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Le chômage des jeunes dans l'Union européenne

Publié le 19 mai 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com

7,4 millions de jeunes en attente...


  par Clémence Charras   

Une étude de Nouvelle Europe

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Aujourd'hui, les 15-29 ans représentent 40% des sans-emplois que compte l'Union européenne, soit un total de 7.4 millions de jeunes Européens qui sont exclus du marché du travail. En 2007, la Commission européenne établit que le chômage touche deux fois plus de jeunes que d’adultes ; parmi les chômeurs âgés entre 25-29 ans, 50% d’entre eux connaissent un chômage de long terme. Face à cette remise en cause de la cohésion sociale de la Communauté et de l’avenir de sa croissance économique, quelles ont été les politiques européennes suivies ces dernières années en faveur de l'emploi des jeunes et qu’est-il permis d’attendre du marché de l’emploi de demain ?

La vulnérabilité des jeunes sur le marché de l’emploi en Europe

La Commission européenne a récemment mis l’accent sur le caractère paradoxal du marché de l'emploi dans lequel évoluent les jeunes aujourd’hui : « Alors que les conditions générales en Europe sont aujourd’hui favorables aux jeunes - liberté et sécurité, prospérité et espérance de vie allongée - la crainte qu’ils soient nombreux à ne pouvoir en profiter ne cesse d’augmenter » (Communication de la Commission, COM 2007 (498)).

Les jeunes qui sont actifs aujourd’hui occupent essentiellement des emplois dans les secteurs des professions intellectuelles et intermédiaires, du commerce, des finances et de l’immobilier ; ils sont également présents dans le monde de la restauration et du logement ou occupent des postes de salariés qualifiés dans des milieux autres qu'administratifs. Les analyses d’Eurostat pour 2007 témoignent pourtant d'une réalité sans appel : le pourcentage du chômage des jeunes est élevé dans tous les pays membres (tableau ci-dessous), particulièrement en Europe de l’Est.

Country Youth unemployment rate Country Youth unemployment rate

Austria 9.2 Lithuania 9.8

Belgium 20.4 Luxemburg 16.2

Bulgaria 19.5 Hungary 19.1

Czech Republic 17.5 Malta 16.9

Denmark 7.7 Netherlands 6.6

Germany 14.2 Poland 29.8

Estonia 12.0 Portugal 16.2

Ireland 9.3 Romania 21.8

Greece 25.2 Slovenia 13.9

Spain 18.0 Slovakia 26.6

France 23.1 Finland 18.7

Italia 21.6 Sweden 20.8

Cyprus 10.5 United Kingdom 14.1

Latvia 12.2 Croatia Not available

       

    Turkey 18.7

Au-delà de cette tendance générale, les disparités régionales et l'absence de parité homme-femme sont réelles et doivent être prises en compte dans la définition de politiques efficaces.

Causes, problèmes et évolution dans la perception du phénomène

Depuis les années 1980-90, les difficultés à l’insertion des jeunes dans le marché de l’emploi se sont accumulées. Tout d’abord, les restructurations rendues nécessaires par l’adoption des théories économiques néolibérales sont allées de paire avec la réforme des Etats-providence d’après 1945, conduisant souvent à une diminution des aides sociales, à la réduction du taux de remplacement et au rétrécissement du marché du travail. Flexibilité, dérégulation et privatisation ont été encouragées pour redresser la compétitivité des économies nationales, au risque de précariser les emplois.

En outre, la moitié des nouveaux emplois qui sont créés aujourd’hui requièrent en priorité de hautes ou moyennes qualifications. Si même les jeunes très qualifiés ont du mal à trouver un travail, il est clair que les jeunes peu qualifiés sont les plus vulnérables, d’autant qu’une fois embauchés, on attend encore d’eux qu’ils disposent de compétences bien plus diversifiées que les générations précédentes. Structurellement ensuite, le travail des jeunes s’est modifié : les emplois à temps partiels occupent 25 % des jeunes, les contrats temporaires 4 jeunes sur 10. Les voies qu’ils suivent pour intégrer le monde de l’emploi sont donc moins établies et plus incertaines qu’auparavant.

