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Méthodes de lecture et enseignement des mathématiques

Publié le 06 octobre 2014 par Soseducation

Madame, Monsieur

J’enseigne depuis 30 ans au collège en tant que professeur de mathématiques et, bien sûr, je constate depuis des années que nos élèves ne savent plus lire. Et c’est de pire en pire.

Aussi je voudrais vous faire quelques remarques que je pense judicieuses.

En arrivant en 6e plus de la moitié des enfants ne sont pas en mode  lecture (syllabe par syllabe) mais en mode « reconnaissance de mots » (méthode globale ou apparentée ; ndlr).

Ce qui fait que, par exemple cette semaine, j’ai entendu le mot « quotidien »  pour « quotient »  puis, peu après, « qualité » pour « quantité ».

Et ce sont des majorités de classe qui se trompent, ou bien des élèves qui butent sur les mots en essayant de les deviner. Mais quand on lit syllabe par syllabe on ne bute devant aucun mot, on le lit, on le comprend après.

Bien sûr, en reconnaissance de mot, l’élève ne lit pas mais reconstitue un mot qu’il pense être le bon à partir de certaines syllabes visualisées et reconnues dans ce mot.

Donc la méthode d’apprentissage est catastrophique, mais après réflexion et discussion avec des enseignants de CP, il apparaît que les élèves sont souvent «  formatés » en arrivant au CP.

Je m’explique : en maternelle on force des enfants à reconnaître des mots. J’ai eu cette semaine l’exemple d’une maman à qui on demandait à son fils de reconnaître les noms des mois de l’année.

Que voulez vous qu’il se passe ? L’enfant met en place de lui-même une méthode de « reconnaissance par analogie ». Et quand, plus tard au CP, on introduit la méthode syllabique (et encore c’est loin d’être le cas partout !), je pense qu’une partie limitée des enfants va intégrer la nouvelle méthode, mais une grosse partie, qui aura été formaté dès l’école maternelle, restera sur la première programmation de son cerveau , car tout le monde n’aura pas l’aptitude à faire le tri entre ces deux méthodes.

Donc il ne suffit pas de donner la bonne méthode au CP mais de voir et de chercher comment l’enfant fonctionne et ce qui a facilité cette méthode de « reconnaissance par analogie ». L’utilisation d’écrans sur lesquels on regarde dans tous les sens et on reconstitue le tout à partir de certains éléments n’y est elle pas aussi pour quelque chose ? Ou bien les élèves fonctionnent-ils autrement, naturellement ?

En tout cas cette méthode de reconnaissance et d’analogie a fait que les élèves ont écrit il y a 20 ans «  les droites sont parallèles » puis il y a 10 ans « les droite sont parallèle » puis il y a 8 ans « le droit sont  paralèle » puis maintenant « le droit son paralle »

Et là ma dernière remarque : quand on est en mode reconnaissance pourquoi écrire parallèle puisque avec le « para » et le « le » on reconnait le mot ?

Je pense qu’on a aussi une des raisons de l’écriture catastrophique.

En ce qui concerne les mathématiques que je confirme que c’est catastrophique puisqu’il n’y a plus de rigueur et de sens du détail. Les élèves confondent les mots, le 10 – 3 et le 3 – 10 , et sur 25 élèves, 20 ne savent pas et ne peuvent pas poser correctement 100 – 12,4 ou confondent 13,45 et 1345 et plus tard en 3e plus d’un élève sur deux ne voit pas le signe moins dans la formule f(x) = – 3x, malgré la remarque de l’enseignant de faire attention.

Pour terminer , je donne un exemple tiré des cahiers d’évaluation d’entrée en 6e que nous faisons toujours passer dans mon département, un exercice, bien réussi par tous il y a 15 ans, est devenu faux pour pratiquement tous les élèves, alors que les élèves à l’oral connaissent la réponse (c’est-à-dire connaissent ce qu’est le double d’un nombre et sa moitié) : l’exercice consiste à compléter la phrase «  30 est _______de 15 » par « moitié » ou « double » et tous les élèves se trompent ! Or ils connaissent ces notions, mais ils ne lisent plus le « est », donc ils pensent « 30 moitié 15 » oui c’est juste ! Et ils répondent tous moitié !

J’espère que vous ferez parvenir ce courrier à qui de droit pour étayer vos observations, mais  il me semble que les vrais problèmes soient encore loin d’être compris par nos responsables de l’éducation.


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