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Courir pour ELLES

Publié le 21 octobre 2014 par Vudemeslunettes @Vudemeslunettes

Quand je suis arrivée à Bordeaux l’an dernier, le Challenge du Ruban Rose est le premier « événement bordelais » auquel j’ai assisté. Et l’apprentie runneuse que j’étais c’était promis de le faire en 2014.

Alors, quand fin août j’ai décidé de me remotiver, je me suis inscrite pour courir le 5km.

J’ai recommencé à m’entrainer doucement, j’ai couru la Bordelaise le 21 sept, et quelques soucis de santé ont fait leur apparition. J’ai stoppé les entrainements running et la gym suédoise le jeudi. Pourtant j’étais inscrite. Une toute petite voix au fond de moi me disait de ne pas penser à tout ça, que je pouvais le faire, mais mon corps et la plus grosse voix dans ma tête me freinaient.

La semaine dernière pourtant, j’ai décidé d’aller courir un peu. Pour voir. 4km, 29 min. Le chrono n’est pas là, mais j’ai pas forcé non plus. Niveau sensations, ça va. J’attends de voir. Le jeudi je vais à la gym suédoise. Ça va, mais j’ai du mal à me lâcher.

2014-10-21. Courir pour ELLES

J-1.
Je vais sur les quais récupérer mon dossard, persuadée que je ne vais pas courir. Que je vais me désister au dernier moment. Je n’ai plus confiance en moi, je n’aurai pas la force, le courage de le faire. Je repars avec mon dossard et mon tee-shirt sans franchement les regarder, je les laisse un peu à l’écart, comme s’ils risquaient de me donner envie de courir le lendemain matin.

Jour J.
Le réveil sonne, je reste dans le noir, j’ai peur. De quoi ? Je n’en sais rien, peur de ne pas tenir la distance (c’est tout de même pas un marathon me dit la petite voix), peur de m’effondrer. Je n’ai pas envie d’y aller.

Je me lève malgré tout, mange quelques gâteaux, évite de penser. Moins d’une heure avant le départ de la course, j’ai envie de renoncer.

Je réveille mon chéri, il me dit que ça va aller. Il avale un petit déj en 3ème vitesse (je l’ai un peu réveillé 20 min avant de partir …). Il me dit que ça va aller, que c’est 5km, que j’en suis capable.

On arrive sur les quais vers 9h10. Le départ de la course/marche 5km est à 9h30. Le départ de la 10km à 10h30.

9h20.
L’heure de rejoindre l’arche de départ, je ne veux pas risquer d’être coincée dans les dernières. J’ai envie de pleurer, je n’ai pas envie de le faire, j’ai toujours peur, aucune confiance. Autour de moi les gens sont heureux, ils rient, sourient, se prennent en photo. L’organisation nous informe que nous sommes 6000, dont 20% d’hommes, 3000 pour le 5km, 3000 pour le 10km. L’occasion de rappeler également que le Challenge du Ruban Rose fête ses 10 ans, que la première course avait rassemblé 250 participants. Et que si les inscriptions n’avaient pas été clôturées plusieurs jours auparavant, il y aurait au moins eu 10 000 participants. Les organisateurs font un dernier point sur les règles de sécurité à respecter et un drône s’élève dans le ciel pour prendre la foule en photo. Si autour de moi les gens sont en pleine forme, à l’intérieur de moi, ça ne va pas. Je m’enferme dans ma petite bulle, prépare ma musique.

