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Interview : David Etien pour « Les Quatre de Baker Street »

Publié le 13 novembre 2014 par Un_amour_de_bd @un_mour_de_bd

David Etien, le jeune dessinateur de la belle série « Les quatre de Baker Street » donne quelques précisions sur ce travail à six mains…


N’oubliez pas de lire notre chronique du Tome 5
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Interview réalisée sur le festival « Quai des bulles », le 11 septembre 2014
3-gamins

Comment Régis Loisel est-il devenu « parrain » de la série ?
D. E. La série que je faisais avant était un western avec Jean-Blaise Djian (au scénario). Régis, qui connaissait Jean-Blaise est tombé sur un de mes dessins, et s’est montré intéressé. Jean-Blaise lui a présenté la série et Régis s’est proposé de nous aider.
C’est quelqu’un qui le fait facilement pour des “petits jeunes” en festival. Pendant le tome 1, je lui envoyais le storyboard (par internet). Puis, il passait une demi-heure avec moi à me dire ce qu’il faillait modifier. J’ai appris beaucoup de choses.
Au final, il nous a fait une préface. Il a vraiment joué le jeu à fond. Ce qui nous a aidé pour le premier tome.

C’est une série très “grand public” !
D. E. Il y a plusieurs niveaux de lecture. Mais on avait pas ciblé un public aussi large. On a été étonné que cela touche autant la jeunesse. On évoque le “Londres” victorien avec des sujets lourds (la prostitution, les meurtres..). Au final, les gamins s’y retrouvent aussi.
Le fait de mettre en scène des enfants fait qu’on est vite catalogué dans les rayons jeunesse des libraires. Je suis un peu étonné de me retrouver entre les “Sisters” et “Cedric”. Nos intrigues ne sont pas du tout dans le même genre, mais on s’y retrouve aussi.
J’ai beaucoup d’enfants en dédicace. Ces Lecteurs grandissent aussi. C’est inter-générationnel. C’est une bonne surprise.

decors
Cela demande beaucoup de travail de documentation en amont ?
D. E. Je ne fais que ça. Ca me prend énormément de temps. C’est passionnant cette recherche en amont.
Le cahier des charges, c’était de rester le plus proche possible de la réalité de l’époque. C’est d’autant plus facile avec la documentation accessible sur Internet, mais il y a sûrement des choses qu’on a laissé passé.
Comme on est trois, il y en a toujours un qui va pointer du doigt ce que les autres n’ont pas vu.
On a bénéficié du travail d’Olivier Legrand. à la base, c’est un prof de Français, passionné par cette période. Olivier et Jean-Blaise se complètent parfaitement. Il sert de “pilier” sur chaque scène. Jusqu’au lacet de chaussure, il va trouver la bonne réponse !

Il y a deux scénaristes sur la série. Comment ça se passe ?
D. E. Quand on est deux, on peut avoir un échange profond, mais on peut aussi arriver à un conflit d’ego. A trois, il y a un certain équilibre, avec une 3e personne qui peut départager.
Ce “triangle” permet aussi de laisser passer moins d’erreurs.
Je suis admiratif des auteurs complets (scénario et dessin) qui peuvent avoir ce recul. A trois, on s’aperçoit que c’est un travail très difficile.
Il faudrait leur demander directement, mais j’ai l’impression qu’ils mettent de coté leurs ego. Le premier s’occupe plus du fond, l’autre de la mise en forme.

iatus
Le Tome 5 marque le retour de Sherlock Holmes dans le récit…
D. E. On se cale sur la chronologie “holmesienne”. Au début, Holmes n’apparaissait pas ou peu. Et puis, on est arrivé au grand Hiatus, où Holmes disparaît. Conan Doyle le fait nourrir.
A ce moment, il y avait un truc intéressant à aborder. Quand Conan Doyle l’a fait revenir, il a expliqué cette disparition, mais avec beaucoup d’incohérence. C’est une période fantasmée pour tous les romanciers, car cela permet de se servir de ça. Nous aussi, on a profité de ce “trou” pour s’immiscer. Il devenait évident qu’il fallait le faire apparaître plus.
Nos héros sont toujours les gamins, mais Holmes a un rôle plus fort.

Dans le tomes suivants, Holmes sera aussi présent ?
D. E. Le tome 5 amorce une trilogie, qui va jusqu’au tome 7. Habituellement, on faisait des One-Shot. A partir du T5, on est parti sur une saison de 3 tomes.

Depuis le Tome 5, j’ai l’impression que ton dessin qui s’est affiné, épuré, avec des personnages moins caricaturaux.
D. E. Je ne pense pas que ce soit forcément le tome 5. C’est arrivé crescendo. Au niveau de mon tome 3, il y a un changement sur mon encrage. Pour les deux premiers tomes, j’avais les défaut typiques du “débutant”. Je montrais trop de détails, ainsi que dans les couleurs. ça ne convient pas à la bande dessinée. le lecteur a besoin d’une lecture fluide, ne pas s’arrêter à chaque case. Comme tout dessinateur, j’ai appris en travaillant. J’ai gagné en efficacité. C’est ce qui m’amène à “épurer” mon train. Là ou je dessinais trois traits, je n’en dessine plus qu’un.
Sur la couleur, j’ai eu du mal à me caler sur le premier tome aussi (techniquement).

tir
Le récit est très dense. beaucoup de scènes courtes se succèdent. Cela représente plus de travail ?
D. E. Déjà, on est sur du 64 pages. C’est Jean-Blaise qui impose ce rythme de narration. On voulait faire une BD ou le lecteur ne s’ennuie pas. Le mot qui revient systématiquement, c’est “rythme”. On est sur des intrigues complexes, des personnages assez verbeux. Il faut trouver l’équilibre.
Il y a un gros travail des deux scénaristes, pour que le lecteur se dise : “je ne me suis pas ennuyé”. C’est l’idée !
Un album de BD coûte assez cher, maintenant. Je ne veux pas sortir un album bâclé. Il faut qu’il soit dense, qu’on exploite des lieux différents, des intrigues complexes…

Tu es très proche de la documentation ?
D. E. C’est une époque très codifié. Dans la bourgeoisie, les femmes avaient une robe du matin, une pour déjeuner, une pour le soir. On essaye de tenir compte de ce genre de détails. C’est plein de petits trucs qui me sont naturels maintenant.
Les moyens de locomotion, aussi, doivent être aussi très précis, sans parler des bâtiments. C’est aussi un travail passionnant. Il s’agit de “comprendre” une époque.

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Trois enfants. Cela correspond à vos trois caractères ?
D. E. Non, pas du tout. L’idée du trio fonctionne bien pour la narration. Le 3e larron, en l’occurrence Charly, crée un équilibre. C’est un peu l’alchimie qui se passe entre nous trois.

Alors, le “4e” de Baker Street, c’est le chat ?
D. E. Oui, mais on a toujours voulu qu’il y ait un petit doute.
Le chat a toujours un petit rôle. D’ailleurs, pas toujours facile pour les scénaristes. On s’est même demandé s’il fallait le faire parler ? Mais on a abandonné l’idée. Ca ne marchait pas.
Nous n’avons trouvé le titre de la série qu’à la fin du premier tome.

Pour finir, si tu étais un de tes personnages ?
D. E. J’ai plus un côté “Black Tom”. Le “français”.
Graphiquement, il est agréable à dessiner. C’est l’acrobate, la “tête de mule”. Je le trouve attachant. Chaque personnage a de la saveur, mais Tom est plus vivant.


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