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Les Européens doivent-ils « dialoguer » avec le Hamas » ?

Publié le 20 mai 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com
Mardi, 20 Mai 2008 16:49


L’éditorial de Daniel Riot
Il n’y a pas 36 façons de mettre fin à une guerre. Soit l’un des camps est vaincu, réduit à la reddition. C’est la loi du plus fort. Soit les deux camps parviennent à établir un modus vivendi, un compromis, un accord de cohabitation. C’est le règne du compromis.

Quel chemin peut mener à la fin de la guerre dans cette Terre trois fois sainte déchirée entre Palestiniens et Israéliens. Car de guerres, il s’agit bien. Même si l’on parle de terrorisme ou de guérilla que de batailles rangées… Deux guerres, même, s’y superposent.
Celle entre Palestiniens et Israéliens. Celle entre Palestiniens. Deux guerres qui se nourrissent l’une de l’autre.
Le chemin de la force ? Peut-être… Mais chaque « guerre » de ces 60 dernières années, n’ont été que des batailles d’un même conflit, entrecoupées de pauses qui ont trop démontré que l’arrêt des combats, ne suffit pas à établir la paix.
Le chemin de la négociation ? Il a été emprunté, heureusement, à plusieurs reprises après des conflits ouverts, entre l’Egypte et Israël notamment. Mais la plupart des « compromis », des « accords », des « processus » n’ont fait taire les armes ou cesser les attentats que très provisoirement. Sans permettre d’établir cette sécurité sans laquelle le mot paix est vide de sens….
Alors ? La force seule ne sera jamais suffisante à faire « gagner » durablement l’un des camps. C’est en faisant ce constat que la diplomatie française, timidement, vient de tenter de nouer le dialogue avec le Hamas, qui est au cœur des deux guerres en question : l’israélo-palestinienne et la palestino-palestinienne.
Pourquoi pas ? Paris avait eu la même « audace » quand la diplomatie française prenant le risque de dialoguer (et même de venir au secours d’Arafat… L’Histoire ne lui a pas donné tout à fait tort, même si l’ex-terroriste « ennemi public n°1 » n’a pas su afficher toutes les qualités qu’il aurait du avoir à la tête de la « Haute Autorité ». « Un jour vous regretterez Arafat », avait déjà dit, Mitterrand …à ceux qui refusaient tout dialogue avec l’OLP.
Après tout, quand Golda Meir avait des contacts secrets avec le roi de Jordanie en pleine guerre, elle faisait aussi une démarche audacieuse : un après-guerre réussi ne doit-il pas se préparer dans la guerre ? Il ne faut pas confondre le courage de voir la réalité telle qu’elle est, et l’esprit « munichois », de la lâcheté fière d’être…lâche  Prendre contact avec un ennemi, surtout au niveau d’un ambassadeur en retraite, n’est en rien reconnaître la légitimité de cet ennemi et afficher une quelconque faiblesse…même si le proverbe célèbre ne doit jamais  être oublié : « Si tu manges ta soupe avec le diable, prend une cuillère plus grande que la sienne »…
Tout cela pour dire que les leçons données par Washington à Paris à la suite des révélations du Figaro n’ont pas grand intérêt. Les Américains eux-mêmes n’ont-ils pas des contacts « secrets » avec tous leurs ennemis ?
« Les contacts de la France avec le mouvement radical palestinien Hamas ne sont ni sages ni appropriés ni même utiles », a estimé le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack.» Notre position reste que le Hamas devrait être forcé de respecter les exigences de la déclaration du « Quartette de Londres ».
Il a formellement raison : en janvier 2006 à Londres, Européens et Américains se sont engagés à ne pas entretenir de relations avec le Hamas tant que ce mouvement ne reconnaîtrait pas l'Etat d'Israël, n'accepterait pas l'acquis des discussions de paix et ne renoncerait pas à la violence. Mais quels progrès avons-nous enregistré depuis cette prise de position ?
Deux autres questions se posent pour pouvoir apprécier cette démarche française :

  • Pourquoi avoir décidé de ces prises de contacts d’une façon unilatérale ? On ne peut pas appeler de ses vœux une diplomatie européenne commune et jouer ainsi les « cavaliers seuls » ?
  • Pourquoi l’ex-ambassadeur qui a joué les agents de liaisons a-t-il rendu publique sa démarche qui, visiblement, n’a pas abouti à un résultat positif quelconque ?


L’hypothèse d’’un ballon d’essai est la plus plausible. Mais le sujet est trop sensible pour que des explications plus convaincantes que celles données par Bernard Kouchner (qui confirme les faits) soient données.
"Nous ne sommes pas les seuls à entretenir ce type de contact", a dit Kouchner. A bon ? Et qui d’autres ? "Nous ne sommes chargés d'aucune négociation", a-t-il précisé. Mais alors pourquoi en parler ? Pour compenser cyniquement les élans pro-israéliens affichés à l’occasion du soixantième anniversaire de l’Etat d’Israël ? Pour jouer une partie de billard diplomatique en pensant aussi au Liban, où les tentatives de médiations françaises n’ont guère eu de brillants résultats malgré la débauche d’énergie (bien) médiatisée ?
Il est logique que les diplomaties dans leurs pratiques les plus hypocrites aient des volets « secrets ». Réalisme oblige. Mais des « secrets » rendus publics d’une manière partielle dégagent une impression de flou, de flottement, d’hésitation, qui ne sert guère la crédibilité de ceux qui oublient que le silence est aussi une forme d’éloquence. Surtout quand les contacts révélés n’ont visiblement rien donné de très avouable ou louable….
Daniel RIOT

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