 5… 4… 3… 2… 1… C’est parti !
J’ai réussi à me placer au début. Je marche les premiers mètres mais je me reprends et commence à courir. On passe à côté du miroir d’eau, il y a beaucoup de monde. C’est impressionnant. Je cherche mon copain, je ne le vois pas, j’ai peur de l’avoir manqué. Je cours doucement pour commencer, pas besoin de trop slalommer, j’apprécie. J’aperçois mon copain, lui fait un sourire, et continue de courir. Je ne sais toujours pas comment je vais faire. Je pense à l’une de mes tantes qui a été diagnostiquée d’un cancer du sein il y a quelques mois, je pense à mes cousins. Je vois des prénoms, des dates sur des tee-shirts qui me mettent dans la course. Je regarde au loin le Pont Chaban Delmas, et j’arrête de penser ! Je me concentre sur la musique, sur tout ce rose autour de moi, sur ces gens qui nous regardent des sourires aux lèvres, qui prennent des photos. Dans les jambes ça va, je ne vais pas vite, je ne suis pas là pour faire un record. Je suis là pour soutenir, pour faire la course, et rien de plus. Aujourd’hui cette course elle n’est pas pour moi, elle est pour ELLES. C’est tout ce qui importe.

On passe devant les Quinconces (là où je fais demi-tour d’habitude), je m’accroche, on passe à côté du marché des Chartrons, on arrive aux Hangars. Je respire et je continue d’éviter de penser. Je regarde la Garonne, j’admire comme toujours le pont Chaban. Au loin j’aperçois le « demi-tour ». Je me rassure, la moitié du parcours est pour bientôt, je me sens assez bien.

Pour revenir, on passe par les pistes cyclables qui longent la route. Des voitures klaxonnent, les gens filment et prennent des photos à bord des voitures, ce n’est pas grand chose, mais ça motive. Le ventre, lieu des soucis de santé récent, me tiraille. Les jambes ça va, le souffle aussi. Je m’autoriserai à marcher entre le marché et les Quinconces si ça ne va vraiment pas. Ah le marché et ses odeurs … Entre le poulet / pommes de terre et les oranges pressées toutes fraîches … un vrai régal (ou pas). La fin du marché, je m’aperçois qu’on est presque arrivés aux Quinconces, je ne vais pas marcher maintenant. Il y a 700m environ entre les Quinconces et l’arrivée, je le sais, j’ai regardé sur Google Maps avant ! Ma tête me dit que j’ai dépassé mes 4km habituels, qu’il ne reste QUE 700m, que je peux y arriver. Plus on se rapproche de l’arrivée, plus il y a de monde sur les côtés, des gens qui applaudissent, encouragent, des enfants qui ne demandent qu’une chose : qu’on leur tape dans la main !

Je ne baisse pas les bras, je continue. On arrive au miroir d’eau. L’endroit où est mon copain. Je ne vais pas marcher maintenant ! Je le vois au loin, lui fait signe, le voit dégainer l’appareil photo et lui fait signe que ça va !

Je parcoure les derniers mètres qui me séparent de l’arrivée et passe sous l’arche ! Je l’ai fait ! Je ne sais pas comment, je ne sais pas d’où m’est venue l’énergie, tout ce que je sais c’est que je l’ai fait ! Le ravitaillement est situé juste après l’arche, je récupère une bouteille d’eau, une clémentine et un bout de pomme. J’ai besoin d’air. J’avance doucement (il y a foule), récupère un petit sac et une rose en guise de récompense. J’aperçois mon chéri et le rejoins. Il me félicite. Je suis contente. Désormais je peux profiter un peu des quais, de l’ambiance. Nous nous mettons sur le côté pour assister au départ du 10km.

Un petit tour aux différents stands, quelques photos et nous voilà repartis.

Je suis contente de moi même si je suis loin d’avoir fait un chrono de malade (34 min) mais je m’en fiche. Je regrette un peu de ne pas avoir vécu l’ambiance à fond, mais ce qui m’importe le plus c’est de ne pas avoir lâché et d’être arrivée. Je vais donc remercier cette toute petite voix intérieure (et celle du copain) qui m’ont donné assez de courage et de confiance. 

RDV en 2015 pour une nouvelle édition du Challenge du Ruban Rose !

Ruban_Rose_1
Ruban_Rose_2
Ruban_Rose_3


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