Remaniement : Où va l'écologie ?

Publié le 27 août 2014 par Arnaudgossement

Le parti Europe Ecologie Les Verts a refusé de participer au Gouvernement Valls II, nommé ce 26 août 2014 par le Président de la République sur proposition du Premier ministre. Une décision, à mon sens malheureuse, qui appelle sans doute un tournant dans l'histoire de l'écologie politique.


Lorsque l'on s'intéresse au droit de l'environnement, il est difficile de ne pas s'intéresser aux décisions et stratégies de celles et ceux qui portent ou disent porter les thèmes de l'écologie, du développement durable ou de la transition énergétique, dans le débat politique notamment.

J'ai la chance de rencontrer régulièrement des élu(e)s et responsables politiques pleinement engagés pour les économies d'énergie, les énergies vertes, la lutte contre le changement climatique, la mobilité durable, l'agro-écologie. L'actualité médiatique ne leur donne pas toujours la parole mais il faut saluer leur travail. Ils sont plus nombreux qu'on ne le pense et les citer fait toujours courir le risque d'en oublier, de commettre une injustice. Je ne résiste cependant pas tout à fait à l'envie de citer des députés comme Jean-Paul Chanteguet, Sabine Buis, Philippe Martin, Delphine Batho, Serge Bardy (PS) ou Bertrand Pancher (UDI). Au centre et vers la droite, des élu(e)s comme Yann Werhling, Jean-Louis Borloo, Chantal Jouanno, Nathalie Kosciusko-Morizet  ont contribué ou continuent de contribuer à ce que les choses avancent dans le bon sens. Pardon à toutes celles et ceux que j'oublie, ici seulement. 

Il existe des écologistes ailleurs qu'à Europe-Ecologie-Les Verts mais, nécessairement, ce parti retient l'attention lorsque l'on parle d'écologie politique, par son projet historique. Mais pour combien de temps encore ? Ce mouvement est en effet divisé, notamment entre celles et ceux qui souhaitent accéder aux responsabilités gouvernementales et celles et ceux qui préfèrent y renoncer, au nom d'une "pureté" d'idées, d'une défense de la "vraie gauche" et d'une hostilité à un libéralisme caricaturé.

La journée du mardi 26 août 2014 marquera l'histoire de ce mouvement. Alors que des cadres et parlementaires du parti vert défendaient - légitimement - la participation au Gouvernement et la prise de risque que cela induit, le "bureau exécutif" a décidé en un heure trente d'interdire tout accès au Gouvernement Valls 2. Et ce, alors que le Premier ministre proposait deux places dont celle d'un ministère de l'économie verte qui aurait été fort utile. Les candidats éventuels à une poste gouvernemental ont même été menacés sur les réseaux sociaux de suspension, d'exclusion ou, pire, accusés de vouloir "vendre" l'écologie au grand capital. L'un d'entre eux m'a confié que c'est bien cette pression "amicale" qui a dissuadé toute participation verte au Gouvernement.

Pour évoluer, l'écologie gagnerait beaucoup à de nouvelles convergences entre les hommes et les femmes qui partagent la même préoccupation environnementale dans le monde politique et dans le monde de l'entreprise. Il serait temps de créer ou de renforcer les dialogues entre les responsables de développement durable, les juristes en droit de l'environnement, les économistes de l'environnement, les spécialistes de la fiscalité environnementale ou de l'ISR, les chefs d'entreprises innovantes, les start-up vertes, les chefs de projet éoliens, les développeurs d'énergies renouvelables, etc... Partout en France, des jeunes et moins jeunes créent ou travaillent dans des entreprises qui manipulent des certificats d'économies d'énergie, construisent des éoliennes, installent des panneaux solaires, construisent des bâtiments à énergie positive, conçoivent des modes de transports propres, rapprochent numérique et écologie, réutilisent ou recyclent des déchets, inventent l'économie collaborative... Partout, les initiatives se multiplient, les idées germent grâce à une conception positive, moderne et enthousiaste de l'écologie. Partout, des associations, des coopératives, des partenariats, des PME ou TPE investissent ces nouveaux sujets, ces nouveaux marchés, ces nouvelles sources de richesse et d'emplois.

L'écologie gagnerait également à ce que soient mieux mis en lumière toutes les réalisations des élu(e)s locaux et des collectivités territoriales en matière de territoires à énergie positive, de transition énergétique, de réhabilitation des sites industriels, d'aide à la conversion vers une agriculture moins intensive, de promotion de projets d'écologie industrielle...

Il convient bien sûr de ne pas simplifier injustement. Des élu(e)s comme François-Michel Lambert (député EELV et président de l'Institut de l'économie circulaire) oeuvrent à rapprocher leur parti avec le secteur économique et l'entreprise. D'autres députés verts comme Denis Baupin acceptent de pousser vers l'avant des compromis, notamment sur le nucléaire, à faire preuve de pragmatisme et pas seulement de partis pris. Bien d'autres tiennent un discours positif, pragmatique et résolument européen comme Daniel Cohn-Bendit ou Sandrine Bélier sur la biodiversité. 

Malheureusement, la crainte de n'être pas "vraiment de gauche", d'être taxé de "libéral" ou de "greenwashing" continue de prospérer. Et, à cette aune, le Gouvernement Valls 2 ne présentait donc pas tous les certificats requis. Peu importe qu'il soit strictement paritaire et qu'il permette à des jeunes hommes et femmes brillant(e)s d'accéder aux plus hautes responsabilités - et notamment au ministère de l'éducation nationale : il est condamné par avance car le ministre de l'économie a été banquier.  

C'est une erreur car plusieurs projets de lois très importants vont prochainement être discutés et la contribution des écologistes est attendue : projet de loi sur la biodiversité, sur la transition énergétique, sur le code minier, projet de loi de finances pour 2015... C'est une erreur car l'écologie doit se diffuser et tant mieux si elle emprunte plusieurs canaux, plusieurs manières de faire, n'en déplaise aux cardinaux et aux prophètes. Certes, ce pouvoir est, lui aussi, critiquable et je regrette à mon tour l'absence d'ambition sur la fiscalité verte, par exemple. Mais l'observer ou parier sur son échec ne le changera pas résolument et ne changera pas l'avenir de nos enfants.

L'écologie politique a donné hier une image déconnectée dans laquelle nombre d'acteurs engagés dans des démarches sincères de développement durable ou d'économie circulaire ne se reconnaîtront sans doute pas. A ce rythme, son parti historique reviendra à un étiage électoral anecdotique. Que je ne souhaite pas. Il est donc temps de réinventer l'imaginaire politique de l'écologie, de l'ancrer dans le réel et d'agiter les opportunités plutôt que les craintes. Et l'exercice du pouvoir au risque du débat et des compromis, dans l'entreprise ou en politique, ne doit pas être vilipendé mais revendiqué.