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Covoiturage a tué la finance !

Publié le 24 juin 2014 par Ecosapiens

vache-toitPris dans nos histoires de levée de fonds qui se fait avec WiSeed, sans WiSeed, avec d’autres ou avec vous, autant dire que le sujet « finance » et en particulier ce que l’on nomme la « finance solidaire » nous turlupine beaucoup. Bref !

J’ai écrit dans le billet précédent qu’une des raisons probables du désistement in extremis de notre interlocuteur financier était en dernier ressort l’appât du gain. On m’a reproché que c’était une posture idéologique.

J’ai poursuivi le débat avec le fondateur de Babyloan et le fondateur de WiSeed, deux aventures entrepreneuriales que je respecte et avec qui je ressens de l’empathie, ne serait-ce que parce qu’elles sont à la croisée, comme eco-SAPIENS,  des TIC et de l’éthique. Avec des nuances évidentes quand même !

Je reprochais à ces plateformes de crowdfunding d’avoir recours à d’autres plateformes pour se refinancer (Babyloan chez Anaxago et WiSeed… chez WiSeed) ce qui est un doigt dans un engrenage pervers où la finance passe plus de temps à financer la finance qu’à financer des projets. Et quand je vois la difficulté (juridique, technique) que nous avons à mobiliser des sommes bien moindres avec des indicateurs financiers équivalents sinon meilleurs, je me dis parfois que la finance est injuste. C’est mon côté naïf !

Surtout, en filigrane, je posais la question : « qui finance en dernier recours ? »
Des banques, des fonds privées, des hedge funds  très bientôt ?

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Je vous invite à lire le billet publié sur Mediapart qui est une attaque acerbe contre BlaBlaCar, site emblématique de l’économie collaborative. L’auteur, précurseur du site à l’époque où il s’appelait covoiturage.fr et où c’était gratuit, dénonce une évolution du service, devenant payant, opaque et fliqué. C’est un peu sévère envers le fondateur Frédéric Mazella qui a quand même « mangé des pâtes pendant des années » avant de connaître le succès en représentant 95% du covoiturage. On a quand même le droit d’être content quand quelqu’un, a force d’entêtement de persévérance, finit par y arriver !

Mais le billet proposé par Mediapart est quand même révélateur et fort instructif sur les « dérives » naturelles d’une prise de contrôle d’un projet « utopique » par un fonds d’investissement tellement capitaliste. On appelle cela, à défaut d’être précis, la « récupération par le système ».

La chose n’est pas si nouvelle et on aurait tort à mon avis d’accuser le capitalisme. C’est une question anthropologique, celle du don et du contre-don. Que Twitter, Skype et Facebook, services gratuits à l’origine finissent par nous harceler de pubs et à revendre les données personnelles à la NSA, on est dans la variante techno-moderne de Jules César capable de s’endetter à outrance pour lever une armée, franchir le Rubicon et rembourser les créanciers…

J’avais déjà interpellé les partisans de la conso collaborative qui fantasmaient encore sur le mythe de l’entrepreneur NTIC qui allait changer le monde certes… mais sans poser la question des moyens de ce changement. Si Covoiturage avait été une société coopérative, par exemple une SCIC, sûr que nous en serions fier comme l’on peut être fier de quelques vraies réussites comme BioCoop, la Nef ou Enercoop. Vraies réussites car sur le modèle transparent et démocratique, ce qui est loin d’être le cas pour le fonds d’investissement Isai…

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D’ailleurs le billet d’Evenstrood a un grand mérite, celui de proposer quelque chose d’alternatif, de le chiffrer (2€/an et par personne), et de montrer que ce service serait tout aussi bien rendu à moindre frais. Et que l’on serait donc réellement dans le partage, la mutualisation, la coopération. On est pas loi des exemples que je viens de citer. On peut aussi poser la question du rôle de l’Etat dans cette histoire (imaginez un site covoiturage.transports.gouv.fr ça donnerait quoi ? ou alors la SNCF qui proposerait du covoiturage comme pendant les grèves – eh eh c’est déjà le cas !)

La finance a obvieusement tué l’état d’esprit du covoiturage, comme le covoitureur tue l’auto-stoppeur et Airbnb le couchsurfer. Mais à l’inverse, on peut aussi dire que le covoiturage BlaBlaCar, par ses multiples dispositifs empêchant toute communication entre conducteur et passager a tué la finance… dans son sens étymologique. La finance, c’est d’abord la confiance ! le fiduciare (fides la foi) et le crédit (credo je crois).

Et moi, je continue à réfléchir pour savoir qui est le mieux placé pour changer ce monde : les citoyens, les entreprises, l’Etat ? Un peu des trois ?

En tout cas, je veux bien mettre deux euros par an dans un tel site internet. Vu que je ne paye pas de redevance pour cette télévision du service public


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