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SAIGON-HANOI de Cosey

Publié le 25 mai 2014 par 7bd @7BD
SAIGON HANOI de Cosey chez Dupuis
Titre : Saïgon Hanoï Auteurs : Cosey Editeur : Aire Libre Année : 1992 Résumé : Les Etats-Unis, l'hiver. Un homme rentre chez lui sur des routes enneigées, gare son 4x4 et se prépare à regarder un documentaire télé traitant des vétérans du Vietnam, quand le téléphone sonne. Au bout du fil, une femme seule, plutôt une jeune fille, qui cherche quelqu'un à qui parler en ce 31 décembre... Cosey a choisi un postulat de base difficile pour ce one-shot : Un Huis-clos de voyage ! D'une part, le héros, Homer, vétéran du Vietnam, qui est assis devant sa télé avec son téléphone. Et d'autre part, le documentaire diffusé sur le poste, racontant le retour au Vietnam vingt ans après, d'anciens GI ayant combattu pendant la guerre qui a ravagé le pays. Au travers de cette rencontre téléphonique, qui prépare déjà en son temps – 1992 quand même - les discussions virtuelles qu'offre le net d'aujourd'hui, Cosey construit cet échange par petites touches, renforcées encore par les images diffusées par la télévision, qui nous offrent un total dépaysement. Un album que j'ai trouvé difficile à la première lecture. En effet, absorbé par la discussion entre Homer et cette petite fille, Felicity, j'en perdais les images. Quand j'ai réalisé cela, j'ai repris ma lecture et, absorbé par l'autre histoire que racontent ces images, j'en perdais la conversation... Il m'a donc fallu du temps pour profiter pleinement de ces deux histoires. En lisant attentivement, je me rend compte que les deux sont liées, telle image fait rebondir la conversation et la discussion recoupe, dans le fond, certains moments du documentaire. Là où Cosey en rajoute encore une couche (oui, c'est possible), c'est que le personnage du vétéran que l'on suit dans le documentaire, est Homer. Chacun de son côté, les deux protagonistes voient cette émission plus qu'ils ne la regardent mais Felicity ne sait pas que c'est Homer qu'elle voit à l'écran, ce même Homer avec qui elle est en train de discuter. Je pousse même le bouchon encore plus loin. Et si certaines images de ce voyage au Vietnam ne sont pas issues du documentaire mais de la mémoire d'Homer, dans laquelle nous plongeons, entraînés par les souvenirs que la télé fait remonter en lui ? La rencontre de cet homme qui cherche à dépasser son passé, avec cette petite fille qui s'interroge sur son futur est traitée tout en émotion et en non-dit par l'auteur. A tel point que l'on pourrait s'interroger sur ce que s'apportent l'un à l'autre ces deux étrangers. Mais n'en doutez pas, l'échange leur permet d'avancer tous les deux, l'air de rien. C'est un réel plaisir, pour moi en tout cas, d'embarquer dans ce récit qui ne propose ni tensions dramatiques intenses, ni actions incroyables, ni intrigues alambiquées. Juste la rencontre de deux solitudes, un moment de pause dans la course de la vie, un temps d'échange, le frôlement d'une amitié improbable. Comme le soulève Felicity, qu'en restera-t-il dans vingt ans, voire même seulement demain ? La réponse est dans l'histoire elle-même et dans sa conclusion. Je reste ému par le fait qu'avec un personnage, un téléphone et une télé, Cosey parvient à nous offrir un beau voyage dans l'espace, certes - balayant d'un trait la distance séparant les Etats-Unis du Vietnam - mais aussi dans le cœur d'un homme. D'un point de vue graphique, Cosey réussit à ne jamais nous perdre, malgré ces aller-retours incessants entre la télévision et le salon d'Homer. Et tout cela grâce à une charte de couleur simple. L'hiver américain nocturne et sa palette bleutée contraste avec les teintes ocre jaune du voyage au Vietnam. Des teintes qu'on pourrait supposer originaires de l'écran télé ou bien de la chaleur écrasante qui doit régner là-bas. Qu'importe ! Le seul texte repose sur le dialogue entre les deux personnages. Pas de cartons d'introduction, de transition, rien de ces artifices fréquents. Le documentaire défile par ces images, Homer coupant le son pour entendre Felicity. Et ces images, détachées de tout commentaire audio – fréquent dans ce genre de programmes – nous plonge dans ce pays d'Asie du Sud-Est. Les personnages et les décors réalistes mais simplifiés apportent expressivité et clarté. On n'est jamais perdu dans le cadre et les visages, au détour d'un regard, partagent avec nous leurs pensées. Le cadrage se fracture petit à petit et nous offre de belles pages, alternant les grands dessins et les petits détails. Ici, la ville de Saïgon qui s'étale au soleil, là, un badge sur une chemise, ici une fresque murale, là un reflet dans l'eau... Chaque image anodine nous raconte quelque chose, soit comme étant le point d'attention de celui qui les voit, soit comme un élément du voyage d'Homer. Un voyage probablement inspiré par un des nombreux déplacements de Cosey à travers le monde et surtout l'Asie. Saïgon Hanoï est une invitation. En effet, Cosey nous invite, le temps de ces quelques pages, à stopper les aiguilles, à nous arrêter pour partager les premiers moments d'une rencontre, qui en seront peut-être aussi les derniers. Je ne peux que remercier un auteur si talentueux, qui parvient à nous proposer une BD différente et si émouvante. 
Zéda fortement inspiré par la découverte de Saïgon Hanoï ! LUCKY WAY, une aventure de Zéda David

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