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Juppé l’hilarant

Publié le 02 octobre 2014 par Rolandlabregere

Pour avoir déclaré « En politique, on n'est jamais fini. Regardez-moi ! », au cours d’un entretien à Libération (18 novembre 2013), Alain Juppé vient d'être distingué par le jury du 12ème Grand Prix humour et politique qui récompense la phrase « la plus hilarante de l'année ».

Alain Juppé, en qui le président Chirac voyait « le meilleur d’entre nous », correspond à la définition du destin politique, lui qui fut donné plusieurs fois fini, mais qui finit par se replier en  ses terres aquitaines pour finir une carrière qui n’en finit pas de finir. Finir est l’obsession des politiques. Ils n’en finissent pas d’attendre. Pour vraiment finir, sans être finissant, seule la défaite des urnes est signifiante. Combien de barons locaux statufiés vivants en commandeurs arrogants quittent la scène piteusement comme un coureur du Tour de France emprunte la voiture balai au pied du Tourmalet. Finir demande du talent.

Ces lignes n’ont point pour intention de faire naître un doute sur la pertinence du choix retenu par les délibérations du Jury. Un jury décide souverainement. Pour concourir, il faut avoir prononcé une phrase et qu’elle provoque une explosion de rire. Qu’elle fasse en somme l’effet d’une bombe. Que ça explose dans les tuyaux farcis au protoxyde d’azote, bien connu pour ses vertus hilarantes. Une phrase ne fait pas un discours mais donne une idée sur le rôle de celui qui parle. La phrase donne le ton du rôle. En politique, l’humour n’a pas besoin d’accessoire. Le nez rouge est superflu.

La formule « En politique, on n'est jamais fini. Regardez-moi ! » peut-elle passer pour hilarante ? On pourrait s’accorder sur une définition plus large et plus affirmée de l’hilarité. Certes, un politique en général, et Alain Juppé en particulier, ne cherchent pas à faire rire. Pour avoir primé cette sentence d’autodérision confessée, faut-il supposer que le jury n’avait pas sous le coude quelques formules déjantées, un lot de petites phrases euphorisantes, des contrepèteries désarmantes ou même un invendu de calembours inconvenants ?

Mettons qu’Alain Juppé accède aux plus hautes fonctions de l’Etat. Compte-t-il faire accepter son programme et ses décisions en les illustrant, les décorant, les festonnant, les coloriant, les enjolivant, les enguirlandant, les maquillant, les imageant, les associant avec des phrasounettes de cet acabit ? L’hilarité risque fort de ressembler aux fusées qui s’en vont en oblique dans les feux d’artifice gâchés par l’humidité ou l’orage surprise.

A propos d’Alain Juppé, Bernadette Chirac s’est lâchée. Elle le trouve « très, très froid ». Toute à sa ferveur de sarkonaute, elle estime qu’il « n’attire pas les gens, les amis, les électeurs ». Sans atteindre les trois A de l’hilarité, voilà du marrant, du vif, de la rancœur mâchée sucée façon Mairie de Paris. La formule vient du plus profond de la mémoire vive. Elle fonctionne. Pour faire mouche, l’humour dont être pris en flagrant délire. Bernadette Chirac est, comme Buster Keaton, une comique agélaste. Elle nous fait rire sans rire elle-même. Décidemment, femme d’ex-président et ex de président ont en commun de connaître les lois de l’hilarité. Il n’y a plus que cela pour nous amuser.


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