Magazine Poésie

[anthologie permanente] Gertrud Kolmar

Par Florence Trocmé

Les éditions Circé publient Quand je l’aurai tout bu, poésies 1927-1932 de Gertrud Kolmar, dans la traduction de Fernand Cambon.  
 
 
Aquarium 
Toujours et encore se cogner à du verre, 
Ne jamais cesser de tourner en rond, 
Au lieu de dériver orné de grandes eaux 
Vivantes, merveilleuses 
 
Toujours et encore déglutir des bouchées fades 
Dans une vase tiède et gourde, 
Au lieu de happer d’une petite bouche bigarrée 
La lumière verte et la proie fraîche, frétillante ? 
 
Toujours et encore sentir la dureté,  
Une mince couche de sable terne,  
Au lieu tout au fond de s’enfouir 
Contre le visage brun qui réchauffe 
 
Toujours et encore une grève de choses malignes, 
Où le petit poisson s’échoue malade et convulsé, 
Quand violemment, sautant sans prendre garde, 
Il survole sa patrie étriquée ;  
 
Rien qu’un monter et descendre promptement entravé, 
De brefs éclairs, élans de gauche et de droite, 
Toujours et encore, hélas, toujours et encore 
Ce plus petit des mondes se heurte à une borne ! 
 
Dans les lointains gisent des étangs noirs, 
Meurt une cascade de source irisée, 
Le large courant conduit son cadavre 
A une tombe de cristal qui fuit.  
 
Même les poissons aiment secrètement rêver 
Ce qui libère leur cœur comme la poitrine de l’homme : 
Une limpide vague bleue et l’écume 
Des mers douces de l’infinité 
 
Aquarium
Immer wieder an ein Glas zu stoßen,
Immer wieder sich im Kreis zu drehn,
Statt geschmückt in wunderbaren, großen,
Lebenden Gewässern hinzuwehn.
Immer wieder sich an schalen Happen
Wohlzutun im laulich dumpfen Tang,
Statt mit kleinem, buntem Maul zu schnappen
Grünes Licht und kühlen, frischen Fang.
Immer wieder Härte anzufühlen,
Fahlen Sandes eine dünne Schicht,
Statt dem tiefen Grunde sich zu wühlen
An das braune, wärmende Gesicht.
Immer wieder Strand mit bösen Dingen,
Da das Fischlein krank und kämpfend liegt,
Wenn es heftig, unbedacht im Springen,
Seine karge Heimat überfliegt;
Nur ein rasch gehemmtes Auf und Nieder,
Kurze Blitze, links und rechts geschnellt,
Immer wieder, ach, und immer wieder
Kennt ein Ende diese kleinste Welt!
In den Fernen lagern schwarze Teiche,
Stirbt ein regenbogener Quellenfall,
Führt das weite Strömen seine Leiche
In ein Grab von fliehendem Kristall.
Auch die Fische mögen heimlich träumen,
Was ihr Herz wie Menschenbrust befreit:
Klare blaue Welle und das Schäumen
Süßer Meere der Unendlichkeit. (source
 
• 
 
La Songeuse 
Quand je serai morte, mon nom planera 
Un petit moment au-dessus du monde. 
Quand je serai morte, je pourrais encore exister 
Quelque part contre des clôtures derrière le champ. 
Mais je me dissiperai bientôt 
Comme l’eau s’écoule d’une cruche portant cicatrice, 
Comme un don des fées secrètement dilapidé 
Et une volute de fumée près du train qui fonce.  
 
Quand je serai morte sombreront cœur et reins, 
Se dérobera ce qui m’a tenue et mue, 
Et seules les mains ouvertes, immobiles 
Seront posées, corps étranger, à côté de moi. 
Et autour de mon front ce sera 
Comme avant le jour, quand une bouche caverneuse happe des étoiles 
Et que de la pierre ombreuse de la voûte lumineuse 
Un drap gris laisse pendre ses immenses plis. 
 
Quand je mourrai, je veux enfin faire halte, 
Tourner mon visage vers l’intérieur 
Et le refermer comme une boîte à images 
Lorsque l’enfant en a trop vu, 
Et puis bien dormir d’un sommeil compact, 
Tandis que tremblante j’aurai encore dressé 
Ce que je fus : une lumière de cire 
Pour l’éveil au deuxième monde.  
 
 
Die Sinnende 
Wenn ich tot bin, wird mein Name schweben
Eine kleine Weile ob der Welt.
Wenn ich tot bin, mag es mich noch geben
Irgendwo an Zäunen hinterm Feld.
Doch ich werde bald verlorengehn,
Wie das Wasser fließt aus narbigem Krug,
Wie geheim verwirkte Gabe der Feen
Und ein Wölkchen Rauch am rasenden Zug. 
 
Wenn ich tot bin, sinken Herz und Lende,
Weicht, was mich gehalten und bewegt,
Und allein die offnen, stillen Hände
Sind, ein Fremdes, neben mich gelegt.
Und um meine Stirn wird‘s sein
Wie vor Tag, wenn ein Höhlenmund Sterne fängt
Und aus Lichtgewölbs Schattenstein
Graues Tuch die riesigen Falten hängt. 
 
Wenn ich sterbe, will ich einmal rasten,
Mein Gesicht nach innen drehn
Und es schließen wie den Bilderkasten,
Wenn das Kind zuviel gesehn,
Und dann schlafen gut und dicht,
Da ich zittrig noch hingestellt,
Was ich war: ein wächsernes Licht
Für das Wachen zur zweiten Welt. (source) 
 
 
Gertrud Kolmar, Quand je l’aurai tout bu, poésies 1927-1932, traduction de Fernand Cambon, édition bilingue, 2014,  pp. 234-235 & 172-173 
 
 
Gertrud Kolmar dans Poezibao :  
bio-bibliographie, extrait 1 


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