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Un système à bout de souffle

Publié le 04 juillet 2014 par H16

La France, c’est ce pays merveilleux où le temps est clément, les nourritures roboratives et les vins capiteux. C’est cette contrée magique des 35 heures et des RTT, des cinq semaines de congés payés et de la retraite à 60 62 64 65 ans. C’est cette fabuleuse région du monde où tout finit en chansons. D’ailleurs, c’est bien simple : tout le reste du monde envie ce pays, notamment son système de sécurité sociale…

Pourtant, il choisit prudemment de ne surtout pas le copier.

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D’aucuns pourraient trouver ça étrange, mais pour le coup, l’élite française a la réponse évidente à ce paradoxe factice : ce qui marche en France ne pourrait marcher ailleurs, parce que les Français ont un petit quelque chose, un je-ne-sais-quoi qui donne au système sa cohérence et permet la tendresse de tous ses participants, du premier cotisant au dernier des malades en passant par les personnels de soin, les administratifs et, bien sûr, Marisol Touraine sur laquelle il est bon de taper parfois parce que si vous ne savez pas pourquoi, elle, le sait.

Mais les faits sont têtus et indiquent d’autres raisons. Le je-ne-sais-quoi ressemble même, lorsqu’on sort des frontières, à un petit je-ne-sais-rien qui fleure bon le lavage de cerveau, obtenu par répétition inlassable d’un mantra accepté par tous, à savoir que sans ce système que nous connaissons, nous aurions :
a/ des pauvres qui ne pourraient pas s’assurer
b/ des gens qui mourraient dans les rues
c/ des riches qui auraient une super couverture santé
d/ des médicaments forcément inabordables, des docteurs aux prix prohibitifs, des soins minimalistes ou luxueux
e/ des morts de petit cheval et de chatons mignons par packs de douze.

Pourtant, lorsqu’on compare avec les autres systèmes du reste du monde, on se rend compte qu’il existe mieux ailleurs, sur tous les points de vue. Par exemple, en terme d’espérance de vie, la France est dépassée par plusieurs pays (Singapour, Hong Kong, l’Australie, Israël, le Japon, l’Espagne, l’Italie, la Suède ou la Suisse). Pour ce qui est du coût, on retrouve beaucoup de ces mêmes pays à faire mieux que la France (c’en est même quasiment comique pour les habitants de Hong Kong, qui dépensent un tiers seulement de ce que dépensent les Français pour leur couverture santé, et vivent presque deux ans de plus).

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Le plus gênant dans tout ceci est que si les coûts diminuaient régulièrement, le cotisant accepterait sans doute ces différences. Après tout, tout le monde ne veut et ne peut pas vivre à Hong Kong, ne serait-ce que parce qu’ils n’ont aucun cru classé (et je n’évoque même pas le fromage local, c’est une plaisanterie). Malheureusement, les coûts de la protection sociale française ne cessent de grimper.

Ces coûts qui grimpent ont une conséquence directe : certains Français renoncent à obtenir des soins pour des raisons financières. Et actuellement, la proportion des Français faisant ce choix grimpe à 25.7% (avec en tête les soins dentaires – la prothèse de plusieurs milliers d’euros remboursée une centaine doit nettement refroidir certains – et l’optique).

Parallèlement, si certains patients, n’ayant plus les moyens de bénéficier de ce système que le monde nous envie, renoncent à s’y faire soigner, on constate que certains docteurs renoncent quant à eux à donner certains soins. Un quart des patients bénéficiant de la CMU se voit ainsi refuser des rendez-vous avec les praticiens…

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On pourrait trouver cela gênant d’autant plus que ce sont précisément dans les populations les plus pauvres que les besoins de soins sont les plus grands.

Tout ceci est fort peu réjouissant, j’en conviens. Mais rassurez-vous : ce n’est pas fini puisqu’on apprend qu’à ces écarts de plus en plus grands entre la médecine de riches et la médecine de pauvres s’ajoute un déficit maintenant récurrent, et plus fort que prévu.

Devant ces éléments, quelques questions me turlupinent.

