Magazine Journal intime

Une extraordinaire rencontre

Par Evainlondon
Eurostar Paris – Londres, un lundi matin   Je me trouve entre deux wagons, veillant d’un oeil distrait sur MiniPrincesse assoupie dans sa poussette. Le ronron du train me berce moi aussi, jusqu’a ce qu’une exclamation me tire de ma torpeur : - Oh, for crying out loud! Je ne peux m’empecher de sourire a cette expression so British, qu’on pourrait traduire par « Bon sang », si j’en crois mon ami Google. Chez le Britannique, elle temoigne d’un agacement proche du paroxysme. Sur le strapontin d’en face, un homme d’une cinquantaine d’annees, un peu debraille en T-shirt des JO de Londres 2012 un peu elime. Son regard croise le mien (helas).    Voici la conversation qui s’ensuit (bien evidemment traduite en francais) : - Dites-moi, mademoiselle, savez-vous appeler une ligne fixe en France ? - Euh, oui… - Alors, ayez la gentillesse de me donner un coup de main. J’appelle ce numero depuis tout a l’heure, et rien n’a l’air de passer. Je suis un homme tres important (sic), mes valises sont remplies d’objets de valeur (re-sic)… A mon regard perplexe, il s’interrompt et me tend son portable. - Enfin, qu’importe. Vous pourriez essayer ? Je compose le numero et fais chou blanc a mon tour. - Ah, tant pis. Vous etes bien aimable. MONTREZ-MOI VOTRE MAIN, rugit-il subitement. Je m’execute, interloquee. - Ah… ah… marmonne-t-il. Savez-vous ce que je fais dans la vie ? Je suis magister. Vous avez deja entendu parler des magister ? Non ? (Il me l’epelle. Je ne comprends pas plus). Moi je suis magister niveau II, apres je peux passer niveau 1 (la logique m’echappe). Il y a aussi les magister satanicum, mais eux sont mechants (avec un nom pareil, on s’en doutait un peu). Qu’importe, qu’importe. Je reviens tout juste de Paris, j’y ai perdu mon passeport, bref, passons, j’ai touche la colonne vertebrale d’une femme, elle a pleure, et cette petite fille que j’ai soignee DE MES MAINS ! J’en reste comme deux ronds de flan. Le marabout, courrouce : - Vous ne me croyez pas, c’est ca ? Voyons… sur l’epineux theme de la magie noire, je suis pragmatico-agnostique : si je me figure que certains individus possedent (sans doute) un don, rien ne me dit que cet energumene est de ceux-la. Mais je prends le parti de ne pas le contrarier ; dans la mesure du possible, je prefererais en effet qu’il s’abstienne de maudire ma descendance sur sept generations. Heureusement, MiniPrincesse remue presque imperceptiblement, me fournissant ainsi l’excuse ideale pour ne pas repondre. Je fais semblant de m’affairer aupres d’elle. - Vous etes une femme forte, decrete le mage. Vos dents sont extraordinaires (sic). Et vos yeux. Vous etes jeune (tout est relatif). Vous avez… 27 ans ? - Euh, presque. Mais merci du compliment ! Une femme entre deux ages, tres appretee, commet l’erreur de passer a ce moment precis. Le suppose marabouteux l’arrete net. - Madame, ne faites pas attention a moi, je suis un peu fou. Elle, tres Anglaise : - Ne vous inquietez pas, mon cher. Nous sommes tous un peu fous, moi la premiere. Lui, la devisageant avec intensite : - Il faut que vous arretiez de boire. - Euh… j’etais en vacances ?! Lui, sans transition, me designant de la tete : - Cette jeune femme a un coeur d’or. Elle m’a aide a telephoner en France. J’ai perdu mon passeport. Et les employes des douanes ont ete pris de panique lorsqu’ils ont apercu mes baguettes magiques. Je leur ai formellement interdit de les toucher, sous peine d’etre maudits. La dame, sans doute decontenancee devant cette logorrhee, faisant mine de repartir, il l’agrippe : - Vous avez entendu ? Vous devez absolument vous arreter de boire.   La pauvre femme parvient enfin a se tirer des griffes de son moraliste. S’ensuivent quelques delicieuses minutes de silence et de normalite. Puis : - Ah, j’ai compris ! J’etais en mode avion. Je n’etais pas connecte ! Certes. - Vous avez si merveilleuse que je vais vous faire un cadeau. Non, deux. Voyons, je dois bien avoir une piece quelque part (il extirpe tant bien que mal une piece de cinq centimes de son pantalon elime).  Il marmotte alors une incantation incomprehensible. Je me tiens a cote de lui, respecteuse (on ne sait jamais). Le magister fait mine de me tendre la piece, puis la reprend : - Excusez-moi de ma goujaterie, mais je me dois de vous poser la question : cette enfant est-elle la votre ? - Euh, oui (et elle n’est pas a vendre) - Non, mais je veux dire, VRAIMENT A VOUS ? DE vous? Vient-elle d’ICI (en montrant mon ventre du doigt) ? - Sans aucun doute (tu veux des details ?) - Bien. Je me devais de verifier. Voici une piece qui sera son talisman. Ne la donnez JAMAIS. Ne payez pas AVEC. N’en tirez profit d’aucune maniere. En meme temps, avec cinq centimes, je n’irai sans doute pas bien loin. - Et voici mon deuxieme cadeau (farfouillant parmi ce qui semble bien etre une selection de baguettes magiques) ! Il extirpe de sa valise une feuille froissee. Non, vraiment, il ne fallait pas. - Voici un dessin pour votre fille. - C’est… un chien ? - Mais non, un lapin, voyons ! Je n’ose pas demander qui est responsable de ce douteux chef d’oeuvre, et empoche le dessin en marmonnant un simple merci et retournant a mes moutons ma MiniPrincesse. Heureusement, le train commence a ralentir, signalant ainsi une arrivee imminente (ouf). - Conservez-le precieusement, hein ? A bientot ! Une fois arrivees a bon port, MiniPrincesse et moi regardons le dessin de plus pres. Tout en bas a droite, notre protecteur a inscrit :  » Pour MiniPrincesse, de la part de Colin. Copie #2″ La valeur de l’original doit etre incommensurable. Je place le talisman dans ma boite a bijoux : prudence est mere de surete. Surtout en matiere de magie noire.

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