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Non à l'union nationale !

Publié le 16 novembre 2014 par Delanopolis
La tribune hebdomadaire de Serge Federbusch pour Figarovox. Non à l'union nationale ! Gouvernement d’union nationale : une fausse bonne idée

En couverture du Point cette semaine on peut lire cette interpellation comminatoire à l’égard des hommes politiques du «cercle de la raison», comme écrivait naguère Alain Minc : «Entendez-vous !». Juppé et Hollande au premier plan ; Sarkozy, Royal, Valls, Bayrou, Fillon, Macron, Pécresse au second, sont censés communier au plus vite dans la lutte pour sauver l’Europe et la France, version actualisée de l’union sacrée qui vit il y a un siècle notre peuple se rassembler pour mieux étriper les Teutons.

Sont naturellement exclus de cet appel les super-vilains ordinaires : Le Pen, Melenchon et autres euro-sceptiques qui, bien que leurs doutes vis-à-vis de la construction européenne apparaissent chaque mois plus fondés, sont irrévocablement cantonnés dans le cercle des déraisonnables, peuplé de rétrogrades et autres infréquentables.

Cette approche manichéenne des problèmes de la France et de leur solution empoisonne le débat politique depuis des décennies. Critiquer les dérives de la construction européenne vous fait passer pour un énergumène. Pourtant, ceux-là même qui prétendaient que la surévaluation de l’euro ne jouait aucun rôle dans les déboires de notre économie se félicitent aujourd’hui du recul de la monnaie unique face au dollar et prédisent que ce reflux va nous sauver ! Mais il ne faut jamais espérer d’auto-critique de ceux qui chérissent les dogmes ...

Toujours est-il que pour sauver un régime menacé par la déroute, la solution d’une alliance carpe et lapin, de la droite tempérée à la gauche tiède en passant les centristes est évoquée avec de plus en plus d’insistance.

Une certaine droite trouve désormais grâce aux yeux des Inrockuptibles, en pâmoison devant la fraîcheur et la nouveauté d’Alain Juppé. A Lille, un sénateur UMP se déclare prêt à s’allier aux partisans d’Aubry pour endiguer la poussée du FN aux élections régionales. Macron est aussi distant d’un énarque de droite que Dupont l’est de Dupond chez Tintin. Le déjeuner-mystère entre Fillon et Jouyet, où il fut forcément question de politique, a-t-il pu écarter la discussion de cette hypothèse transpartisane ? C’est d’autant moins probable que le parcours même de Jouyet, plus proche collaborateur d’Hollande et ancien ministre de Sarkozy, est une illustration de la porosité de la frontière gauche-droite, distinction ô combien artificielle vue des hauteurs de l’oligarchie.

Quel scénario conduirait à cette «troisième force» ? Une dissolution qui amènerait à l’Assemblée nationale entre cent et deux cents députés frontistes, hypothèse possible aussi bien en cas d’adoption de la proportionnelle intégrale qu’en cas de triangulaires généralisées où le candidat du FN serait en tête à l’issue du deuxième tour. Ce serait alors l’union sacrée contre la bête immonde sortie du ventre fécond, etc.

Les eurocrates y trouveraient enfin un relais efficace pour que la France s’aligne sur la discipline germanique et avale la pilule d’une austérité plus mordante que celle promue par Hollande, qui épargne encore l’essentiel de sa clientèle électorale. Une sorte de gouvernement Monti aux couleurs de la France, composé de technocrates et de politiciens rompus à toutes les alliances, pourrait tenter de raboter plus violemment les retraites, les salaires et les transferts sociaux en tout genre. Et l’actuel président, se tenant un peu à l’écart, attendrait tranquillement que l’opinion oublie ses mensonges et ses errements.

Ce rêve pour classe dirigeante en désarroi risquerait toutefois de virer au cauchemar.

La France souffre de deux maux qui s’alimentent l’un l’autre : les dysfonctionnements de l’Euroland dont la monnaie ne parvient pas à s’ajuster aux besoins des Etats en crise et l’incapacité de sa classe dirigeante à entreprendre la réforme courageuse d’un système de redistribution à bout de souffle. Le tout ne tient aujourd’hui que parce que les investisseurs internationaux achètent encore de la dette française en pensant qu’elle est garantie implicitement par Berlin et la Banque centrale européenne. Mais la nervosité va grandissante.

Un gouvernement d’union nationale qui se plierait à une discipline vaine - puisqu’elle conforterait la surévaluation de l’euro - verrait rapidement grandir l’hostilité de la population à son égard. Le Front national, ultra dominant dans l’opposition, apparaîtrait comme la seule alternative politique crédible. Bref, l’union nationale serait l’antichambre du désastre. En apportant la preuve définitive que tous les partis dits de gouvernement se valent et sont complices, il discréditerait la mécanique élective.

Sans vouloir céder au catastrophisme, il faut se souvenir que les précédents historiques d’union nationale ne sont guère concluants et pas seulement en France. Le gouvernement provisoire de la République française, de 1944 à 1946, accoucha de la constitution brinquebalante de la Quatrième république, après un premier rejet référendaire. Il fut bien vite abandonné par De Gaulle. Lorsque en Allemagne, sous la république de Weimar, centristes, sociaux-démocrates et droite modérée s’unirent contre les nazis et les communistes, ils ne purent se mettre d’accord que pour mener des politiques économiques et sociales répressives qui les coupèrent du peuple et renforcèrent les ennemis de la démocratie. Il y a dans le principe même de l’union nationale un caractère unanimiste et intolérant qui fait le lit de ce qu’elle prétend combattre.

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