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Filières d’élevage de la Male conche. L’enquête attend les conchyliculteurs

Publié le 06 octobre 2014 par Blanchemanche
#mytiliculture

L’enquête publique sur les filières d’élevage de la Male conche a débuté. Pour l’heure, seuls les opposants s’expriment


L’enquête attend les conchyliculteurs
L’élevage sur filières (comme ici pour des moules) continue de faire débat en Oléron © Photo Archives P. B.Publié le 06/10/2014par   Neuf mois après l'annulation prononcée par le tribunal administratif, le dossier d'implantation de filières d'élevage d'huîtres et de moules dans l'anse de la Maleconche, devant Oléron, dans le pertuis d'Antioche, revient sur le tapis. Ce projet dit de « culture en eau profonde » avait été retoqué par la justice pour défaut d'étude d'impact. Il est porté par le comité régional conchylicole Poitou-Charentes qui l'a revu à la baisse. Avec une emprise réduite de 35 % (lire par ailleurs), cette correction est présentée à l'enquête publique. Un palier, avant la décision préfectorale de l'autoriser ou pas.
Depuis le 15 septembre, le public est invité à s'exprimer. Les 800 pages d'un copieux dossier technique, et le plus digeste « résumé non technique de l'étude des incidences du projet », sont consultables aux heures d'ouverture de la mairie de Saint-Georges d'Oléron, une commune où le maire n'a jamais caché son opposition au projet. Et une fois par semaine, le commissaire enquêteur, Georges Padrosa, y reçoit le public. Il épluche aussi les courriers et les messages Internet (via le site préfectoral) qui lui sont adressés.
313 filières immergéesDans sa première version, celle autorisée par l’arrêté préfectoral du 20 décembre 2011, le champ de la Maleconche comptait 347 filières d’élevage. La version corrigée en dénombre 313. Dans la mouture annulée par le tribunal administratif, le 16 janvier dernier, la surface occupée était de 387 hectares. Elle est ramenée à 251 hectares (35 %), pour tenir compte des observations qui avaient été formulées à propos de gêne à la navigation.
C’est aussi dans cette optique qu’un second chenal, perpendiculaire au premier, est tracé sur le plan en travers du champ, pour faciliter le mouvement des bateaux. Dimension inférieure et meilleure intégration aux usages existants sont les deux pivots de la correction du projet. Il prévoit de répartir les 313 filières en 197 filières ostréicoles (immergées entre 2 et 6 mètres), 71 mytilicoles (immergées à 4 mètres maximum), et 45 filières non affectées, laissées sous la forme de zones tampons.
Ces dernières, dit le projet, « pourraient trouver une affectation future, notamment pour des jeunes professionnels qui entrent dans le métier ». Le champ est étiré en un grossier triangle. Il est à 590 mètres de la côte, face au fort des Saumonards, et à 2 450 mètres, à son autre extrémité, face au port du Douhet.
Le petit bureau est plein
« Je ne vis pas à Oléron, et n'ai pas d'intérêt dans l'affaire », souligne-t-il pour faire montre de totale indépendance dans ce dossier hautement sensible qui, depuis trois ans, met face à face les conchyliculteurs et des opposants soucieux de la qualité du paysage. Cette anse de la Maleconche est « un paradis », entend-on ce jour-là parmi les personnes venues rencontrer le commissaire enquêteur. Les opposants sont là, qui redoutent l'impact paysager, la dimension « industrielle » du champ de filière, traduisant un renoncement à l'élevage artisanal « qui fait l'identité des huîtres de Marennes-Oléron ».
Au terme de cette consultation, le commissaire enquêteur formulera son avis. « Un oui, un non, ou oui à condition que… ». Mais cet avis, en rien, ne présagera de la suite du dossier dans laquelle, d'ailleurs, il ne peut pas interférer.
