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Culture et classes populaires

Publié le 07 juillet 2014 par Ep2c @jeanclp

Voici ce que l'on peut lire dans l'introduction (page 10) d'un ouvrage récent des plus stimulants sur les politiques culturelles Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques ? de Denis Merklen (Presses de l'ENSSIB, 2013) :

Caillassages et incendies s'inscrivent dans trois mutations simultanées. Une mutation des classes populaires par laquelle un segment du monde populaire se détache du passé ouvrier qui le caractérisait et lui conférait une certaine intelligibilité pour se définir plutôt à partir de son inscription territoriale, de sa marginalité urbaine – au sens que la sociologie latino-américaine a donné à cette expression. Une mutation des politiques sociales et plus largement des politiques publiques dont la « politique de la ville » est l'un des éléments centraux, mutation par laquelle l’État a changé son rapport aux classes populaires et a ainsi contribué à l'autonomisation de ce segment que la société entière connaît comme »les banlieues ». Enfin, une mutation politique dont l'élément le plus saillant est donné par la difficulté des formations politiques traditionnellement liées au monde ouvrier à mobiliser aujourd'hui ce segment du populaire au sein duquel évoluent ceux qui brûlent les bibliothèques de quartier.

© Denis Merklen

Dans cette même perspective je signale une information publiée par Benoit Berthou sur Comicalités, un carnet de recherches hébergé par Hypothèses.org

Deux laboratoires (de l’université Paris 8 et de l’université de Lausanne) lancent un appel à communication intitulé : « Les dynamiques hégémoniques dans la culture populaire ». Cette proposition, qui débouchera sur une journée d’étude organisée en octobre 2014 à Paris, a le mérite de nous inviter à tenter de mieux cerner et définir une notion particulièrement vague à propos de laquelle l’appel à communication que nous reproduisons ci-dessous fournit une bibliographie et quelques pistes de réflexion. À la lecture de ce texte, une intuition se fait jour : plutôt que de penser la « culture populaire » au regard d’une opposition entre culture « illégitime » et « légitime » (ou « dominante »), ne s’agit-il pas plutôt de s’interroger sur le rapport entre la « culture populaire » et la notion « d’industrie culturelle ». Pour le dire autrement, le « populaire » est-il toujours « industriel » et soumis à un mode de production de la culture soucieux de diffuser largement et rentabiliser ses productions ? La réponse n’a rien d’évident et elle nous invite dans tous les cas à prendre certaines distances vis-à-vis de certaines théories du « populaire », ou du moins de « l’ordinaire » : Michel de Certeau désignait par exemple celui-ci sur le mode de l’usage, comme un ensemble de procédures se proposant d’employer des produits ou biens culturels issus d’un ordre « dominant ». « Populaire » pouvait alors désigner un mode d’appropriation ; mais un « populaire » entendu comme « une arme aux mains des industries culturelles, à la fois commerciale et idéologique » devrait à l’inverse être entendu comme un genre, un certain type de produits culturels, peut-être conçus à des fins et selon des moyens bien précis.

(…)

Extrait de l'appel à communications :

Cette journée d’étude vise à mieux définir la culture populaire, en prenant notamment en compte les différentes dynamiques contemporaines qui ont largement modifié son visage (digitalisation, effondrement de différents marchés liés à des produits). Pour saisir la tension entre la culture populaire et sa récupération, il s’agira de cerner les acteurs de ces deux facettes, tant les sujets du populaire que ceux qui sont à la manœuvre au sein des industries culturelles. C’est grâce à cette meilleure compréhension que l’on sera à même de mesurer les processus hégémoniques et contre-hégémoniques qui sont en jeu dans les cultures populaires.

Lire l'appel à communications et la bibliographie

Il convient aussi de signaler une étude récente sur le rapports des classes populaires à la culture du numérique :

Démocratiser la culture multimédia ? Usages et apprentissages en milieu populaire, de Fabien Labarthe (Maison des sciences de l’Homme -2014)

Une enquête ethnographique, au plus près des usages et des apprentissages, portant sur ce que produit un équipement destiné à permettre un « accès à la culture » à des publics dits éloignés.

Extrait de la recension de cet ouvrage par Patrice Carré sur nonfiction

(...)

C’est l’un de ces ECM marseillais qui est au centre du travail de Fabien Labarthe. Il s’agit de la friche la Belle de Mai. Situé dans le 3e arrondissement de Marseille, c’est un quartier qui se trouve dans l’arrondissement où la proportion de la population est la moins diplômée et le taux de chômage le plus élevé du territoire marseillais. Si l’intérêt de F. Labarthe s’est initialement tourné vers les relations entre artistes et animateurs multimédia au sein de l’ECM, son attention s’est vite transférée vers les jeunes qui fréquentaient cet espace. Après avoir rencontré un animateur multimédia - qui a joué le rôle de ce que les anthropologues ont coutume d’appeler un informateur privilégié et qui s’est vite révélé médiateur, au sens que Michel de Certeau et Luce Giard  donnent à ce terme, à savoir la figure de l’individu-ressource capable de susciter l’intérêt et la curiosité, d’initier des usages inédits et des idées novatrices que les autres membres du groupe adopteront à sa suite – F. Labarthe s’est posé la question de savoir comment ces « jeunes » issus de « quartiers » se sont comportés au contact d’artistes et d’animateurs socio-culturels. L’enquête le conduit, à partir d’exemples toujours très concrets, à passer au crible de l’analyse un certain nombre de notions théoriques. Ainsi au fil des pages s’interroge-t-il sur la notion de public et sur ce qu’est « faire public », comment se fabrique et se construit un public.

