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Rassembler ce qui est épars…

Publié le 25 mai 2014 par Philippe Thomas

Poésie du samedi, 72 (nouvelle série) :

Pour une fois, cette chronique va coller avec l’actualité… une actualité que je n’oserais dire brûlante,  tellement cette campagne pour les élections européennes m’a semblé atone. Moi-même, j’avoue avoir suivi l’affaire d’assez loin mais j’irai voter ce dimanche et finalement je sais pour quelle liste… Vous l’aurez compris, mon enthousiasme est mesuré, mais comme l’y exhortait Claudel, j’ai pris conscience de cette énorme chose déblayée  qu’est l’Europe !

Mais cette Europe est toujours un édifice inachevé, tant la mosaïque de ses divers peuples doit sans relâche être ressoudée. Chaque citoyen européen devrait donc se sentir à pied d’œuvre dans l’isoloir... C’est pourtant simple d’aller voter et peut-être Claudel le diplomate, via ces quelques versets écrits en 1943, vous en convaincra-t-il, en vers et pour tous…

A pied d’œuvre

Messieurs, l'Europe ! Je vous invite à prendre conscience

de cette énorme chose déblayée !

Ce continent à notre disposition tout prêt et cela d'un seul tenant

et d'un bout à l'autre devant nous qu'on a nettoyé.

Cette espèce de jetée hérissée de planches latérales et flanquée de pontons

qui s'étire de toute sa longueur vers la mer et l'Amérique,

Cette espèce de construction avec son arête sublime

et toute espèce de pentes magnifiques,

Et ces grands fleuves en sens contrarié de part en part

qui donnent vie à l'épouvantable mécanique !

Peuples, on vous met sous le nez un paradis qui n'est pas précisément

celui des sots !

Le Bon Dieu n'a pas fait d'un seul coup cette grande chose

pour qu'elle reste éternellement en morceaux.

Regarde, peuple avec défi nouveau issu de je ne sais combien de races

interlopes !

Contemple ton héritage et ce tapis sous tes pieds qui monte

et qui descend à grands plis et qui se développe !

Comme un ingénieur ébloui qui regarde et qui prend compte

de la situation Europe !

Paul Claudel  (Villeneuve sur Fère 1868 – Paris 1955), Brangues, 8 septembre 1943.

in " A pied d'oeuvre ", Poèmes et paroles durant la guerre de  Trente Ans, Gallimard 1945.

cité par "Le Un" n° 7, l'hebdo de Fottorino sur "Peut-on aimer l'Europe ?"


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