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Le naufragé du pédalo

Publié le 21 octobre 2014 par Delanopolis
Figaropolis, la nouvelle chronique hebdomadaire de Serge Federbusch pour le Figaro Le naufragé du pédalo

"Faites attention à ne pas heurter les couples d'enseignants avec deux enfants gagnant 6000 euros par mois." Cette supplique récente de François Hollande aux députés socialistes à propos du coup de massue à venir sur les allocations familiales versées aux "hauts revenus" est le parfait résumé de son attitude purement politicienne face à la crise. Les Français ont vite compris qu’Hollande n’espérait gouverner qu’en les manipulant et ils lui retournent désormais son mépris.

Au quotidien, Hollande s’en tient en effet à des recettes simples. Il s'en prend prioritairement à ceux qui ne votent pas pour lui et ne peuvent déplacer leurs activités à l'étranger. Sont donc visés les familles nombreuses de cadres, les professions libérales, les militaires, etc. Les autres économies mises en œuvre, puisque la recherche affichée de coupes budgétaires absorbe la majeure partie de son activité politique depuis 2012, sont de purs trompe-l'œil. On attend toujours, par exemple, la suppression tant de fois annoncée des comités Théodule dont raffole la bureaucratie étatique. Ne parlons même pas de la réforme des régimes spéciaux de retraite, pourtant si nécessaire. L'escamotage du jour de carence pour arrêt-maladie dans l'administration, qui avait pourtant produit des effets quasi instantanés dans la lutte contre l'absentéisme, fut le symbole de ses vrais choix et renoncements.

Car ce président est terre à terre. Il sait qu'à l'instant T où il malmènerait vraiment les intérêts de la masse des fonctionnaires, coeur de son électorat, il sera politiquement enterré. Il ne le fait donc que subrepticement et marginalement, en gelant leur point d’indice par exemple. Aubry, Montebourg ou Hamon ont déjà la pelle à la main et le regard gourmand. Hollande navigue à vue sur un pédalo qui menace naufrage. Son quinquennat se résume pour le moment aux combinaisons de la Quatrième république à l'abri des outils de la Cinquième.

Ainsi, pour dissiper les vapeurs des radicaux de gauche, s'oriente-t-on désormais vers un épaississement du mille-feuille territorial. Cinquante-quatre départements conserveront leurs conseils généraux et les autres non ! Les Français pardonneraient peut-être ces maquignonnages si Hollande avait l’envergure d’un homme d’Etat ou s’il obtenait des résultats. Sur le premier terrain, Valérie Trierweiler s’est chargée de dissiper les dernières illusions des plus naïfs. Reste donc la question de l’efficacité à terme de sa politique, et l’on passe alors de l’analyse de sa tactique à celle de sa stratégie.

Par delà l'enfumage de la communication, l'aridité des chiffres est terrible et l’échec complet : les dépenses publiques continuent de s'alourdir tout comme la dette et les prélèvements obligatoires. François Hollande, ne le nions pas, avait une «vision» en 2012. Il espérait bénéficier de la reprise économique mondiale et de l’affaiblissement allemand en Europe face au camp des états dépensiers. Dans le pire des cas, il obtiendrait, croyait-il, le rachat partiel de nos dettes sous forme d’euro-bonds ou d’instruments financiers assimilés.

Il s’est trompé : la persistance d’un cours élevé de l’euro, trop peu et trop tard corrigé, a empêché toute relance en Euroland et notamment en France. Puisque, parallèlement, les nécessaires réformes de structure n’étaient pas faites, l’activité a flanché et les déficits ont dérapé malgré l’alourdissement de la fiscalité. Ni l’offre ni la demande ne sont venus soutenir la croissance. Désormais, Hollande est dans une nasse. S’il refuse d’obtempérer aux injonctions germaniques et bruxelloises, il risque, plus qu’une amende humiliante, une remontée en flèche des taux d’intérêts, les investisseurs internationaux cessant de croire que l’Allemagne garantira nos dettes. S’il s’y plie, les députés frondeurs le censureront et, de toute façon, le niveau de l’euro continuera à plomber notre économie.

Bref, ce que les Français retiennent de ces deux ans et demi de mandat et ce qu’ils rejettent, c’est la médiocrité d’un homme, d’une méthode et d’un bilan face à l’immensité des défis auxquels nous sommes confrontés. En lieu et place d’un président de la République, ils ont trouvé un président de conseil général qui les prend pour des imbéciles. On pardonne la médiocrité dans le confort, on la hait dans la gêne.




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