(...)

Pour conclure, F. Labarthe revient sur la question de la « démocratisation culturelle » qui, dans notre pays, se trouve au cœur des débats sociologiques et politiques depuis près de cinquante ans. Aujourd’hui, nous dit-il, une telle notion est en perte de souffle, sinon de sens. Tout se passe comme si désormais seul le numérique était en capacité de démocratiser la culture. Ce que nous montre bien son travail, c’est qu’effectivement l’ECM de la Friche apparaît comme étant susceptible de faire émerger un nouveau public de (et pour) la culture, si l’on entend par là la fréquentation inédite d’une structure culturelle par une population qui y est statistiquement sous-représentée. Mais si son enquête est historiquement datée (au début des années 2000, le matériel multimédia est onéreux et peu familier pour des jeunes de quartiers populaires) la période et le terrain choisis par l’auteur restent particulièrement intéressants. C’est sans doute son approche de l’autodidaxie collective – et l’observation des rapports de partage et de mise en commun qui s’instaurent alors -  qui aujourd’hui encore me semble d’une grande actualité. On lira ce travail en le mettant en rapport avec les travaux récents sur la « littératie numérique » et sur l’inclusion numérique, je pense notamment au récent rapport du Conseil National du Numérique 

© Patrice Carré sur nonfiction.fr

Lire la recension.

Voir aussi, l'entretien avec Monique Pinçon-Charlot et Michel Pincon publié dans l'Humanité Dimanche du 27 juin 2014.

La politique de la ville conduit à territorialiser les difficultés des classes populaires. On utilise des critères géographiques pour nommer ces territoires : zones, banlieues, quartiers, cités. Cela a été initié sous François Mitterrand en même temps que la décentralisation, dans les années 1980, au moment où s’est mis en place le néolibéralisme. Cette phase du système capitaliste où on dérégule les marchés et où la finance prend le pouvoir sur le politique. À ce moment-là, se met en oeuvre une guerre de classes avec des champs de bataille qui concernent tous les domaines de l’activité économique et sociale, dont l’espace géographique, avec la « compétitivité des territoires ». Il s’agit de rendre les territoires riches attractifs pour le capital et pour les entreprises, avec l’aide de l’État, bien entendu.

Lire l'entretien

Culture et populaire, c'est aussi le thème du consistant dossier du dernier numéro du Bulletin des bibliothèques de France

Entre autres signatures : Olivier Donnat

Le populaire à l’épreuve de la diversité culturelle

La diversification des pratiques et des contenus culturels ne semble pas avoir favorisé la démocratisation de l’accès à la culture : le rejet de la « culture cultivée » s’est au contraire accru dans les milieux populaires, tandis que la culture populaire demeure tenue à distance par les milieux diplômés malgré une revendication d’éclectisme désormais légitimé, « branché », mais dans lequel se glisse en réalité un véritable rejet du populaire.

Anne-Marie Bertrand

La lecture, populaire ?

Après des années de méfiance au cours desquelles la lecture n’était pas conseillée pour le peuple dont on attendait surtout une docilité sociale et politique, le paradigme s’est inversé dans les années 60 dans une perspective émancipatrice, puis dans une sorte d’impératif de culture : voilà qu’il faut lire à tout prix ! Quel rôle les politiques publiques et les bibliothèques ont-elles joué et jouent-elles désormais dans l’accès réel du plus grand nombre à la lecture, dans un contexte technologique en pleine mutation ?


Christophe Evans.

Les publics populaires.

Malgré la difficulté à définir la notion de « milieux populaires », ces derniers recouvrent bien une réalité sociale qui ne saurait être marginalisée. En termes de fréquentation des bibliothèques, la sociologie qualitative apporte des nuances et des subtilités que les simples constats statistiques de sous-représentation du public adulte ne permettent pas nécessairement de cerner : la question des usages et des représentations devient centrale pour comprendre tous les enjeux, malentendus, attentes et rapports de force qui sous-tendent les relations qu’entretiennent les milieux populaires et ces institutions culturelles en mutation que sont les bibliothèques.

Acceder au sommaire et aux articles du n° de mars 2014 du BBF La culture, populaire ?

Je reviendrai prochainement sur Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques ? de Denis Merklen, en particulier sur ses dernières pages : Les classes populaires dans la tourmente de l'individuation.

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Titre :La Cité des sens
ISSN : 2270-3586

          

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