Le troisième facteur consiste en la diminution voulue des salaires qu’on leur verse : cette stratégie est à double tranchant. Réduire le coût du travail des jeunes peut certes inciter les employeurs à les embaucher en priorité, leur permettant ainsi d’obtenir plus facilement une première expérience du monde de l’emploi qui rendra leur profil plus attractif pour les futurs employeurs. En revanche, le risque de tomber dans un cercle vicieux existe, dans lequel le jeune est condamné à passer de petits boulots en petits boulots, mal payés et précaires, par manque de compétences plus élevées.

Enfin, l’inadéquation grandissante entre formation et emploi a de quoi inquiéter : pour éviter le chômage, de nombreux jeunes sont contraints d’accepter des offres d’embauche qui ne correspondent pas à leur formation ou qui demandent moins de qualifications que celles qu’ils ont accumulées (phénomène de déclassement). Si le soutien matériel et affectif de la famille fait défaut, le risque pour le jeune chômeur de sombrer dans la pauvreté est alors grand, qui traîne avec lui son cortège de maux : mauvaise hygiène de vie, absence de couverture sociale, difficulté d’accès aux soins médicaux… D’un autre côté, continuer à dépendre de l’aide familiale retarde l’accès à l’autonomie des jeunes, ce qui peut être source de tensions familiales et entretenir un sentiment d'échec et de non-reconnaissance, dangereux si cet état de chômage persiste.

Après avoir pendant longtemps considéré le chômage des jeunes Européens comme une situation temporaire, assurant le passage entre le monde de l’éducation et le marché du travail, la recrudescence d’un chômage de longue durée, qui coûte cher à la société, montre que cette transition est de moins en moins évidente. De plus, le vieillissement croissant de la population européenne est devenu une réalité dans les consciences : selon le Livre Vert de la Commission européenne sur la démographie en Europe (réalisé en 2005), la population jeune européenne (âgée de 15 à 24 ans) comptera, en 2050, 14 millions de jeunes en moins que celle d'aujourd'hui. Il apparaît d’autant plus urgent de construire une solidarité intergénérationnelle de façon à faciliter l’accès au travail des jeunes pour préserver la croissance économique européenne future.

Ce que l’Union européenne prévoit de faire : quels acteurs pour quels objectifs ?

C’est aux Etats membres de jouer le rôle principal et de prendre l’initiative de mesures propres à réduire le chômage des jeunes. En effet, la Communauté n’est pas qualifiée pour intervenir dans les domaines relatifs à l’emploi, la jeunesse, la cohésion sociale et l’éducation, qui relèvent des compétences exclusives des Etats membres. L’Union européenne détermine toutefois des objectifs communs à atteindre : la Méthode Ouverte de Coordination (MOC) offre alors aux Etats la possibilité de dialoguer dans une plateforme où sont mises en commun expériences, tentatives, idées pour construire ensemble des stratégies pour atteindre les cibles européenes.

L’Union peut ensuite offrir des aides financières spécifiques pour inciter les Etats à lutter contre le chômage des jeunes : en 2007 par exemple, la Grande-Bretagne a bénéficié du Fonds Social Européen directement destiné à accélérer l’insertion des jeunes dans le marché du travail. Outre les Etats, les autorités régionales, les associations pour la jeunesse, locales et nationales, les partenaires sociaux sont invités à prendre leurs responsabilités, tandis que la Commission a rappelé que les jeunes eux-mêmes devaient de fait être impliqués dans la définition des politiques sociales qui les concernent directement.

Concernant les objectifs que recouvre la lutte pour l’emploi des jeunes, ils ont été listés dans le Pacte Européen pour la Jeunesse, adopté en 2005 par le Conseil de l’Union européenne comme partie intégrante de la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi en Europe. L’accent est mis sur les cinq cibles suivantes : promouvoir des politiques d'accompagnement (monitoring), accroître le taux d’emploi des jeunes, améliorer la situation des plus défavorisés, en particulier ceux qui vivent dans la pauvreté ; encourager les employeurs à soutenir l’idée de responsabilité sociale, relativement à l'intégration professionnelle ; et enfin, développer l’esprit d’entreprise des jeunes. Pour parvenir à ces fins, toute une gamme de moyens et de programmes a été mise sur pied, dans le respect du partage des compétences entre l’union et les Etats-Membres.

