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Publié le 10 juin 2014 par Cdsonline

Au début du vingt et unième siècle, à l'ère du capitalisme digitalisé, les trumains furent conduits à vivre dans un état de fausse alerte permanente, entretenu par un flux médiatique continu, dont ils relayaient eux-mêmes les "infos" sur leurs réseaux dits "sociaux" sans y être contraints d'aucune autre manière que par un commandement qu'ils avaient eux-mêmes intériorisé.

Cette époque était qualifiée de "fin des idéologies".

L'idéologie sous-jacente au capitalisme dans sa version digitalisée se fonde sur son auto-déni: une idéologie qui se présente comme une non-idéologie.

Ses propagateurs sont donc des non-propagateurs, de simples citoyens consciencieux manifestant leurs états d'âme sur les réseaux dits sociaux et partageant, grâce aux technologies numériques, les "infos" des gros médias.

Arc-boutée sur son irréfragable "bon sens" utilitariste, cuirassée de bons sentiments, bourrée de statistiques jusqu'à la gueule, l'idéologie peut s'éployer sans vergogne, après avoir identifié la vraie source du mal, dénoncée par elle-même comme étant: "l'idéologie".

Cette idéologie (qui n'en est pas une, donc) ne peut viser que le Bon et le Bien, il suffit de se référer à ce qui anime ses transmetteurs.

Et de toutes façons, on vous l'a déjà dit, ce n'est pas de l'idéologie.

Qui pourrait dès lors douter que notre vie serait faite de la même étoffe que les rêves, pour paraphraser Shakespeare?

N'a t-on pas affaire à la même étrange logique décrite par Freud à propos du chaudron cassé: un je ne t'ai jamais emprunté de chaudron, deux, je te l'ai rendu en parfait état, trois il était déjà cassé quand tu me l'as passé?

Un, ce n'est pas de l'idéologie, deux, c'est une idéologie du progrès, trois, quitte à se faire taxer d'idéologie, qui peut se vanter d'être autant du côté du Bien?

Trois questions à se poser pour savoir si l'on est en train de véhiculer un message de l'idéologie dominante:

. est-ce que le simple fait d'énoncer ce message me place automatiquement du côté du Bien, c'est à dire de ce qui est médiatiquement reconnu ou reconnaissable, pouvant être ramené à un clivage d'opinion?

. le contenu du message met-il en scène une dé-discrimination lexicale débouchant d'une manière ou d'une autre sur la conclusion d'un Tout indifférencié (tout se vaut, tout est pourri, tous les mêmes, on est tous humains, on va tous s'en sortir grâce à la science, la technologie, l'art, etc.)

. le message n'offre-t-il pas la forme d'une auto-exhibition au service d'une indignation, une condamnation, une volonté de punir, etc?

Luz serra son sac à mains contre son ventre, pour la troisième fois en un quart d'heure, les hauts-parleurs crachaient leur mise en garde: "faites attention à vos affaires, des pickpockets ont été signalés dans cette station, soyez vigilants..."

Le but de l'idéologie c'est que tout le monde se méfie de tout le monde, la confiance doit être suffisamment ébranlée, la peur s'installer durablement dans le rôle de premier conseiller...

D'où vient l'idéologie?

L'idéologie n'a pas d'auteur(s), ni au pluriel, ni au singulier, ce qui ne l'empêche nullement d'exister, ni d'atteindre à l'ère du capitalisme numérisé, une intensification et une efficacité inouïes jusqu'alors.

Luz avait beau lire et relire des propos éclairants sur l'idéologie, elle n'était pas certaine de pouvoir discerner à coup sûr ce qui était de l'idéologie et ce qui n'en était pas.

Malgré des études supérieures convaincantes couronnées par deux doctorats, elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi les progrès du progrès, qui accouchait chaque jour de nouvelles machines et de nouveaux programmes, s'accompagnaient d'appauvrissement langagier pour la majorité des trumains.

Plus les moyens d'expression se développaient, plus le vocabulaire rétrécissait, et plus la syntaxe, sous couvert d'une volonté de simplicité, sombrait dans le simplisme d'une opinion de base.

Les mots devenaient des choses.

Jamais jusqu'à l'époque du capitalisme numérisé, une régression sur le plan de la précision lexicale n'avait pu être couplée avec la promesse d'un progrès social, ce qui venait d'avoir lieu non seulement en France, mais aussi dans plusieurs pays considérés comme "civilisés"...

Axiome 22: le propagateur de l'idéologie se distingue en tant qu'il manifeste sa passion de l'ignorance sous la forme cocasse de sa détermination opposée: le "droit à l'information", ne voulant rien savoir du plus célèbre dicton de la Cinquième avenue nouillorkaise: il n'y a pas de mauvaise publicité.

L'illustration la plus élémentaire de l'idéologie est probablement celle de Marx, le célèbre "cela, ils ne le savent pas, mais ils le font".

On attribue donc à l'idéologie une certaine naïveté constitutive: l'idéologie méconnaît ses conditions, ses présuppositions effectives, son concept même implique un écart entre ce qu'on fait effectivement, et la "conscience fausse" qu'on en a.

Le but de l'analyse critico-idéologique est donc de détecter, derrière l'universalité apparente, la particularité d'un intérêt qui fait ressortir la fausseté de l'universalité en question: l'universel est en vérité pris dans le particulier, déterminé par une constellation historique concrète…

À la question simple: à quoi sert l'idéologie? il existe une réponse simple: que rien ne change, que tout reste, exactement, comme avant.

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