D’abord, où sont passés les déficits cumulés depuis des années ? Il n’y a en effet pas plus de scanners, pas plus d’IRM en France qui permettraient d’accepter qu’on a fait des dettes pour s’équiper. Or, par tête de pipe, la France se situe entre le Portugal et la Turquie pour l’imagerie médicale (les pays avec le plus de matériel étant le Japon, les USA et l’Italie). Le temps d’attente pour passer en IRM n’arrête pas d’augmenter, tout comme les files s’allongent aux urgences. Or, poser le bon diagnostic, en un temps rapide, c’est aussi gagner en efficacité de traitement et faire baisser les coûts de santé. Les médecins ne sont pas assez nombreux, pas assez bien localisés, pas assez jeunes ; on en importe, mais ils ne sont pas assez bien diplômés, pas assez fiables (le peuple a droit à des médecins qui sont propres sur eux, pas louches, qui parlent sans accent !), bref pas assez Français.

Ensuite, comment expliquer que les effectifs de la fonction hospitalière n’ont pas arrêté de croître ces quinze dernières années, passant de 873.000 en 1998 à 1.153.000 en 2012 alors que la qualité de soins fournie et la disponibilité des personnels n’a pas arrêté, elle, de chuter ? Peut-être les déficits sont-ils expliqués par ces effectifs… Mais avouez que s’endetter pour payer les salaires, ce n’est pas très rassurant. Et quand bien même : la population (et donc a fortiori, le nombre de malades) n’a pas augmenté en France dans les mêmes proportions sur la même durée…

Enfin, comment expliquer qu’on accroît sans cesse le nombre de personnes qui bénéficient de la couverture alors que dans le même temps, le nombre de contributeurs nets n’a pas cessé de diminuer (vieillissement, chômage, …) ?

Sécurité sociale

En réalité, on ne l’explique pas. Personne n’essaye même vraiment de trouver une raison à la croissance des déficits, si ce n’est les explications faciles et idiotes des collectivistes de gauche (« c’est parce que les rentrées sont trop faibles, demandons plus aux entreprises ! ») ou des collectivistes de droite (« c’est parce que les sorties sont trop fortes, distribuons moins aux immigrés ! »), sans que personne ne s’inquiète pourtant de voir ce qui est évident : il n’y a aucun lien entre ceux qui payent les soins et ceux qui en bénéficient, dans un système qui incite alors les premiers à tout faire pour diminuer leur apport, et les seconds à maximiser les services obtenus, sans que les uns soient jamais mis en rapport avec les autres.

Mathématiquement, c’est donc un système voué à l’échec et c’est cet échec auquel nous assistons actuellement.

Mais à cet échec financier s’ajoute un échec moral. Non seulement, la promesse d’une santé disponible à tous n’est pas tenue, non seulement le mythe de la santé gratuite ou même « bon marché » est largement oublié, mais en plus la promesse d’une qualité égale pour tous ne l’est pas non plus, loin s’en faut. La médecine française est maintenant à deux, trois ou quatre vitesses, séparant durablement les pauvres, qui n’ont pas toujours accès aux soins et aux prestations minimales voire bas-de-gamme, et de l’autre, les couches plus aisées voire riches qui, par réseau et petites combines, parviennent à trouver encore leur compte dans ce système inique, résultat pourtant prévisible d’une collectivisation délétère et d’une déresponsabilisation générale.

Le système français empile les dysfonctionnements, il n’apporte plus ni la qualité qu’on serait en droit d’attendre pour les sommes engouffrées, ni même l’égalité sur laquelle, pourtant, il est entièrement bâti.

Pourtant, ce ne sont ni les personnels dévoués, ni les équipementiers de pointe, ni les laboratoires innovants, ni les médecins compétents qui manquent. Ce ne sont pas les moyens financiers non plus puisque, on l’a vu, avec moins d’argent, on peut faire largement mieux et diminuer la charge sur les Français aurait le double bénéfice de leur redonner des marges de manœuvres et de pouvoir d’achat, et par voie de conséquence, de leur améliorer sensiblement la santé.

Le système est à bout de souffle, ce souffle dont on fait les utopies, ces utopies d’égalité et de déresponsabilisation, ces utopies de politiciens qui n’ont jamais eu le courage d’affronter la réalité.

Ce pays est foutu.

Un système à bout de souffle

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