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Molitor : vandalisme patrimonial et tartufferie politique

Publié le 23 mai 2014 par Delanopolis
Le scandale des conditions d'accès à la piscine Molitor n'est pas le pire aspect de ce sordide dossier. Dans la catégorie des massacres et mutilations architecturales delanoesques, la nouvelle piscine se pose là. Puisque la mairie en effet gaspillait des centaines de millions pour ses copains, à Jean Bouin notamment, il n'était pas question de mettre un fifrelin dans la restauration de Molitor. Les lieux furent donc cédés par bail emphytéotique à Colony Capital pour une opération de façadisme et de trompe l'oeil ne servant qu'à dissimuler la construction d'un hôtel. On en voit désormais le sinistre résultat. Dans son excellente "Tribune de l'Art", Didier Ryckner fait le point sur la situation. Les amateurs apprécieront aussi le rappel d'une des méthodes de tartufferie habituelle de Delanoë qui, refilant les lieux à un copain, lui faisait des gros yeux de comédie et un clin d'oeil appuyé en lui disant que cela ne le dispenserait pas d'être le meilleur. Un discours entendu à Jean Bouin et ailleurs ... Molitor : vandalisme patrimonial et tartufferie politique La « restauration » de la piscine Molitor, une imposture patrimoniale

Lors de la présentation à la presse de la « nouvelle » piscine Molitor, les discours du directeur des lieux, Vincent Mézard, et celui du président directeur général du groupe Accor, Sébastien Bazin, tout à la gloire de cette imposture patrimoniale et de cette grosse opération immobilière, ont été longuement applaudis par au moins la moitié des quelques dizaines de journalistes présents. Cela en dit long et permet de mieux comprendre la désinformation à laquelle nous sommes confrontés depuis quelques jours.

Non, la piscine Molitor n’a pas été restaurée. Non, elle ne connaît pas une deuxième vie. La piscine Molitor, celle construite par Lucien Pollet, a été entièrement détruite comme nous l’avions dit dans un précédent article1 en montrant les photos. Puis elle a été reconstruite « à la manière de ». Il s’agit en réalité d’un faux, plus grand que nature puisque l’ensemble a été surélevé pour construire un hôtel de luxe. Quelques vitraux ont été sauvés et réinstallés dans le restaurant, les rambardes de la piscine ont été, paraît-il, récupérées (en fait, une partie a été refaite « avec exactement les mêmes moules2 »).

Bref, rien ou presque n’est authentique. Bien sûr, la ville de Paris, qui a l’habitude de raconter n’importe quoi (comme de proclamer sans rire avoir sauvé la halle Freyssinet !), explique que la façade Art Déco du bâtiment du côté du stade Jean Bouin est celle d’origine… On comparera donc une carte postale ancienne avec l’état aujourd’hui. Il faut un sacré culot pour oser dire que la façade, reconstruite pas du tout à l’identique, a été restaurée (dans son jaune « d’origine » qui plus est !).

Tout est bidon dans cette rénovation. Il suffit de comparer la verrière du bassin couvert telle qu’elle existait encore naguère avec celle qui a été reconstruite. Il suffit de regarder l’intérieur d’une cabine parmi celles qui entourent le bassin couvert. Pour le bassin olympique, les cabines ne sont en réalité qu’un décor qui débouche sur un mur quand elles n’ont pas laissé place à des fenêtres pour les chambres de l’hôtel. Celles-ci ont imposé une surélévation qui est visible de l’extérieur, comme de l’intérieur. Même l’architecture des balustrades n’a pas été respectée.

Tout cela est grotesque.

Il est vrai que la Mairie de Paris actuelle n’est pas la seule responsable. L’équipe précédente (les Chirac-Tibéri) porte également une lourde responsabilité. Quant au ministère de la Culture, via la DRAC Île-de-France, il a tout accepté, alors que la piscine avait été inscrite aux monuments historiques en 1990. Une inscription qui existe d’ailleurs toujours ce qui constitue la tartufferie suprême alors que le « monument historique » a entièrement disparu.

Quant au projet actuel, il faut une certaine inconscience pour avouer ce qu’a dit le PDG d’Accor devant des journalistes (il est vrai presque tous acquis à sa cause) : « En 2007, Bertrand Delanoë vient me voir et me dit "Sébastien, il faut que quelqu’un fasse revivre Molitor. Et il faut que je fasse un appel d’offre donc il faut que tu gagnes, cela veut donc dire il faut que ton dossier soit le meilleur". » Belle preuve d’indépendance de la mairie par rapport à la société qui, quel hasard, a finalement gagné l’appel d’offre…

Hôtel de luxe, club très fermé : 1000 adhérents seulement, cooptés (on n’accepte tout de même pas n’importe qui) pourront avoir accès à la piscine après avoir payé 1200 € de droit d’inscription, puis 3300 € par an ! Ou la mairie de Paris au service de ses habitants et de son patrimoine ...

lire la tribune de l'Art ICI .
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