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La confiance : valeur-clé du contrat social

Publié le 26 février 2008 par Libracteurs

Un certain nombre d'observateurs parlent régulièrement d'une " crise de confiance " au sein de notre société: manque de confiance dans l'avenir, dans l'Europe, dans la mondialisation, mais aussi manque de confiance dans l'autre, dans le couple, dans ce que l'on fait.

Une crise de confiance n'est pas un phénomène naturel : elle apparaît suite à des tromperies, un sentiment de mensonge, d'hypocrisie ou encore d'insécurité. Elle se caractérise par la domination du doute et de la suspicion. Des questions sans réponses en appellent d'autres.

L'affaire " Société Générale " est à cet égard emblématique. Voici, par exemple, quelques questions qu'elle génère, contribuant à une véritable crise de confiance : Comment la perte de 2,6 milliards d'euros liée aux " subprimes " qui vient d'être annoncée peut-elle être 10 fois plus élevée que celle annoncée 6 mois plus tôt ?

Le trader en cause dans une perte complémentaire de 4,9 milliards d'euros a-t-il pu agir complètement seul ? D'autres affaires du même type sont-elles possibles ?

Y a-t-il eu ou pas un délit d'initié commis le 9 janvier par un administrateur de la Société Générale ?

Les membres du Conseil d'Administration, qui a refusé la démission de Daniel Bouton, sont-ils vraiment indépendants ? Le Président de la République soutient-il une reprise de la Société Générale par BNP-Paribas ?

Comment Christine Lagarde a-t-elle pu élaborer un rapport sérieux sur une affaire aussi complexe en seulement 8 jours ? Etc, etc...

Une crise de confiance peut également provenir d'une crise de crédibilité. Car la confiance implique un minimum de crédibilité . Ainsi, en continuant de prévoir un taux de croissance supérieur à 2% pour notre pays en 2008, en complet décalage, une fois encore, avec les prévisions de l'ensemble de la communauté économique nationale et internationale, le Gouvernement n'est pas crédible.

L'année 2007 l'a d'ailleurs souligné : Avec un taux de croissance de seulement 1,9% en France ( contre une moyenne de 2,7% dans la zone euro - c'est-à-dire dans les pays pour lesquels la parité euro-dollar est la même...! - et un taux de 2,2% aux Etats-Unis malgré leur ralentissement...), notre Gouvernement aurait, une fois de plus, mieux fait de corriger ses prévisions initiales quand il en était encore temps.

Mais une correction des prévisions de croissance impliquerait de fait une révision du budget de l'Etat. Or, cela, nos dirigeants n'en veulent pas. Réviser les recettes à la baisse et revoir en conséquence le programme de dépenses publiques exigent un travail compliqué d'analyse, de débats, de concertations et de prises de décisions, de surcroît impopulaires.

Ils ne se rendent pas compte que ce manque de responsabilité et de courage politique ampute considérablement la confiance et le respect que les citoyens peuvent avoir envers eux. Les gouvernements successifs ont beau chercher à nous aveugler avec le même optimisme béat et avec des prévisions de croissance qui n'ont de sens que pour effectuer l'exercice de l'équilibre budgétaire, les plus avisés d'entre nous ne sont pas dupes. Et l'ensemble des citoyens finit toujours par se rendre compte que la France réalise moins de croissance que les autres pays, que son pouvoir d'achat ne s'améliore pas, et que les prélèvements obligatoires augmentent.

Ainsi, malgré les discours sur l'instauration d'un " bouclier fiscal ", les prélèvements obligatoires s'élèveront en 2008 à 846 milliards d'euros, soit une augmentation de 6,8% en 2 ans !!!

La crédibilité, et donc la confiance, se construit aussi par un comportement . Ce dernier doit être en phase avec ses discours, et avec ses responsabilités de père ou mère de famille, de chef d'entreprise, d'élu(e) ou d'homme (femme) d'Etat. Les hommes et femmes politiques ont l'énorme responsabilité de conduire un pays et de jouer le rôle de guide. Leur attitude et leur état d'esprit se doivent donc d'être à la hauteur de leur mission. Le mot " exemplaire ", au sens que nous y avons donné dans d'autres articles sur ce blog, vient naturellement à l'esprit.

Mais nous ne devons pas oublier non plus notre responsabilité de citoyen ...! Ainsi, je trouve que les Français ne sont pas raisonnables à 2 points de vue : d'une part, en exigeant de Nicolas Sarkozy des résultats concrets sur le pouvoir d'achat au bout de 6 mois ; d'autre part en se laissant piéger par les discours démagogiques et les beaux slogans. Si la " demande " électorale ne change pas, " l'offre " ne changera pas non plus ...!

Le lien qui existe entre l'élu et le citoyen repose sur la confiance, et revêt un caractère contractuel : l'élu s'engage sur un projet, un programme, des promesses, ... et le citoyen lui délègue son pouvoir en contrepartie. Je parle bien d'une " délégation de pouvoir " : en démocratie, le pouvoir appartient au peuple. Pour des raisons d'organisation et d'efficacité, ce dernier désigne des représentants.

On est bien dans un mode contractuel : l'élu a l'obligation de tenir ses engagements et d'adopter un comportement digne de sa fonction. C'est la raison d'être du pouvoir qui lui est confié. S'il ne la respecte pas, le " contrat " est rompu, et la confiance part en fumée...

La confiance, c'est d'abord un don : Don de l'électeur qui accorde son pouvoir à l'élu, mais aussi et surtout don de soi à l'autre. Cela vaut dans le couple, entre amis, dans la vie professionnelle ou en politique.

La confiance fonctionne dans les deux sens : Le sens de celui qui se fie à l'autre, lequel, en retour, associe, délègue, partage et rend compte. En fait, la confiance est incompatible avec l'égoïsme, l'égocentrisme et le narcissisme.

Une équipe, par exemple gouvernementale, ne sera efficace que s'il y règne un esprit de confiance. De même, nos partenaires européens ne peuvent faire confiance à la France si, par la voix de son Président, elle se montre arrogante, ou si, par la voix de son Ministre de l'Economie et des Finances, elle attend sans cesse une hypothétique croissance pour réduire ses déficits publics, alors que nos partenaires savent, pour l'avoir réalisé eux-mêmes, qu'il s'agit simplement d'avoir la volonté politique de réduire ses dépenses publiques et ses gaspillages.

La confiance est pour moi une valeur-clé parce qu'elle repose sur un lien entre deux êtres, parce qu'elle est associée aux vertus de loyauté et d'honnêteté, et parce qu'elle renvoie à l'idée de croire sans preuve, de se fier à quelqu'un avec un sentiment intuitif de sécurité. C'est elle qui permet d'envisager une évolution positive de la société.



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