Améliorer l’enseignement scolaire

L’Union européenne souhaite doter les futurs demandeurs d’emplois des qualifications et de l’expérience nécessaires à leur intégration sur le marché du travail. Cela implique notamment de réduire le taux d’échec scolaire (un jeune sur six a quitté le système scolaire prématurément) et de favoriser l'apprentissage de connaissances utiles tout au long de la vie, afin de supprimer le déclassement et le chômage de longue durée. Huit compétences ont été établies comme le bagage indispensable à la bonne socialisation du travailleur, à sa capacité d’adaptation et sa motivation au travail. Ces huit qualités sont respectivement : la maîtrise de sa langue maternelle ; celle de langue(s) étrangère(s) ; la connaissance des mathématiques et l’acquisition de compétences de base dans les matières scientifiques et technologiques ; disposer de compétences informatiques (digitales) ; développer l'esprit d'entreprise et enfin avoir accès à différentes œuvres musicales, artistiques…

L’Union européenne encourage ensuite très vivement les formations professionnelles, de fait de plus en plus prisées un peu partout en Europe ces dernières années, ainsi que les stages et le volontariat pour à terme faciliter la transition de la formation à l’emploi. Il a en effet été montré que les jeunes qui avaient déjà acquis une expérience de travail de six mois à la fin de leur formation s’inséraient plus rapidement dans le marché de l’emploi.

Derrière le principe de "responsabilité sociale" des employeurs, la Commission européenne entend que les stages des jeunes soient rémunérés de façon juste, et qu'ils soient suffisamment intéressants pour offrir à leurs parcours une réelle valeur ajoutée.

Renforcer la prise en compte, la transparence et la comparabilité des diplômes et formations ou expériences vécues est aussi indispensable : cela passe par l’adoption de diplômes standardisés, de programmes tels que "Europass", qui incite les jeunes à utiliser un CV européen, un portfolio européen pour indiquer le niveau de langue maîtrisé… L’idée de soutenir l’"esprit d’entreprise" des jeunes a pour objectif d’amener les Etats à réduire les contraintes fiscales et administratives qui entourent la création de projets, à encourager la prise d’initiative et l’inventivité des jeunes, de façon à ce qu’ils trouvent un emploi plus rapidement ou qu’ils deviennent eux-mêmes créateurs d’emplois au sein de leur propre entreprise.

Faciliter la mobilité des jeunes dans l’espace européen

Les programmes d’éducation ne manquent pas, à l'instar d'Erasmus ou du programme d’action Marie Curie, qui offre des bourses de mérite aux meilleurs étudiants et encourage les universités à envoyer leurs jeunes chercheurs en stage à l’étranger, pour une durée variant de trois mois à trois ans. Des portails d’information sur le Net ont également vu le jour, à l’image d’EURES (Portail de la Mobilité et de l'Emploi Etudiant).

Le dernier volet de ces politiques européenes concerne la volonté qu’a l’Union d’entretenir un dialogue structuré et régulier avec les jeunes et leurs représentants ; pour ce faire, des réseaux Internet ont été créés, des Sommets (comme celui de Rome, 2007, intitulé « Votre Europe » ) et une Semaine européenne de la Jeunesse ont été inventés. Tous les trois ans, l’Union publie un rapport sur la jeunesse. Parmi les interlocuteurs de la Communauté, on peut enfin citer le Forum de la Jeunesse européenne, une association internationale qui défend les intérêts des jeunes européens auprès des institutions européennes, de l’ONU, du Conseil de l’Europe… et qui sert de relais d’information entre les décideurs politiques et les jeunes.

En conclusion, si l'inquiétude suscitée par le chômage des jeunes au sein de l’Union européenne a conduit à la mise en œuvre de politiques et de mesures spécifiques, la route reste encore longue pour éradiquer chômage, pauvreté et inégalités de revenus auxquels les jeunes sont confrontés. Pour la Commission européenne, une seule solution efficace : développer une stratégie transversale, qui intègre la promotion de l’emploi des jeunes aux politiques de lutte contre le chômage en Europe de façon plus générale. Un bon point encourageant pour l'avenir de l'emploi tout de même : les jeunes qui travaillent sont aujourd’hui présents dans les secteurs les plus dynamiques en terme de création d’emplois.

Pour aller plus loin :

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Sur Nouvelle Europe

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La stratégie de Lisbonne ou comment dynamiser l'économie européenne1

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La Méthode Ouverte de Coordination : atout ou leurre ?2

   

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Ailleurs sur Internet

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3Portail3 de la Commission européenne pour la jeunesse

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Le Forum4 de la Jeunesse européenne 4

   

   


 

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