent par bribes, les hypothčses s’affinent et on parle d’une dépressurisation explosive puis, désormais d’un incendie (l’appareil transportait dans ses soutes, un stock de batteries au lithium-ion) ou d’une hypoxie. Cependant, chacun garde une réserve car, Ť tant qu’on ne sait pas tout, on ne sait rien ! ť.
Du point de vue d’un public plus large, autour du MH370 et depuis bientôt quatre semaines, on assiste ŕ une logorrhée de théories, d’hypothčses, d’élucubrations, de supputations, de fantasmes… Le web, formidable baromčtre de cette tendance, permet de constater les dégâts : chacun y va de son Ť post ť et tout le monde veut avoir raison. Conclusion, les causes probables de la disparition du Boeing 777-200ER, précédemment citées, sont trčs souvent étouffées par une autre, bien plus coriace et qui, pourtant, a été rapidement remise en question par bon nombre d’experts et professionnels de l’aéronautique : la piste du terrorisme.

Tout a commencé avec une conférence de presse en Malaisie. Photo ŕ l’appui, Khalid Abu Baka, chef de la police Malaisienne, annonçait qu’ŕ bord du vol MH370, deux Iraniens voyageaient avec des passeports volés. Les flashs crépitaient, les téléphones portables se levaient pour appeler les rédactions ou pour prendre des Ť photos de la photo ť du Ť terroriste présumé ť… Et, au milieu de ce brouhaha journalistique, peu de ces professionnels ne semblaient vouloir mettre l’accent sur l’essentiel de la déclaration faite par le chef de la police : Ť il est peu probable que ces hommes soient des terroristes (…) ils tentaient simplement d’émigrer de maničre illégale. ť
Stigmates du 11 septembre ou non, lorsqu’un crash survient, le son de certaines phrases semblent ne jamais arriver ŕ destination, surtout lorsqu’elles sont précédées par des mots comme Ť Iraniens ť ou Ť passeports volés ť. Il n’en fallait pas davantage pour lancer la machine conspirationniste et attiser l’incandescente verve des théoriciens du complot sur leurs forums, blogs ou réseaux sociaux.
Florilčge de copiés-collés (orthographe corrigée) émanant de ce genre de tribunes virtuelles peu contrôlées et contrôlables :
Ť Stoppez l’enquęte, on a trouvé ! C’est un coup d’Al Qaďda ! (…) L’avion est sűrement allé se poser sur une île déserte. (…) Je suis ingénieur et j’ai lu Ť quelque part ť qu’un avion détourné par des terroristes s’était posé dans le Sahara il y a 20 ans ! (…) Je sais qu’entre la Malaisie et le Vietnam, des pistes ont été construites pendant la seconde Guerre par les Japonais. (…) Des barbus sont probablement en train de préparer le Boeing en vue d’un attentat de trčs grande envergure. (…) Ils vont le reconvertir en missile de croisičre, c’est sűr ! ť, etc.
Il est vrai qu’un Boeing de 138 tonnes (ŕ vide) et 61 mčtres d’envergure qui vole avec un transpondeur coupé, est d’une discrétion optimale sur un radar. Personne ne le voit venir !

En réalité, Pouria Nour Mohammad Mehrdad, Iranien de 19 ans, tentait de se rendre en Allemagne. Sa destination finale était Francfort oů sa mčre, déjŕ sur place et interrogée par les autorités Allemandes et par Interpol, avait prévu de l’accueillir. L’autre homme, Delavar Seyed Mohammad Reza, 30 ans, projetait de se rendre au Danemark avec les męmes motivations que son compagnon de voyage : bénéficier d’un statut de réfugié pour vivre une vie meilleure.
Finalement, la seule chose que l’on pourrait reprocher ŕ ces deux hommes, est d’avoir été les victimes consentantes d’un trafic d’ętres humains. Suite ŕ cette découverte, Ronald K. Noble, secrétaire général d’Interpol avait déclaré : Ť Maintenant que l’on connaît l’identité de ces deux personnes (…) on devrait plutôt se focaliser sur le gang criminel qui leur a permis de voyager. ť.
Bien dit, mais trop tard ! L’Ť info ť moderne avait déjŕ fait son office. Et il ne servirait strictement ŕ rien de prouver par A+B que ces deux Iraniens n’avaient aucune compétence pour faire voler cet avion – et notamment désactiver un systčme de communications ACARS, bien plus complexe et fastidieux qu’un transpondeur – car ces nombreux blogs, forums et autres réseaux sociaux n’en démordraient pas pour autant : Ť Ce sont des terroristes, ils sont simplement trčs malins et ont tout prévu ! ť
Pire encore : si un jour on retrouve les boîtes noires et que l’on nous livre une analyse rationnelle et concrčte, ces deux hommes continueront d’ętre suspectés par ces Ť tribunes libres et virtuelles ť, terreaux fertiles d’une hallucinante paranoďa collective, celle-lŕ męme qui continue de persuader des milliers de gens qu’aucun avion ne s’est jamais crashé sur le Pentagone et que les attentats du 11 septembre 2001 ont été orchestrés par la C.I.A, elle-męme…

Au final, doit-on blâmer les médias ? Peut-ętre pas, non. Les forums, les blogs, les réseaux sociaux ? Pas plus… Car ne serions-nous pas ŕ la fois victimes et bourreaux quant ŕ la qualité de l’information que nous recevons ? Ŕ l’čre du virtuel oů chacun semble libre de choisir son support d’informations, peut-ętre sommes-nous simplement prisonniers de nous-męme.

Concluons sur une pensée pour les familles et les victimes du vol MH370, celles du vol AF447 Rio-Paris, et les autres…

Bastien Otelli – AeroMorning

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