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Ami-e, entends-tu le vol noir du FN ?

Publié le 25 mai 2014 par Despasperdus

Au soir des européennes, le FN est le premier parti politique de France. 25 % des suffrages !

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Comment en est-on arrivé là ?

Dans un pays à la tradition révolutionnaire et démocratique ? Comment la famille Le Pen a-t-elle pu endormir les esprits les plus en vue ? Etre dédiabolisée ? Comment la République a-t-elle pu s’accommoder d’un mouvement qui est fondamentalement antirépublicain par nature et par tradition ?

Pour en arriver là, il a fallu une crise. Ou des crises économique, sociale, écologique, intellectuelle qui sont le fruit à la fois de la trahison du PS, de la domination idéologique de l'oligarchie et de la perversion du débat politique par les médias dominants.

LA TRAHISON DU PS ET LA DOMINATION IDÉOLOGIQUE DE L'OLIGARCHIE

Cette crise, c'est la victoire de l'oligarchie qui a été facilitée par les élites dites de gauche, composées d'élus, de notables ex ou futurs élus, d'élèves formaté-e-s par les grandes écoles, d'intellectuels de la fondation Saint-Simon qui a dûment abandonné la lutte des classes. Cet abandon affecte une partie du mouvement syndical et du parti dominant de la gauche, le PS. Pour ce dernier, une des raisons est sociologique avec l'absence criante de militants issus des classes populaires.

De l'abandon du curseur social est née une collaboration de classes qui s'est traduite dans le discours avec des éléments de langages tels que le sens des responsabilités, le réalisme, les mains dans le cambouis, les partenaires sociaux et le dialogue social. Idéologiquement, elle est devenue soumission puis adhésion aux dogmes de l'idéologie néolibérale via l'intégration à marche forcée dans l'UE et l'atlantisme aveugle.

Économiquement, la droite et le PS ont totalement adhéré au projet de l'oligarchie de se débarrasser de l'industrie pour détruire le mouvement ouvrier et ses bastions. Il fallait se plier à une nouvelle division internationale du travail. Il fallait faire l'UE... Et puis, le discours dominant racontait que l'avenir était dans les services, la technologie de pointe, les secteurs d'avenir... Un discours faussement moderniste - empreint de néo-colonialisme - qui déléguait au Tiers-Monde le "sale" boulot. Sauf qu'à force de déléguer, il ne restera plus bientôt que le tourisme pour ceux qui en auront encore les moyens. En fait, l'oligarchie préférait "investir" désormais dans la finance plutôt que dans l'industrie.

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La crise qui n'est que la conséquence de décisions politiques - a d'abord touché les classes populaires. Sont apparus le chômage de masse, la précarité sociale, la misère et l'apparition dans la novlangue de SDF. Le parti hégémonique à gauche a substitué le discours égalitaire à celui de l'égalité des chances et du droit à la deuxième chance, soit un discours en apparence progressiste qui, en fait, désigne le chômeur comme le principal responsable de sa situation... L'alternance politique PS-droite et vice versa s'est inscrite dans la continuité des politiques économiques et sociales.

Aussi, depuis plus de trente ans, hormis 1981-82, la gauche au pouvoir a d'abord été de renoncement avant de devenir une gauche de trahison ou une droite modérée. Le goût du pouvoir pour le pouvoir, la carrière, l'opportunisme, l'arrivisme et l’homogénéité sociale des "militants socialistes" ont contribué à faire sauter verrou socialiste. Sous les socialistes, la plupart des décisions les plus emblématiques ont été prises : la libéralisation de la finance, l'autorisation des stocks options, les baisses d'impôts pour les plus fortunés, la fin du monopole public audiovisuel, la flexibilité du travail via les 35 heures, l'euro, le principe de la libéralisation de l'électricité... et bientôt le grand marché transatlantique.

Les gouvernements de droite et PS ont sacrifié les services publics à la française, bien plus exigeants en termes de qualité que le service public universel. Les privatisations au profit de l'oligarchie et d'une caste de hauts fonctionnaires ont réduit l'intervention économique de l'Etat. La privatisation acharnée et le culte de la concurrence libre et non faussée dans presque tous les secteurs d'activité affectent aujourd'hui l'indépendance même du pays. L'exemple d'Alstom est flagrant.

Le dumping social via les délocalisations et les travailleurs détachés ont accéléré la décomposition du tissu industriel et des normes sociales conformément aux intérêts du capitalisme financier et mondialisé . Depuis plus de 30 ans, la régression sociale rogne sur tous les droits gagnés par le mouvement ouvrier au siècle précédent. Les victimes de cette crise qui n'appartiennent plus exclusivement aux classes populaires ne peuvent même plus compter sur la solidarité nationale, détricotée au fil des ans. L'idéologie dominante a même transformé les victimes du capitalisme financier en "assistés", au point que les gouvernements successifs les condamnent à vivre au-dessous du seuil de pauvreté !

Ces assistés sont, suivant les circonstances, des boucs émissaires facilement identifiables : les chômeurs, les handicapés, les fonctionnaires, les immigrés, les Roms... L'oligarchie a réussi à diviser les classes populaires et moyennes pour imposer la régression sociale et acquérir de nouveaux privilèges, de nouvelles niches fiscales, des allègements d'impôts, des cadeaux fiscaux sous formes de crédits divers et variés pour des motifs bidons comme la compétitivité, l'offre, la simplification, la croissance... La délinquance en col blanc des évadés fiscaux a parallèlement bénéficié de la complaisance des gouvernements de droite et PS comme le démontre l'acharnement contre un inspecteur des impôts.

