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Comment Hollande a «tué» Mélenchon

Publié le 24 juillet 2014 par Blanchemanche
Jean-Luc Mélenchon, en juin dernier, à Paris.
FIGAROVOX/ENTRETIEN - Coup de théâtre : Jean-Luc Mélenchon souhaite prendre ses distances avec la vie politique française. Thomas Guénolé analyse la longue descente aux enfers du leader du Front de Gauche après le premier tour de la présidentielle de 2012.
Thomas Guénolé est politologue et maître de conférence à Sciences Po, docteur en sciences politiques (Sciences Po - CEVIPOF). Il est l'auteur du Petit guide du mensonge en politique(éditions First, 12€, 158 pages), sortie en librairies le 6 mars 2014
FigaroVox: Comment François Hollande s'y est-il pris pour neutraliser Jean-Luc Mélenchon?Thomas GUÉNOLÉ: Que ce soit aux législatives de 2012 ou aux municipales de 2014, le mode de scrutin à deux tours impliquait pour les élus sortants du PCF de passer alliance avec le PS s'ils espéraient être reconduits. Dans leur écrasante majorité, c'est donc ce qu'ils ont fait. Par conséquent, Jean-Luc Mélenchon n'a pas pu systématiser sa ligne d'opposition au gouvernement PS, car cela aurait supposé dans les deux cas des candidatures autonomes du Front de gauche partout au premier tour.Par conséquent, François Hollande n'a pas eu besoin de manœuvrer pour affaiblir Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche: face aux modes de scrutin de la Ve République, les divergences d'intérêts et de stratégie en son sein s'en sont chargés pour lui.Cela étant, cette grille de lecture n'explique pas pourquoi, de nouveau rassemblées pour leseuropéennes, les forces du Front de gauche ont fait un très mauvais score: 6,5% des voix.N'est-ce pas parce que le Front national a fait le plein des voix eurosceptiques, y compris au détriment du Front de gauche?Non. Le Front national ne gagne pas d'électorat: son maximum, son «réservoir», reste à 14% de l'électorat total. Mais depuis 2012, à part à la présidentielle, les réservoirs de tous les partis se mobilisent peu, tandis que le réservoir du FN, lui, se mobilise très bien. Par exemple, aux européennes, la participation de l'électorat total a été de 43,5%, mais le FN, lui, a mobilisé 78,5% de son réservoir!En d'autres termes, la question centrale pour le Front de gauche, c'est de déterminer pourquoi son «réservoir» s'est autant démobilisé: je n'ai pas d'éléments de réponse à cette question.
La question centrale pour le Front de gauche, c'est de déterminer pourquoi son « réservoir » s'est autant démobilisé.
Jean-Luc Mélenchon a-t-il une responsabilité dans la démobilisation de l'électorat du Front de gauche depuis la dernière présidentielle?Par définition, oui, puisqu'il est chef de file et meneur charismatique de cette force politique. Reste à déterminer ce qui ne va pas. Je pencherais plutôt pour l'hypothèse suivante: ses messages politiques ne correspondent pas suffisamment aux préoccupations des électeurs d'extrême gauche et de gauche socialiste. Depuis deux ans, le point de départ de ses interventions publiques est presque toujours l'agenda des réformes du gouvernement, pour en attaquer la teneur. Peut-être remobiliserait-il davantage les électeurs d'extrême gauche et de gauche socialiste si le point de départ de ses interventions redevenait plutôt les propositions de son camp sur leurs préoccupations quotidiennes: le chômage, le couple santé-retraites et l'appauvrissement, notamment.À cela s'ajoute sans doute un problème de forme. Jean-Luc Mélenchon a lui-même théorisé la méthode du «moteur à explosion»: pour attirer l'attention, il attaque frontalement un groupe d'intérêt, un adversaire politique, voire le journaliste qui l'interviewe ; et une fois l'attention obtenue, il déploie son message politique. Au stade de notoriété et d'exposition médiatique qu'il a atteint, il n'a plus besoin d'en passer par là: a contrario, il gagnerait probablement à se départir de son agressivité formelle, sans rien avoir à atténuer de sa fermeté sur le fond.En vue de la prochaine présidentielle, Jean-Luc Mélenchon reste-t-il le meilleur candidat pour porter les couleurs de la gauche radicale?Je ne vois pas qui dans cette portion du paysage politique se révèlerait d'ici là plus charismatique, meilleur orateur ou meilleur débatteur que lui.

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