Magazine Côté Femmes

Nous, les formidables

Publié le 30 septembre 2014 par Mentalo @lafillementalo

Il nous a dit d’avancer et nous avons tous fait quelques pas en avant, avec nos bonnes têtes de moutons encostumés – un fameux troupeau.

Il nous a expliqué les raisons de notre présence, la sienne, la leur, la nôtre. Nous a rappelé l’obligation de cohésion, de sentiment d’appartenance, les objectifs à atteindre, la chance que nous avions.

Il faisait chaud, et nous étions debout, forcés de regarder l’écran lumineux immense sur lequel notre destin s’écrivait en bullet points et en millions avec des virgules. Nous a dit combien nous étions formidables, tous, et faisions du bon boulot, tous. Même si pour quelques-uns, oh, pas nombreux, le terminus n’était pas loin. C’était obligé si nous voulions rester dans la compétition.

Il a dit restructuration, réduction des coûts, réorganisation, restructuration, transition, motivation. Nous écoutions. Nous regardions sur l’écran les prévisions, les chiffres, les données, les pions qu’on déplace sur l’échiquier, la stratégie. Pas de trace des humains. Oubliés, les gens, les compétences, les synergies, les équipes, les sentiments. Pas de place entre les zéros.

Au bout d’une heure et demie il nous a laissés là, un peu sonnés, le dos douloureux, les pieds ankylosés et les sourires forcés. Nous, les formidables. Nous, les petites mains du Grand Capital.

Le soir, dans mon lit, en y repensant, j’ai eu un peu la nausée, et puis très envie de pleurer.

Et ce matin, comme tous les autres, il a bien fallu se lever.

Nous, les formidables


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Mentalo 4861 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossier Paperblog