Le prétexte de la dette publique, repris en boucle du PS au FN, a contribué également, ces dernières années, à imposer des réformes antisociales dans des domaines très sensibles (retraites et des allocations chômage). Les arguments des austéritaires de la France en faillite, de la gestion du bon de famille et des générations futures endettées ne valent rien économiquement, légalement et historiquement, mais pourtant, ils sont toujours repris en boucle par des médias aux ordres pour imposer les pires reculs sociaux. Il y a là une sorte d'application de la stratégie du choc pour effrayer et pour empêcher des résistances de taille critique. La désignation de bouc émissaires permet juste de divertir et d'enfumer.

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LA COLLABORATION ACTIVE DES MEDIAS DOMINANTS.

Le débat politique a été perverti par ceux qui le rendent visible et l'organisent, qui sélectionnent les informations et qui construisent une représentation de la réalité.

Les médias dominants - surtout ceux, classés à gauche par fatigue intellectuelle ou par habitude (libération, le monde, le nouvelobs) soutiennent sans faille les politiques austéritaires, comme ils ont soutenu dans les années 80-90 les privatisations qui ont alimenté la manne financière de la publicité. L'absence d'un vrai discours politique gauche - droite dans ces médias a contribué à une sorte de dépolitisation de la société et d'un dégoût de la politique. Et surtout, ils ont occulté la possibilité d'une vraie politique alternative de gauche.

A mesure que le pays s'enfonçait dans la crise économique et sociale, ils ont contribué à la perte de repères politiques, à l'occultation des idées anticapitalistes, écologiques, et décroissantes. D'ailleurs, la rubrique "social" a disparu au profit de la rubrique "économie", "bourse" ou "affaires". Ils ont aussi privilégié la parole d'intellectuels reléguant la question sociale au profit de l'identité, attisant les haines, désignant des boucs émissaires... et le plus visible d'entre eux, l'immigré-e.

De surcroît, quand il est devenu évident pour la majorité de la population - ayant au moins un proche dans la galère - que les politiques entreprises depuis près de trente ans ne contribuaient pas au bien commun et à l'intérêt général et qu'elles se durcissaient, les médias se sont mis en mode TINA pour dénigrer l'expression d'une opposition de gauche, politique et syndicale.

En effet, à la censure du temps de parole s'est ajoutée le dénigrement systématique et la malhonnêteté intellectuelle, quitte à pratiquer le relativisme historique et politique en mettant dans le même sac deux mouvements que tout sépare, FN et FDG, en employant des expressions comme "extrémistes" ou "populisme". Ils ont même été jusqu'à trafiquer des images pour assimiler Mélenchon à Hitler !

Parallèlement, les mêmes ont commencé à réhabiliter des intellectuels bannis depuis la Libération en raison de leur antisémitisme (Drieu), puis à dédiaboliser le Front National dont certains membres fondateurs furent condamnés pour des faits de collaboration avec l'ennemi nazi (Léon Gaultier, Victor Barthélemy). Le tout avec l'aide de certains socialistes peu exemplaires tels que Huchon. Il faudrait également analyser la responsabilité de ces éditocrates, auto-proclamés briseurs de tabous et de la bien-pensance, à la parole flatulente.

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Par ailleurs, depuis le début de l'opération de relooking du FN par Marine Le Pen, les médias dominants ont fait preuve d'une incroyable complaisance en surexposant le FN, en lui offrant des publi-reportages, en mettant en exergue des sondages bidons, en publiant des articles dignes de la presse people, en fabriquant des personnages médiatiques tels que Ménard ou Collard, en publiant une interview de l'héritière à la veille d'une élection, ou en privilégiant les faits divers sous un angle ethnique plutôt que social.

Ces médias dominants, dont certains survivent grâce à la manne publicitaire, aux subventions publiques ou à la générosité de capitalistes, ont choisi leur camp : le FN plutôt que le Front de gauche !

Aussi, partagent-ils avec les partis austéritaires la responsabilité de la montée du FN.

Bien entendu, des esprits brillants relativiseront le résultat du FN aux européennes avec l'abstention. Mais, il n'empêche que ces élections ont à la fois donné la victoire à l'extrême droite et assuré la pérennité de l'hégémonie du PS. Quant à l'abstention, elle est aussi une des raisons du succès du FN. Et, elle n'empêchera pas l'UE d'avancer, hélas.

Désormais, forte de cette victoire, l'extrême droite est sur une dynamique qu'il sera très difficile à contrer. Que feras-tu la prochaine fois, ami-e abstentionniste ?


Tiens, je n'ai pas parlé du Front de gauche ! Ou si peu ! Je me demande si ces européennes ne marquent pas officiellement sa mort... Mais comme disait en substance Lavoisier, rien ne se perd, tout se transforme ! Et j'ai comme le sentiment qu'à gauche du PS [1], il va falloir formater un certain nombre de choses dans les pratiques, le programme, les alliances et la structure... Être cohérent. Faudra peut-être aussi arrêter de personnaliser et penser boutiques PCF, PG ou GU. Faudra peut-être également que des politiques - par exemple Pierre Larrouturou et d'autres - arrêtent de se prendre pour l'homme providentiel en créant leur organisation aux petits oignons et en croyant au miracle de la société civile. Bref, va peut-être falloir arrêter les conneries...

Note

[1] (Le PS à moins de 15 % ! J'entends les dents des notables et des arrivistes "socialistes" claquer de peur)


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