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Maldiney, le transpossible et le transpassible. Exposé de Marc Ledoux. Elne, le 11 avril 2014

Publié le 09 mai 2014 par Balatmichel

Maldiney, le transpossible et le transpassible. Exposé de Marc Ledoux

Elne, le 11 avril 2014

Marc Ledoux : Bon allez, sur Maldiney. La dernière fois, j'en ai un peu parlé, il venait de mourir et je vous ai demandé si c'est possible de se réunir autour de lui. Et dans un élan maniaque, j'avais proposé le transpossible et le transpassible, mais c'est extrêmement difficile et comme je suis très attaché à lui, je veux le respecter et à partir de moi même, essayer d'aller au fond de ses textes, d'autant plus que plus je le lis, plus c'est difficile. Alors je ne sais pas, si je le fais comme je l'ai préparé, c'est terriblement compliqué, Laurence m'a dit tout à l'heure de raconter des anecdotes, mais quoi, je raconte quoi ? Il a souvent raconté, c'était un homme très sérieux.

Georges Perez : Comment vous êtes vous rencontrés ?

ML : Moi ?

Laurence Fanjoux Cohen : Oui, toi !

ML : Mais, moi, je ne suis personne !

LFC : Justement

ML : je ne sais plus.

Michel Balat : Il faudrait avoir les interviews d'Oury. On a entendu hier sur France Culture, les cris de Marc.

ML : je ne sais plus où je l'ai rencontré la première fois… c'était à Louvain… avec Schotte. (allume un cigare)

GP : C'est interdit de fumer Marc

MB : tu es gonflé !

ML : (éteint son cigare) Non, non. Il a raison.

Je sais qu'il m'a dit un jour, c'était un colloque qu'on faisait sur le Szondi, Schotte était là et comme à chaque fois on essayait d'aborder chaque vecteur de manière la plus large possible. C'était sur le vecteur C et c'est un texte qu'on peut retrouver dans le livre Le contact et dans le livre L'homme et sa folie et j'avais fait quelque chose sur Schuman. Et plus tard, à Budapest, sur le vecteur P, c'était un moment superbe, comme on était dans la ville de Bartók, j'avais fait quelque chose sur Bartók et lui, on se connaissait déjà, il disait c'est bien. Moi, j'ai abordé la peinture par l'œuvre-même et jamais par le peintre, ni par l'histoire. Ça, c'est sa phrase célèbre : « il n'y a pas d'histoire de l'art ». Il n'y en a pas. Même quand ils ont fait il y a 5 ans une journée pour lui à Royaumont, il y avait Didi-Huberman qui avait été son élève à Lyon, et qui avait écrit tout et n'importe quoi, et là, il avait essayé de tuer son maitre en disant « il y a bien une histoire de l'art ! ». Mais, là, Maldiney était encore très vif, et il a bien réagi contre ça. Il disait qu'il abordait la peinture par la peinture même, de la même façon que moi Marc, je pouvais aborder Bartók et Schumann par leur musique et non par leur biographie. C'est vrai que j'avais essayé de faire apparaître la psychopathologie ou la structure existentielle de ces musiciens à travers une analyse de leur musique. Donc, ça, c'est quelque chose qui nous a lié. Je l'aimais beaucoup. Et à chaque fois qu'il venait chez nous, avec sa femme qui est peintre, on se retrouvait. Il racontait des histoires. Par exemple sur ses dernières œuvres. Ouvrir le rien. L'art nu. « Marc, tu l'as lu ? Je te le donne. Parce que pour la première fois, j'ai écrit ma propre vision sur la peinture. Jusque là, c'était à propos de, où je pouvais développer des petites choses. Mais là, c'est ma grande œuvre. Des gens me demandent pourquoi je parle toujours des mêmes peintres. Cézanne, Mondrian, même un flamand… surtout sa sculpture, il aimait beaucoup le baroque. Mais il disait qu'il n'y a pas de baroque en Europe mais au Brésil où je l'ai accompagné une fois. Ça c'était impressionnant quand même… dans L'art nu, il y a un monsieur dont j'ai oublié le nom qui a fait une sculpture devant une église, sur cette grande esplanade. Là dessus, il a beaucoup écrit. Kandinsky, Delaunay, Bazaine, Van Gogh bien sûr, Nicolas de Staël. Les gens demandaient donc, pourquoi toujours les mêmes, pourquoi pas sur Gauguin ? Il était très hostile aux musées, au comment les musées étaient conçus, et à quoi ils servent… il était très hostile et il y allait quand même. C'était très parlant pour moi qui n'y connais rien, de l'accompagner quand il allait voir une expo. Courbet par exemple à Paris. Il disait « j'écris sur les peintres qui me regardent. Qui me touchent. Et ce sont les peintures qui me regardent. Et il y en a qui m'ont regardé, qui m'ont touché et c'est là dessus que je travaille. » C'est une petite anecdote qui est restée. Son grand ami peintre, Tal Coat… il faisait de la montagne avec lui. Quand je l'ai eu au téléphone un mois avant sa mort, il allait bien, il attendait la mort mais sa tête allait bien et il écrivait encore, il lisait encore, Hegel, toujours le même… il me disait qu'il y avait une chose qu'il regrettait, c'est de ne plus pouvoir monter le Cervin, il le faisait maintenant dans sa tête. C'était une des premières montagnes qu'il avait montée. Il était alpiniste. IL parle souvent à partir de son vécu, quand il est sur la crête du Cervin avec Tal Coat, quand il voit soudainement non pas un objet apparaître mais à la fois dans cette opposition du ciel et la terre, il y a l'apparaître. Et cette sensation, il va l'utiliser souvent pour essayer d'approfondir sa phénoménologie.


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