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Mounir Bahri: Le sable tunisien, concurrent international dans le photovoltaïque !

Publié le 10 novembre 2014 par Startuptunisie
PDF Imprimer Envoyer mbLe Centre Technique des Matériaux de Construction, de la Céramique et du Verre (CTMCCV) se prépare à utiliser le sable tunisien pour fabriquer des cellules photovoltaïques destinées aux panneaux solaires. Notre sable est d’une qualité très pure, ce qui nous permet de concurrencer les Chinois dans ce domaine. Mounir Bahri, directeur général du centre, nous dit comment.
  • Avec seulement 3 laboratoires, quelques équipements d’audit énergétique, une bibliothèque et 87 agents, comment le CTMCCV parvient-il à faire face à la demande ?
Depuis les événements du 14 janvier, le centre a eu beaucoup de dégâts, les deux tiers de nos équipements ont été pillés, et nous avons été obligés de tout refaire. En une année, nous sommes parvenus à faire revivre nos activités et, aujourd’hui, le centre dispose de laboratoires de béton et liants, verre, métrologie, essais pour le solaire et l’isolation thermique. Avec cela, nous venons de mettre en place deux nouveaux laboratoires. Le premier, « réaction au feu », est destiné au comportement des matériaux de construction pendant un incendie avec les normes exigées dans ce sens au niveau européen pour les exportateurs. Le second est destiné aux cimentiers.
Donc, même si beaucoup reste encore à faire, nous pouvons dire que nous disposons des moyens convenables pour mener à bien notre principale mission qui est d’assister les professionnels pour les faire adhérer aux programmes nationaux.
De plus, dans le cadre du programme de reconnaissance entre Tunisie et UE, notre centre va être reconnu pour tous les tests, après que nous avons réalisé une étude stratégique de repositionnement du centre par rapport au secteur pour améliorer notre intervention et cela nous permet de cerner les compétences et optimiser les moyens humains nécessaires à orienter les industriels, tout en essayant d’innover.
  • L’une de vos responsabilités est le perfectionnement des compétences, mais il s’agit de beaucoup de domaines : béton, carrières et marbre, céramique, verre, produits rouges, métrologie, maîtrise de l’énergie. Comment vous en tirez-vous ?
Au niveau de l’organisation, nous avons le personnel adéquat pour chaque domaine ; les essais pour les laboratoires, la formation, l’assistance techniciens labos... Nous sommes assez bien outillés et nous nous tournons vers le personnel ingénieur pour répondre à la demande des industriels et quand il y a des sujets de pointe, nous pouvons faire appel à des expertises extérieures, nationales ou internationales.
Nous avons également des activités au niveau de la maîtrise d’énergie alors que 61% de la consommation du secteur industriel sont dédiés au secteur du bâtiment. Sur un autre registre, le centre et l’office des mines ont, ensemble, recensé les matières premières dans toutes les régions, et elles sont abondantes, surtout dans les régions d’où la révolution est partie. Il est tout à fait possible de les utiliser pour fabriquer des produits locaux, créer de l’emploi et dynamiser le développement régional.
  • Le CTMCCV gère aussi un programme pour le développement régional. Dans quelle mesure ?
Plusieurs manifestations ont été organisées pour développer la matière première du plâtre (le gypse, à Tataouine, Sidi Bouzid, Gafsa). Il faut savoir que la Tunisie possède le deuxième gisement mondial de gypse, malheureusement nous ne sommes pas en train de le valoriser, alors qu’au niveau énergétique, le processus ne demande que 270 degrés, le processus ciment exige, lui, 1.300 degrés. Développer le plâtre, c’est tout simplement maîtriser l’énergie, et donc protéger l’environnement.
De plus, comme le plâtre demande beaucoup de main-d’œuvre, nous avons mis en route un programme avec les industriels pour former les diplômés de l’enseignement supérieur et encourager les techniciens à créer des micro-entreprises de projection de plâtre. Nous avons déjà aidé à créer 40 de ces micro-entreprises dont certaines se sont installées en Tunisie et d’autres sont allées en Libye.
Très générateur d’emplois, pas beaucoup d’investissement au départ (de l’ordre de 30 mille DT que peut fournir la BTS), c’est un secteur qui peut évoluer très rapidement, alors que la demande se développe et que des industriels veulent reproduire l’expérience dans le Sud et le Centre.
  • Particulièrement dans le domaine des normes, quels sont les éléments spécifiques que vous parrainez ?
Le centre intervient au niveau de l’Innorpi avec la commission technique, dont nous sommes membre permanent. Nous intervenons à chaque fois qu’il y a une nouvelle technique, et aussi pour les normes tunisiennes. Lorsque nous sommes intervenus sur le plâtre, par exemple, pour une directive technique à mettre en place dans le bâtiment, elle est tout de suite entrée en vigueur.
Nous faisons aussi de l’accompagnement technique pour les promoteurs tunisiens et étrangers, nous les orientons et les accompagnons depuis l’idée et jusqu’à la concrétisation du projet.
D’ailleurs, nous avons une nouvelle idée pour utiliser le sable tunisien pour fabriquer des cellules photovoltaïques destinées aux panneaux solaires. Savez-vous que la Tunisie dispose d’une très bonne qualité de sable, très pure, que l’on peut valoriser dans les nouvelles technologies ? Nous accompagnons actuellement un groupe international français à Gafsa pour l’orienter vers le site le plus intéressant dans le domaine du sable pour ces cellules. Ils ont déjà installé un laboratoire et le projet présage que la Tunisie pourrait devenir concurrente des Chinois dans ce domaine.
  • Votre credo énonce que le CTMCCV est ‘’riche d’une longue expérience de 30 ans et réunit un pôle d’experts’’. Avez-vous des ambitions d’exportation de cette richesse ?
Nous sommes en train de mettre en place l’accréditation de notre laboratoire solaire thermique parce qu’il y a un label européen ‘’Key mark’’ et on ne peut vendre qu’avec lui. L’avantage, c’est que nous avons réussi à nouer des contacts avec des laboratoires étrangers renommés et ils sont intéressés par la collaboration avec notre centre, surtout quand il fait très froid chez eux.
Il y a aussi le label ‘’shamci’’ pour les pays arabes, et nous avons décidé d’aller au Liban pour assister à la commission technique présidée par la Ligue arabe alors que le centre veut décrocher l’accord final pour mener les essais pour le compte des pays arabes dans ce domaine.
  • Pourquoi les industriels préfèrent-ils mener leurs propres essais ?
Il faut être clair à ce propos : il y a quelques essais que les industriels peuvent réaliser en interne, mais ils ne peuvent remplacer les laboratoires du centre. Quand ils souhaitent vendre et exporter, ils sont tenus de justifier de l’aval des laboratoires accrédités comme ceux du centre. Nous contrôlons ainsi, non seulement les exportations, mais aussi les importations.
  • Quelles sont vos relations avec les professionnels ?
Le conseil d’administration du centre compte 9 membres professionnels, c’est tout dire ! En vérité, le centre doit se mettre au diapason pour intéresser l’industriel à venir solliciter ses services. Nous cherchons à élargir nos créneaux pour rapprocher le centre des industriels et nous réfléchissons actuellement à créer une commission technique au niveau du conseil pour suivre directement les industriels.
Du côté de l’artisanat, nous intervenons beaucoup plus au niveau de la céramique par l’accompagnement, la formation, le choix des matériaux...

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