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Vers un match psychanalyse contre développement personnel ?

Publié le 06 octobre 2014 par Laurence Roux-Fouillet

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J'ai lu avec étonnement dans "ELLE" du 26 septembre l'article de Patrick Williams : "Le développement personnel fait-il vraiment du bien ?". A vrai dire, voilà bien un match auquel je m'attendais : les psychanalystes se rebiffent et jettent le doute sur l'intérêt des disciplines du mieux-être.
Sur la base de deux ouvrages récents*, dont un de l'excellente Claude Halmos, le développement personnel est qualifié de "nouvelle religion", "miroir aux alouettes" ou "thérapie en toc". Certains psychiatres s'en prennent aux "traîtres" parmi eux - Christophe André en tête -  qui ont osé se convertir aux méthodes alternatives et concrètes en reniant leurs origines. Car en France, la psychiatrie s'est davantage développée sur l'introspection de l'inconscient que sur les neurosciences.
On pourrait gloser à loisir sur les tenants du "tout psyché" et ceux du "tout pratique" que l'on ne solutionnerait rien. Tout simplement parce que ces deux partisans ont raison, mais pas en même temps.
L'une contre l'autre...
En tant que praticiens (et non pas thérapeutes - rappelons à toutes fins utiles que la sophrologie n'est pas une psychothérapie), nous savons bien qu'il n'y a pas de dichotomie entre les deux approches.
Combien de fois vois-je arriver des personnes démunies, après des années de thérapies, et me confiant : "Mon psy m'a dit de lâcher prise" (très bien...) ou "Ma psy me reproche d'être trop en lien avec ma mère" (d'accord...) ou bien encore "Mon thérapeute m'a demandé combien de temps encore j'allais me faire souffrir en restant avec un homme qui me dévalorise" (certes...). Et ? Et bien c'est tout. Pendant des semaines, mois, années, on décortique toujours le même problème. Parfois seul, car ledit thérapeute se contente d'un hochement de tête ou, dans le meilleur des cas, d'un grommellement d'acquiescement.
Alors beaucoup de "psy" peuvent s'offusquer : "Un thérapeute n'impose rien, il n'influence pas son patient...". A cela je réponds que c'est faux. Beaucoup de thérapeutes s'érigent en donneur de conseils, d'autant plus douloureux à suivre que le transfert est important. Beaucoup se placent dans la toute-puissance, sans pour autant aller jusqu'au bout de la démarche d'accompagnement. Certains infantilisent même leurs patients. L'argument principal étant "Si la personne n'évolue pas, c'est qu'elle n'est pas prête, elle résiste, c'est de sa faute...". Un peu facile...
Par ailleurs, une fois que l'on a établi que lâcher-prise devenait nécessaire, couper le cordon indispensable ou divorcer vital, a-t-on avancé, et surtout, que fait-on ?
...ou l'une après l'autre ?
C'est là où le développement personnel prend tout son sens - que ce soient les thérapies cognitives et comportementales ou toutes les disciplines qui accentuent la prise de conscience, redonnent du sens et mettent en mouvement. 
Je regrette que Claude Halmos, dont j'admire par ailleurs le travail, confonde le recentrage et l'égocentrisme. En se centrant sur soi - ses peurs, ses blocages mais aussi ses ressources, ses besoins, ses envies - on "prend conscience", on a accès à ce qui nous correspond vraiment, et on met en place des actions qui nous ressemblent. On s'appuie sur soi, au lieu de tout attendre de l'extérieur, des autres, ou d'une solution "magique" qui n'arrive jamais... Gandhi ne disait-il pas : "Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde" ? C'est au moins aussi respectable que passer des années à se scruter le nombril, non ?
Je n'ai rien contre les thérapies, j'en ai fait une moi-même, et je peux dire qu'elle ma sauvé la vie. En de nombreuses occasions, c'est moi qui recommande à mes clients d'entamer une thérapie, car la problématique qu'ils m'exposent n'entre pas dans le champ de mes compétences et leur souffrance psychique est trop forte et doit être prise en charge par un professionnel de la psyché. Je travaille d'ailleurs avec un réseau de thérapeutes dont je salue l'empathie et la rigueur. Mais il arrive un moment où la verbalisation n'est plus suffisante. A la longue, la logorrhée s'épuise, et il faut bien vivre chaque jour, malgré tout. Nombre de thérapeutes orientent vers moi des adultes comme des enfants qui ont besoin de retrouver de l'autonomie et d'acquérir des outils pour participer à leur mieux-être.
Bien sûr, il y a parmi les innombrables ouvrages de développement personnel des livres farfelus, inutiles, voire dangereux. Ce milieu recèle des escrocs, fumistes ou manipulateurs. Ces raisons militent pour une profesionnalisation des formations, comme de l'exercice des praticiens que nous sommes. Mais n'oublions pas que chaque personne est libre de faire son expérience, et d'exercer son discernement et son libre arbitre. C'est aussi ça, grandir.

* "Est-ce ainsi que les hommes vivent ?" - Claude Halmos, Fayard; "Du bien-être au marché du malaise", Nicolas Marquis, PUF.


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