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Le voyage en egypte

Publié le 20 mai 2008 par Patrickpike @Notules
LUNDI 05 MAI 2008
Il pleuvait doucement ce lundi 5 mai sur le tarmac de la base aérienne de Cognac où nous attendions le Casa venant de Mont-de-Marsan pour nous envoler vers Villacoublay. Lorsqu'il se posa, le colonel Carré, commandant de la BA 118, descendit à l’arrière de l'appareil avec le commandant de bord pour nous accueillir. Ce pilote aurait pu être Guillaume, car ce Casa, il l'avait piloté; lorsque je le sus, une fois monté à bord, l'émotion m'étreignit, plus qu'imaginant, voyant son beau visage se tourner vers moi du poste de pilotage et son sourire si radieux accompagner ce geste qui lui était coutumier, de ses doigts dans un V de victoire. Ô mon enfant, mon petit, je sais que le bonheur eut été à son comble pour toi de piloter pour tes parents et leur montrer ton talent. Il ne m'était pas facile de dissimuler mes larmes.
A mes côtés, le mari de Laurence, Philippe, silencieux et songeur, souffrait le même tourment que moi. A peine nous échangeâmes quelques mots. Je respectais sa solitude, mais comme j’aurais aimé lui dire que mon coeur saignait autant que le sien, et poser ma main sur son épaule. Je te le dis ce soir Philippe, comme je le dis à vous tous. Nous sommes si proches, comment se peut-il que tant de pudeur nous oblige si souvent à taire les plus simples marques d’amitié?
Il y avait avec nous, outre le colonel Carré, le commandant de l'escadron "Ventoux", le Ltt Colonel Dubois, le Ltt Normand ami de Guillaume et son ami de fac, Régis Lachaud. Bien sûr deux autres familles nous attendaient, les parents, la compagne et deux des enfants d'Hervé Bouffénie, sourire et joie dans cette grisaille, ainsi que Lydie l'épouse de Yann Poilly, parties de Mt de Marsan. Nous étions montés dans le Casa avec Patricia Durand, un de ses fils et un ami de Dominique. Le capitaine Isabel de Lestapis, commissaire de base, était notre accompagnatrice. Cinq familles étaient déjà rassemblées, avec trois assistantes sociales de la BA 118, dans l'hypothèse où certains aient besoin de leur aide, ce qui parfois fut le cas. L'avion était configuré pour le largage de parachutistes, et nous étions assis face à face, sur des sièges de toile. L'aventure débutait.
C'est ce lundi 5 mai, alors que nous embarquions, que parut dans la presse une dépêche de l'AFP précisant que le rapport de l'accident n'était pas encore publié, mais que des fuites émanant de personnes proches du dossier, laissaient entendre que les conclusions étaient telles qu'on nous le serinait depuis presqu'un an, l'accident étant dû "de façon quasi certaine" à une erreur de pilotage. J'y reviendrai ultérieurement, sachant, nous tous, désormais de façon certaine qu'il n'en fut rien. Le rapport avait été transmis aux autorités compétentes. Ce que je voudrais signaler, c'est que cette coïncidence me paraît étrange, d'autant que le vendredi 3 mai je reçus un appel téléphonique me demandant de ne pas aborder le sujet avec Hervé Morin, n'en étant pas encore informé. Ne partant pas pour le Sinaï avec cette intention, je précise au personnel de son cabinet qu'il était inutile de s'en inquiéter, mais que cette diligence précautionneuse de leur part émise par le biais de mon avocat, me laisse perplexe. Savaient-ils donc que les fuites existaient, deux jours avant que la presse en parle?
Nous atterrîmes à Villacoublay sous le soleil. Après avoir rejoint puis quitté nos chambres réservées, nous retrouvâmes autour du buffet dressé pour le dîner, les autres membres des familles. Les parents de Dominique Durand; les parents et beaux-parents de Laurent Pottier et son épouse Sandrine; Nathalie, sa femme et une des filles de Dominique Grau; Brigitte Dumetz, la maman de Yann Poilly; Hélène Flégo et son frère, la maman de Julien; et la maman, Lydie, de Benoît Chevalier venue du Canada avec quelques membres de sa famille. Je l'ai dit, cette femme est admirable; ayant perdu son mari et deux fils, elle sut venir à nous, à la fin du repas, allant de table en table nous dire des mots de courage nous offrant, en plus d'un souvenir du Canada, ce délicieux sirop d'érable, son réconfort et son amitié. Merci à vous Madame Chevalier pour votre sourire et la force émanant de votre personne. Puis un peu plus tard dans la soirée, le colonel Christophe de Cugnac nous rejoignit.
Mais avant que le repas ne débute, le général Patrick Rousseau nous accueillit dans la grande salle en sous-sol, fraîchement repeinte, du mess de la base. Mes compliments général, à vous et vos collaborateurs, pour votre réception et l'organisation parfaite tout au long de ces quatre jours. Merci surtout pour votre présence constante au cours de ces jours difficiles. En jugement d'homme il est rare que je me trompe, et si nous n'avons échangé que quelques mots, ils me suffisent, ainsi que votre manière d'être, pour affirmer que vous méritez la plus grande estime.
Un mot, juste un mot, pour un ami de Guillaume, le commandant Vincent Fougère avec qui il était et volait sur la base d'Aix. Son émotion à ne pouvoir se joindre à notre groupe nous laissa tous deux au bord des larmes.
Que ceux que j'oublie me pardonnent; tout comme je n'ai pas cité les membres de ma famille, ils y sont intimement associés. Déjà les marques de la fraternité commençaient à nous souder.
Le réveil du lendemain devait sonner très tôt. Nous nous quittâmes pour rejoindre nos lieux de repos. Devant l'immeuble où la chambre m'attendait, avant d'y monter dormir, je fumais une cigarette en faisant quelques pas. La nuit se reposait entre les murs calmes des bâtiments de cette ville immense au coeur d’une autre ville. Parfois une voiture passait. La quiétude et la douceur que j'éprouvais sous la faible lueur de quelques réverbères ne s'évanouissaient pas sous la fraîcheur du léger vent de ces premiers jours de mai. Demain nous partions vous revoir, ô mes enfants perdus.

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