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A Sheffield, l'homme d'acier s'appelle Vincenzo Nibali

Publié le 07 juillet 2014 par Jean-Emmanuel Ducoin
Dans l’ancien bastion de la sidérurgie, coup double pour l'Italien. Il remporte la 2e étape entre York et Sheffield (201 km) et s'empare du maillot jaune.
A Sheffield, l'homme d'acier s'appelle Vincenzo NibaliDepuis Sheffield (Grande Bretagne).
Le début d’été orageux et venteux, propice à la mélancolie de Juillet mâtinée de nuages denses, laisse heureusement quelques répits durant lesquels le soleil perce de lames presque aveuglantes. A mesure que nous nous enfonçons dans le pays, du nord vers le sud depuis hier, nos regards, dans le déroulé des kilomètres, se portent immanquablement vers les crénelures gommées des toitures aux faîtes des maisons de briques. Le Tour, qui aime voyager en contrastes, a quitté au matin York la select, « capitale » du chocolat britannique depuis cent cinquante ans (1), posant même son village-départ à l’intérieur du célèbre hippodrome aux effluves royaux, pour se diriger, toujours devant une marée humaine, vers Sheffield, ville jadis vouée à l’acier et à la bière, dont les contreforts jonchées de cités ouvrières, au-dessus de River Don, vous accueillent d’abord par le silence, puis par une invitation à la mémoire collective.
L’ancien bastion sidérurgique, qui faisait jaillir de ses fours la moitié de la production européenne d’acier au XIXe siècle, possède encore ça et là toutes les traces de la révolution industrielle, celle d’un âge d’or et de fer.Mais si Sheffield, longtemps surnommée « the Steel City » de par le monde, affiche fièrement le quatrième taux de population du pays (530.000 habitants), les années quatre-vingt sont passées par là et une autre Dame de Fer a mis fin au développement économique et au bien-être local jalousé à l’époque jusqu’à Liverpool et Manchester. « Les réformes Thatcher ? Une catastrophe humaine », explique Ryan Shynan, ancien élu travailliste d’un quartier populaire, transformé en bénévole pour la cause du Tour.
A Sheffield, l'homme d'acier s'appelle Vincenzo Nibali« Thatcher a laissé des ruines  et tué un savoir-faire de cinq cents ans. La ville a dépéri, touchée par la désindustrialisation, ce qui a eu des effets sociaux sur la santé, le logement. Le taux de chômage est passé de 2% à la fin des années 60 à 20% dans les années 80, et jusqu’à 60% dans les zones ouvrières. La ville a perdu plus de 100.000 habitants… dites-le aux Français ! »
Hier au réveil, « damned ! », les Anglais ont vécu un tout autre drame national. L’enfant du pays, Mark Cavendish (Omega-Pharma), blessé à l’épaule droite, a renoncé. Le Cav a demandé pardon pour avoir provoqué une terrible chute lors du sprint, samedi, « c’était de ma faute, je suis dévasté ». Une audace démesurée, une culbute, et adieu au rêve en jaune. Quoi qu’il en soit, cette 2e étape, longue de 201 kilomètres, parsemée de neuf côtes, n’était pas pour lui. Qui dit enjeu vital, dit intérêt avec passion. Car c’était bel et bien un profil aux allures de petit (tout petit) Liège-Bastogne-Liège et, sur la ligne d’arrivée, peu après l’ultime bosse de Jenkin Road, la bataille des leaders, déjà entamée, a tourné à la faveur de Vincenzo Nibali (Astana), devant un peloton totalement disloqué par les difficultés. L’Italien l’a emporté légèrement détaché, endossant un maillot jaune plutôt inattendu. Le premier coup de force d’un Tour décidément bien né.(1)Relativisons la qualité desdits « chocolats », Kit Kat ou Smarties pour la plupart… [ARTICLE publié dans l'Humanité du 7 juillet 2014.]

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