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Ruptures

Par Gentlemanw

"Je vais te quitter ..." avaient été ses premiers mots, ceux d'une longue phrase, de plusieurs instants avec quelques silences lourds. Lui si discret en général, peu expressif de ses sentiments sous forme verbal, mais avecd es gestes si doux, mon amoureux, il m'annonçait une pause, voire une fin. Rien ne semblait clocher entre nous, je n'avais rien vu venir, une impression forte de saut dans le vide, plus encore quand il avait pris un sac, quelques affaires, sa veste, ses clefs. Le claquement de la porte, sa colère encore comme parfum derrière lui, le silence, le vide.

J'étais assommée, même pas encore consciente de la blessure, ni de ce couple cassé que je croyais être avec lui, j'étais assise sur le canapé, nos deux tasses de thé devant moi, les croissants, les magazines, un bouquet de fleurs. Chaque dimanche, et parfois d'autres jours où nous pouvions être ensemble, profitant de nos matinées, il se levait, se douchait, fonçait chez le boulanger, revenant pour préparer notre petit déjeuner, ici dans le salon, parfois sur notre petite terrasse, parfois au lit, où doucement je me réveillais. l'odeur du pain frais, du thé fumé, des confitures, tout était là devant moi, sans lui.

Je n'avais pas à me poser les interrogations habituelles autour du "pourquoi", il m'avait énoncé certaines fractures entre nous, entre lui et moi, entre nous, entre nos univers de vie qu'il trouvait différents soudainement. Mais là aussi, sur le temps, il avait donné sa version, son regard, son degré de lassitude. Et pourtant il était si amoureux, ce matin encore, ses bisous à notre réveil, sa sensualité, ses bras. Hier encore ses projets, notre discussion autour du mariage d'amis communs le week-end dernier, les repas en terrasse récemment, les balades d'été avec les copines, les pique-niques improvisés entre amis. Tout cela nous faisait sourire, depuis deux ans, presque trois que nous formions un couple.

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Le thé coulait en moi, me donnant de la chaleur, m'imposant encore sa présence, et ses mots qui revenaient. Son exposé avait été complet, soudainement libéré, et conforme à son pragmatisme habituel. Sans réelle colère, juste peut-être en conclusion, il avait précisé les points de rupture. En expliquant toute sa souffrance, plus que son incompréhension, en mesurant chaque mot, pour ne pas me blesser mais pour m'expliquer pourquoi il partait. Pas de concurrente, pas de femme en substitution, mais une attente de mon côté, une attente qu'il trouvait trop longue aujourd'hui.

Dans mon long pull informe, dans mon pantalon de coton léger, roulée sur moi-même, je m'observais dans le miroir posé au sol, pour agrandir notre petit appartement, pour renvoyer le soleil, pour me renovoyer l'image de certains reproches. Trentenaire, avec un bon job où je m'épanouissais, en bonne santé, avec des parents divorcés et remariés, une famille recomposée qui brillait par sa diplomatie, j'étais heureuse, surtout avec ce grand brun, si gentil, si attentionné. Mais dans ce miroir, il me l'avait dit avec justesse, ce n'était plus qu'un pâle reflet de moi, du moins d'une image différente de celle de nos débuts, de celle qu'il l'avait charmé. Séduit, victime de notre amour, son seul sourire dans sa colère, car il devait y croire encore, il avait succombé à mes rires, mes joues rouges après notre premiers baisers, nos balades. Malheureusement il ne voyait plus les petites ballerines, les robes légères d'été, les jupes et les petits hauts qui moulaient si bien ma petite poitrine, celle de ses rêves m'avait-il avoué. Le léger m'avait quitté, la féminité aussi avec. Lui délicat, et amateur de cette silhouette fine, presque brindille, et de mes hanches, si voluptueuses à ses yeux, il ne voyait plus que mes jeans, que mes pantalons de toutes formes, les flares, les 7/8, les slims, mais toujours des pantalons. Même si il aiamait ma mode, mes changements, il ne voyait plus qu'une étagère du dressing, le même toujours le même, le confort et le standard qui faisait oublier le glamour de notre première année. D'autant que nous nous étions croisés souvent avant, des amis communs, des soirées, mes célèbres petites robes noires, mes escarpins, mes bottes, mon identité. Il avait ramassé mon haut talon, un jour de pluie soudaine, tombé dans l'escalier vers le salon, on avait ri, il l'avait glissé à mon pied, le prince charmant. Nous ne nous étions plus quitté, capté par mes jambes, par ce drapé en jersey noir si fluide, par son caractère doux, par ses paroles assurées sur la mode, par ses compliments sur mes choix de mode.

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Lasse de mon confort, tombée dans la routine, happée par le boulot, par notre vie commune bien installée dans cet appartement chaleureux, notre cocon, peut-être envieuse des copines mariées, maman même, mais elles avaient pris juste de l'avance, je ne voyais plus mon image, je ne cherchais peut-être plus à le séduire. Je l'avais pour moi. Facilité du matin, de tous les matins, de toutes les saisons, il avait vu le temps devenir gris, ma féminité se diluer dans des ensembles plus classiques, plsu sobres, plus masculins, plus mornes, plus fades. Ses mots, tout à l'heure sonnait justes, comme un jugement un peu, mais aussi comme une simple synthèse, un rappel de mes deux dernières années. Toujours une raison de ne pas mettre mes petites robes noires ou autres, pourtant achetées sur un coup de tête, en soldes ou plein tarif, mais elles ne faisaient que remplir le coin du dressing. Même les escarpins se glissaient moins souvent en bas de mon slim, mes chemisiers n'étaient plus que des tops, souvent sans autre forme que le confort. Même la lingerie, j'étais passé de la dentelle au coton coloré, des dizaines de couleurs, mais si peu de combinettes, de bodys, qu'il adorait sur mon corps de jeune femme. Entre ses mots, il y avait eu ses phrases dures, impactantes "Rappelles-toi quand tu as porté une de tes petites robes noires, pour la dernière fois ? Et tes jolis ensembles de lingerie, de dentelles et de soie, nos complices instants de délicatesse, de sensualité, quand ?". Non il n'avait pas énuméré une liste de mes atouts au féminin. Non, il n'avait pas fait un suivi comptable, mais il avait vu se diluer cette féminité vers le facile, vers une sobriété amorphe comme mes sweats. Et il aiamit cette douceur, mais en équilibre, en harmonie de mes instants si glamour. Il avait perdu de vue mon élégance, et par delà même la femme qui allait avec. Moi.

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Un bip, un sms, plusieurs sms.

"Je suis désolé d'avoir dû te dire tout cela, car j'aimais cette mode qui me paraissait être une partie de toi."

"Je pense tout ce que j'ai dit, car si je recherche en toi cette femme, c'est elle que j'aime encore, Toi."

"Tout est question d'harmonie, et j'aime ce cocktail subtil quue tu as avec ta mode, ta silhouette, ton corps, ton caractère."

"Je ne cherche pas à avoir raison, ni à orienter tes choix, j'ai juste exprimé mon désir de toi, de cette femme si élégante que tu incarnais."

Après de longues minutes, des larmes, des regards dans le miroir, je me suis levé pour aller dans notre dressing.

"Je t'aime !"

Nylonement


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