« Bien souvent, lors des permanences des enquêtes publiques, je ne vois personne. À l'exception du ou des maires, et encore… Là, c'est différent. 93 personnes sont déjà venues signer cette première quinzaine. » Georges Padrosa ajoute à ce décompte une vingtaine de messages Internet, et l'épaisse liasse de courriers qu'il serre dans une main.
Le regard de cet ancien fonctionnaire de l'Intérieur bute sur un mur tout proche, celui du bureau qui lui est alloué, au fond du couloir, à droite. Exigu, et plein comme un œuf. En ce milieu d'après-midi du 1er octobre quatre personnes s'y entassent, libérant leurs arguments en ordre plutôt dispersé, mais avec le souci évident de torpiller l'affaire. Tandis que d'autres attendent leur tour de parole dans le couloir.
Demande de prolongation
Georges Padrosa est à l'écoute. Il tente, par le questionnement, de pousser l'argumentaire dans ses retranchements. Et de mesurer, aussi, tous les enjeux écartelés entre dimension environnementale et poids économique. Les conchyliculteurs opposent leur survie aux craintes de pollution des résidents.
Le commissaire enquêteur évoque les adresses des lettres reçues. Roanne (Loire), Le Palais-sur-Vienne (Haute-Vienne), la Dordogne, Saint-Denis et Saint-Pierre-d'Oléron, Paris, sans banlieue chic (Bois-Colombes), les Yvelines, le Val-d'Oise… Des résidents secondaires, pour l'essentiel, qui lui laissent dire qu'une prolongation d'une quinzaine de jours de l'enquête publique pendant les vacances de Toussaint serait une bonne chose. Ce qui leur permettrait de s'exprimer quand ils viennent clore volets et portails avant l'hivernage. Il va la demander, mais sans assurance de l'obtenir.
Pour autant, il attend encore l'ostréiculteur du chenal d'Ors, ou le mytiliculteur charronnais. « Dimanche dernier, j'ai dit aux élus que j'étais mécontent. Ne viennent s'exprimer pour l'instant que des avis contraires au projet… »
À la question où sont les producteurs favorables à ces implantations ne répond ce mercredi-là que l'écho des anti. Simples citoyens, ou sympathisants, voire adhérents de l'Association pour la protection du littoral de la Maleconche et des pertuis, l'Aplimap, qui a diffusé un tract pour inciter à venir s'exprimer durant l'enquête publique. Les conchyliculteurs, eux, ont été sensibilisés par le comité conchylicole qui leur a envoyé un mail. Et il pourrait paraître surprenant qu'ils ne viennent pas dire ce qu'ils pensent d'un dossier qui les concerne.
Deux ostréiculteurs très réservés
Ils sont ostréiculteurs oléronnais. Une petite cabane (40 tonnes en production, 80 tonnes en commercialisation), et un réseau de vente sur des marchés de proximité dans le bassin de Marennes-Oléron. Particularité : ce couple ne travaille que l’huître naturelle, pour distinguer ce produit de l’huître d’écloserie appelée à garnir les filières si elles sont installées.
Ils sont réservés, pour ne pas dire davantage, sur le projet de la Maleconche, et viennent le dire au commissaire enquêteur, en déposant sur son bureau une lettre qu’ils adressent au président du comité régional conchylicole, Gérald Viaud. « Les ostréiculteurs ne viendront pas dire leur avis ici, parce qu’ils vont devoir donner leur nom, et ils perdront du temps. » Ils ne donnent pas le leur publiquement, se réfugiant derrière ces mots : « On ne peut plus parler… ».
« Nous ne combattons pas le projet, mais la façon dont il est fait. Il n’est pas cadré. Par exemple, aucune norme de bateau n’est définie. La logique du toujours plus, toujours plus vite est la même qui a conduit à l’huître triploïde, aux pesticides et, au final, à quoi bon ? Ce projet, nous en rediscuterons quand tout sera défini. Le comité régional ne veut que des entreprises de 150 tonnes, or nous avons un bon cours à l’élevage. Et, en travaillant de la naturelle, en ne la déplaçant pas quand elle est en laitance, nous n’avons pas de mortalité. Ce projet, c’est pour faire de l’huître à 1 euro le kilo, contre 2 euros aujourd’hui. »

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